Felipe Luchi, Jailhouses
Felipe Luchi, Jailhouses

par Mathieu Potte-Bonneville, philosophe

Dans la compétition que se livrent ces jours-ci le chagrin, la colère et l’effroi, on avoue avoir esquissé un sourire en apprenant que le colloque consacré, en Sorbonne, aux quarante ans de Surveiller et punir se trouvait reporté « pour raisons de sécurité ». Non que les impératifs de protection et de surveillance aient manqué de sérieux, au contraire : c’est l’actualité des questions dont Foucault entreprenait, voici quarante ans, la généalogie, c’est le retour des enjeux de sécurité au cœur de la raison politique qui contraignit les organisateurs à différer l’étude d’un livre dont c’est tout le propos.

Attention école

En arrivant à l’école des primaires ce matin, Monsieur Galuchet est d’humeur sombre. L’instituteur va devoir affronter sa peur et les élèves des petites classes qui vont l’assaillir de questions sur ce qui s’est passé vendredi 13 novembre à Paris. La vérité, c’est que des terroristes ont attaqué lâchement des innocents et ont plongé le pays tout entier dans la sidération et la douleur. Mais ce matin il va devoir essayer de comprendre les tensions qui agitent l’école de la République : durant le week-end, il a entendu et lu des réactions qui lui ont fait dire que l’unité nécessaire pour face aux événements était loin d’être acquise.

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En 1953, dans L’Innommable, Samuel Beckett écrivait : « il faut continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer, je vais donc continuer, il faut dire des mots, tant qu’il y en a, il faut les dire, (…) il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer. »

Continuer, sans doute est-ce ce qu’il nous faut faire ici. Reprendre le cours des choses, malgré le choc, malgré le deuil, malgré ce sentiment, lourd et tenace, d’un après impossible.