Il ne m’est guère possible d’écrire sur un film ayant un rapport à la Syrie sans penser immédiatement à tous nos manquements passés et actuels, à nos paralysies et immobilismes, aux sentiments d’impuissance devant les images et discours désastreux qui défilent en continu sur nos écrans, juste interrompus par d’autres désastres ou leur contraire : les chats et les bébés Cadum.

Il s’agit ici de proposer une photographie de ce que l’on dit de nous et montre de nous, face à nos voix et nos actions. Je souhaite que ce document soit regardé et considéré avec bienveillance car, au contraire de la majorité des productions sur les trans, il n’es pas maltraitant. Il montre la maltraitance tout en mettant en perspective une riposte trans, une contre-attaque « posttranssexuelle ».

Basquiat (capture d’écran du documentaire)

Arte diffuse, dimanche soir, le documentaire que David Shulman a consacré au peintre Jean-Michel Basquiat : La Rage créative  (2017). Le film suit le gamin qui prit New York d’assaut, entre rêve de gloire et colère, révolutionnant au passage le monde de l’art, le gamin fracassé aussi, par une médiatisation jamais pleinement assumée, par sa rage noyée dans les paradis artificiels ; d’œuvre en œuvre, de Samo à Basquiat, c’est New York que l’on voit se transformer, de la ville sauvage et brute, crasseuse et violente à la gentrification, de même que l’artiste insoumis devient une valeur sûre du marché, explosant aujourd’hui encore les records dans les salles des ventes.

 

© 2014 End of Movie, LLC.

Arte diffuse le documentaire Kurt Cobain : Montage of Heck, titre tiré de celui donné par le leader charismatique de Nirvana à l’une de ses cassettes audio. Film autorisé par Courtney Love et la famille qui témoigne largement, produit par Frances Bean, la fille du chanteur, construit depuis des archives intimes, ce « bazar organisé » s’offre comme un biopic dans ce que le genre a de pire : un hymne à la gloire du génie solitaire et incompris, dont tout dessin, tout film super 8, toute cassette, toute déclaration publique et/ou photographie devient une brique construisant le mur de la légende.

L’enquête menée par Jean-Baptiste Malet sur « l’histoire méconnue d’une marchandise universelle », la tomate d’industrie, est double : elle est celle publiée en 2017 chez Fayard, L’Empire de l’or rouge, celle d’un documentaire, avec Xavier Deleu, diffusé ce soir sur France 2 à 22 h 50.
Et l’un comme l’autre donnent à comprendre ce qui se cache derrière les appétissantes boîtes de sauces et autres ketchups de nos placards, en quoi la tomate est le concentré de nos systèmes économiques et sa couleur rouge celle du sang de centaines de milliers de travailleurs exploités, voire esclavagisés, de par le monde.

Près d’un an après sa présentation à la Berlinale et des sélections dans de nombreux festivals, dont une au Cinéma du Réel où il remporte le Grand prix, Maman Colonelle n’est malheureusement toujours pas distribué en salle.  Dans son second long-métrage, Dieudo Hamadi suit la colonelle de police Honorine chargée de la répression et la prévention des violences sexuelles envers les femmes. Celle qui fait figure de mère-courage impressionne par sa détermination, son charisme et son abnégation, si bien que le village qu’elle quitte au début du film suite à sa mutation reste comme orphelin. Elle doit effectivement se rendre à Kisangani et s’attaquer là-bas à un fléau supplémentaire : celui des enfants maltraités et accusés de sorcellerie. Les deux combats convergent naturellement mais ravivent les plaies de la « Guerre des 6 jours », suite à laquelle les victimes n’ont jamais obtenu de réparations et les coupables n’ont jamais été inquiétés. Un portrait vertigineux d’une femme impressionnante se mêle ainsi au paysage d’un pays en proie à une certaine violence, sous un regard qui tient toujours la bonne distance, frontal mais jamais voyeuriste, attendrissant mais jamais faussement complaisant. Rencontre et entretien avec Dieudo Hamadi.