Cent vingt-neuf. Ils sont, ils étaient, ils sont, cent vingt-neuf. Une longue addition, cent vingt-neuf. Admettons que l’on mette deux secondes pour dire chaque nom et chaque prénom, ça fait quatre minutes et des poussières, quatre minutes et des poussières, c’est court, c’est long, trop court, trop long.
13 novembre 2015
Nos rues
Nos bars
Ces images que l’on a vues
On n’aurait pas dû
T’étais où toi ?
C’est une lettre, écrite à Montréal, datée du 1er décembre dernier. Ou plutôt une adresse à ces « Messieurs » qui « ce Vendredi 13 » l’ont et nous ont « touché en plein cœur ».
Au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, la dessinatrice Catherine Meurisse a été touchée dans son âme tandis que Charb, Tignous, Cabu, Wolinski, Mustapha et Honoré l’étaient dans leur chair. L’horreur l’a plongée dans un état d’abattement, de deuil, jusqu’à la dissociation. Un état qu’elle raconte dans un album qui tient à la fois du témoignage et de la quête, du manifeste et de l’hommage.
Camille Le Falher-Payat, à Paris.
Cela fait longtemps que chaque année, je me livre au même rituel : un peu avant la fin de l’an en passe de s’achever, je commence une chronique que je finirai après les libations obligées. Puis, une fois Noël, le Nouvel An, la galette des rois digérés et avant que les fêtes chrétiennes et païennes ou mises à la mode par les professionnels du consumérisme ne déboulent au risque de m’inspirer un nouveau billet sur l’influence de la Pâque sur la politique agricole française, je clos l’exercice en assurant que je ne présenterai pas mes vœux, dans un accès de misanthropie qui doit moins à une posture de chroniqueur qu’au visionnage annuel du zapping de l’année de Canal+.
Je ne suis pas sûre que les écrivains en général et moi en particulier ayons quelque chose à dire en toute occasion.
Il y a beaucoup de choses en ce moment, des choses superposées, en parallèle, des choses qui se croisent ou se percutent, explosent. Il y a les 130, l’écrasante actualité des 130, ceux qui ne passent pas, ne peuvent pas, ne doivent pas passer. Au courrier de ce matin, une lettre :
Dans la compétition que se livrent ces jours-ci le chagrin, la colère et l’effroi, on avoue avoir esquissé un sourire en apprenant que le colloque consacré, en Sorbonne, aux quarante ans de Surveiller et punir se trouvait reporté « pour raisons de sécurité ». Non que les impératifs de protection et de surveillance aient manqué de sérieux, au contraire : c’est l’actualité des questions dont Foucault entreprenait, voici quarante ans, la généalogie, c’est le retour des enjeux de sécurité au cœur de la raison politique qui contraignit les organisateurs à différer l’étude d’un livre dont c’est tout le propos.
Retour dans le passé avant de repartir de l’avant. Parce que oui, « il faut continuer »…
Cent vingt-neuf. Ils sont, ils étaient, ils sont, cent vingt-neuf. Une longue addition, cent vingt-neuf. Admettons que l’on mette deux secondes pour dire chaque nom et chaque prénom, ça fait quatre minutes et des poussières, quatre minutes et des poussières, c’est court, c’est long, trop court, trop long.
Amy Grace Loyd est écrivain — elle fut éditrice pour Byliner, pour le département fiction du New Yorker, de Playboy magazine et la collection New York Review Book Classics.
