Anna Tsinng l’écrit dans Le Champignon de la fin du monde, sans doute le capitalisme est-t-il, d’abord et essentiellement, le règne de la précarité. Tout lui est ressource et matière première, qu’il s’agisse des vivants (humains et non-humains) ou de la nature : « La précarité est la condition de notre temps », ce que montrait, en 2009, l’enquête de Florence Aubenas sur Le Quai de Ouistreham, récit de crise, dans toutes les acceptions de ce terme.

Arborant fièrement des tenues plus flamboyantes les unes que les autres, toujours excessivement parfumé, minutieusement maquillé, rien n’est jamais too much pour Cassandro. Mais il ne faut pas s’y tromper, le personnage haut en couleur est aussi un véritable athlète téméraire s’illustrant depuis 26 ans dans le monde du catch mexicain – la Lucha Libre – comme le champion des Exóticos, ces catcheurs gays ou travestis qui cassent les préjugés dont ils peuvent faire l’objet.

C’est en ce début octobre, alors que son film concourt dans la sélection des longs métrages du FIFIB (Festival du Film Indépendant de Bordeaux), que je rencontre Virgil Vernier. Si Sophia Antipolis puise sa force dans une certaine multiplicité d’interprétations possibles, dont j’ai d’ailleurs tiré à un instant une lecture dans un cadre critique, certaines questions importantes me semblaient néanmoins devoir être posées.

Naomi Klein le constatait dans No Logo : nous vivons désormais dans un « village », « reliés les uns aux autres par une trame de marques ». Et elle énonçait une « hypothèse simple : lorsqu’un plus grand nombre de gens découvriront les secrets des marques qui composent la trame mondiale de logos, leur indignation alimentera le prochain grand mouvement politique, une vague ample et déterminée d’opposition aux transnationales, surtout celles qui jouissent d’une très franche reconnaissance de marque ». Dévoiler le secret de l’une de ces marques, au logo blanc et vert si reconnaissable, est justement ce à quoi s’emploie le documentaire de Luc Hermann et Gilles Bovon, Starbucks sans filtre, qu’Arte diffuse ce soir à 20 h 30.

Cet entretien, ce dialogue, ces entre-mots, entre-paroles, sont tissés de dialogues qui les précèdent. Si la véritable archéologie de ceux-ci est impossible à mener, fondamentalement infinie, leurs symptômes les plus signifiants se situent sans doute à l’endroit d’une incompréhension : celle résultant du dialogue avec ce film documentaire dont je ne saisis pas la dramaturgie, dont mes propres respirations paraissent en discordances avec les siennes, alors même que la matière qui le compose devrait presque obligatoirement me faire vibrer.