En 2013, Frank Pavitch réalise un documentaire superbe sur le film inachevé Dune d’Alejandro Jodorowsky. Quarante ans après, pourquoi revenir sur ce tournage empêché ? Car ce qui se jouait là, et que nous aurions pu perdre à jamais, devait chambouler durablement l’univers du cinéma. Nombre de films illustres ont puisés dans ce qui fut un temps le matériau de cette adaptation sans précédent.

Arte diffuse ce soir un captivant documentaire sur Paul Auster, signé Sabine Lidl : Paul Auster, le jeu du hasard. Prenant prétexte de la parution de 4321, le dernier roman de l’écrivain — monumentale somme et mise en perspective de l’ensemble des topiques son œuvre, fascinant jeu de miroir sur les rapports du réel et de la fiction —, le film croise la lecture de pages du livre, les confessions de son auteur sur l’écriture, le cinéma, la vie, sa famille et celles de proches en un puissant portrait diffracté.

On ne le répétera jamais assez : le temps d’un film ne saurait se circonscrire à celui de sa distribution. C’est pourquoi, en dehors de toute actualité, il est nécessaire de mettre en lumière les œuvres qui n’ont parfois pas eu cette chance, cheminant de festivals en plateformes, grandissant en nous, possédant leur temporalité propre. Le documentaire de Kazuhiro Soda, Inland Sea, est de ceux-là.

Anna Tsinng l’écrit dans Le Champignon de la fin du monde, sans doute le capitalisme est-t-il, d’abord et essentiellement, le règne de la précarité. Tout lui est ressource et matière première, qu’il s’agisse des vivants (humains et non-humains) ou de la nature : « La précarité est la condition de notre temps », ce que montrait, en 2009, l’enquête de Florence Aubenas sur Le Quai de Ouistreham, récit de crise, dans toutes les acceptions de ce terme.

Arborant fièrement des tenues plus flamboyantes les unes que les autres, toujours excessivement parfumé, minutieusement maquillé, rien n’est jamais too much pour Cassandro. Mais il ne faut pas s’y tromper, le personnage haut en couleur est aussi un véritable athlète téméraire s’illustrant depuis 26 ans dans le monde du catch mexicain – la Lucha Libre – comme le champion des Exóticos, ces catcheurs gays ou travestis qui cassent les préjugés dont ils peuvent faire l’objet.

C’est en ce début octobre, alors que son film concourt dans la sélection des longs métrages du FIFIB (Festival du Film Indépendant de Bordeaux), que je rencontre Virgil Vernier. Si Sophia Antipolis puise sa force dans une certaine multiplicité d’interprétations possibles, dont j’ai d’ailleurs tiré à un instant une lecture dans un cadre critique, certaines questions importantes me semblaient néanmoins devoir être posées.

Naomi Klein le constatait dans No Logo : nous vivons désormais dans un « village », « reliés les uns aux autres par une trame de marques ». Et elle énonçait une « hypothèse simple : lorsqu’un plus grand nombre de gens découvriront les secrets des marques qui composent la trame mondiale de logos, leur indignation alimentera le prochain grand mouvement politique, une vague ample et déterminée d’opposition aux transnationales, surtout celles qui jouissent d’une très franche reconnaissance de marque ». Dévoiler le secret de l’une de ces marques, au logo blanc et vert si reconnaissable, est justement ce à quoi s’emploie le documentaire de Luc Hermann et Gilles Bovon, Starbucks sans filtre, qu’Arte diffuse ce soir à 20 h 30.

Cet entretien, ce dialogue, ces entre-mots, entre-paroles, sont tissés de dialogues qui les précèdent. Si la véritable archéologie de ceux-ci est impossible à mener, fondamentalement infinie, leurs symptômes les plus signifiants se situent sans doute à l’endroit d’une incompréhension : celle résultant du dialogue avec ce film documentaire dont je ne saisis pas la dramaturgie, dont mes propres respirations paraissent en discordances avec les siennes, alors même que la matière qui le compose devrait presque obligatoirement me faire vibrer.

13novembre. Disponible depuis le 1er juin sur Netflix, le documentaire de Jules et Gédéon Naudet brise des silences multiples. Le silence effroyable né de la sidération qui s’est emparée de la nation tout entière ce soir de 2015. Le silence qui s’est installé après, quand les bruits des tirs, des explosions, quand les cris des victimes ont cessé. Le silence des anonymes qui sont intervenus, aidant, soignant, soulageant, accompagnant les morts, les blessés, les rescapés, les simples témoins des scènes tragiques vécues cette nuit-là.

Il ne m’est guère possible d’écrire sur un film ayant un rapport à la Syrie sans penser immédiatement à tous nos manquements passés et actuels, à nos paralysies et immobilismes, aux sentiments d’impuissance devant les images et discours désastreux qui défilent en continu sur nos écrans, juste interrompus par d’autres désastres ou leur contraire : les chats et les bébés Cadum.

Il s’agit ici de proposer une photographie de ce que l’on dit de nous et montre de nous, face à nos voix et nos actions. Je souhaite que ce document soit regardé et considéré avec bienveillance car, au contraire de la majorité des productions sur les trans, il n’es pas maltraitant. Il montre la maltraitance tout en mettant en perspective une riposte trans, une contre-attaque « posttranssexuelle ».