Dans « Fonction du poète » (Les Rayons et les ombres), Victor Hugo, voix des contraires appariés, écrit que le poète est celui qui a « Les pieds ici, les yeux ailleurs ». Telle pourrait être la « petite botanique des lieux et de la mémoire » de cet Herbier des rayons que publie Xavier Houssin. 36 jours, 36 rues du quartier des Peupliers à Paris, 36 plantes et 36 plantes, journal d’un poète et écrivain des jours et des sensations, lors d’une expérience terrible, une radiothérapie, du 19 février au 11 avril 2013 : « Je n’aurai de printemps qu’aux derniers jours d’été ».

L’œuvre de Liliane Giraudon est parmi les plus belles et les plus intéressantes d’aujourd’hui. Œuvre subversive autant du point de vue de la langue, de ses codes, que du point de vue des corps, des identités, des genres (dans tous les sens du terme). Œuvre subversive et novatrice dans les modalités du rapport au monde, aux autres et à soi qu’elle crée et valorise.

Tous les jours, on surveille l’eau. On va voir ce qui sort de la Seine. Ce soir, on découvre sur les quais des batardeaux dont les bastaings ont été empilés la nuit précédente, et des murets de parpaings montés sans qu’on s’en aperçoive. On n’a rien vu venir. Ils sont drôles comme leur nom, mais on a le rire jaune quand on pense à l’eau qui pourrait s’insinuer dans nos maisons, qui remplirait d’abord les caves avant de diluer la terre des jardins, pour finalement tout recouvrir de noir. Depuis des jours, la pluie tombe et l’eau monte.

L’œuvre de Philippe Artières s’élabore à la croisée des sciences humaines et de la littérature, pour saisir l’ordinaire des existences anonymes, le bruit ténu des pratiques quotidiennes, à travers documents et archives : affiches, enseignes lumineuses, publicités et banderoles sont le territoire de cet auteur qui a fait de la notation et des graphies ordinaires son territoire.

Où lire ? Où écrire ? Ainsi est formulée l’interrogation d’Anne Savelli dans son livre nativement numérique Des Oloé, espaces élastiques où lire où écrire (mai 2011) paru aux éditions D-Fiction. Le lieu où on lit et la position de notre corps sont des questions qui se posent de nouveau avec la lecture numérique.

La voix résonne dans le casque. The return of the Thin White Duke. La voix est à la fois présente et absente, détachée, ailleurs. Throwing darts in lovers’ eyes. David Bowie est décédé le 10 janvier 2016. Pourtant sa voix est toujours là, au présent, lançant des fléchettes dans les yeux des amants. It’s too late to be grateful, it’s too late to be hateful. Comment la voix d’un mort peut-elle exister ? Voix après la mort ? Voix vivante d’un mort ? Et qui est mort si la voix est toujours là ?

Après la parution du grand entretien mené par Johan Faerber avec Philippe Vilain, auteur de La littérature sans idéal (Grasset), la rédaction a reçu plusieurs courriels demandant sinon un droit de suite, du moins la possibilité de réagir aux propos du romancier. Diacritik a choisi le texte de Catherine Serre (auteure et par ailleurs lectrice de Diacritik), qui livre une réplique en forme de partage. Une réflexion à partir des réponses de Philippe Vilain. Un rebond.

Sur le chemin d’une taverne, Breq trouve une personne à demi-morte gisant dans la neige. Breq la reconnaît : c’est un ancien militaire qu’il a connu il y a longtemps, Seivarden. Le narrateur décide de le recueillir pour le sauver d’une mort certaine, bien que s’encombrer d’une telle personne risque de l’entraver dans sa quête. Breq nʼest en effet pas sur cette planète par hasard : il est sur la piste d’une personne qui peut lui procurer un objet rare, précieux, et surtout extrêmement dangereux.
C’est ainsi que commence La Justice de lʼancillaire, premier tome d’une trilogie de science-fiction, paru en 2013 et couronné en 2014 de la plupart des prix du genre dans le monde anglo-saxon. Par Samuel Minne

Pendant plusieurs années, Hélène Viala-Daniel a écrit, consigné, noté, sérié, inscrit dans le marbre blanc et électronique d’Internet la somme des ses obsessions, de ses aspirations, de ses colères et de ses joies, au gré d’une inspiration sans cesse en éveil. De ses voyages numériques sur la toile, elle a tiré un livre, ni recueil, ni journal, mais plus sûrement un palimpseste qui porte les traces des versions antérieures et laisse transparaître le bonheur de l’auteure de quitter l’écriture sur le web pour affronter la réalité du livre.