Récit politique, enquête, affolement de la narration et de sa possibilité, Des îles, de Marie Cosnay, est également un témoignage fondamental : témoignage pluriel de celles et ceux qui, du fait d’être immigré.e.s, exilé.e.s, « clandestin.e.s », du fait de chercher une vie ailleurs que là où les traités internationaux et les politiques racistes leur assignent une place, subissent un traitement indigne, inhumain ; témoignage de celle qui, écrivant, écoutant, regardant, est emportée dans un mouvement général qui la dépasse : mouvement de mort, mouvement de vie. Rencontre et entretien entre Mathieu Potte-Bonneville et Marie Cosnay.

Comment parler d’un si bon livre ?

Ne surtout pas aborder le pourquoi, ici – oui, pourquoi écrire sur un si bon livre ? – alors même que, hasard (comme on dit), je viens de lire (quelle étrange idée) dans les Cahiers de L’Herne consacrés à Foucault l’article de Mathieu Potte-Bonneville lui-même : « L’écriture du compte rendu : un art impur ? ».

« La reprise est la réalité, le sérieux de l’existence. Celui qui veut la reprise a mûri dans le sérieux : celui-là vit. Il ne galope pas comme un gamin » lance, avec vigueur et force, Kierkegaard pour venir définir la reprise, ce grand et intrépide principe de vie qu’il voit naître à l’horizon vital de chaque homme qui entend se déprendre du passé, en dépasser les atermoiements contrits et se livrer pleinement à l’instant présent qui ne cesse de venir à soi dans l’étourdissement de l’immanence.

Dans la compétition que se livrent ces jours-ci le chagrin, la colère et l’effroi, on avoue avoir esquissé un sourire en apprenant que le colloque consacré, en Sorbonne, aux quarante ans de Surveiller et punir se trouvait reporté « pour raisons de sécurité ». Non que les impératifs de protection et de surveillance aient manqué de sérieux, au contraire : c’est l’actualité des questions dont Foucault entreprenait, voici quarante ans, la généalogie, c’est le retour des enjeux de sécurité au cœur de la raison politique qui contraignit les organisateurs à différer l’étude d’un livre dont c’est tout le propos.