« Quand les pylônes auront des feuilles », chroniques en je, tu, il

Quand les pylônes auront des feuilles

Pendant plusieurs années, Hélène Viala-Daniel a écrit, consigné, noté, sérié, inscrit dans le marbre blanc et électronique d’Internet la somme des ses obsessions, de ses aspirations, de ses colères et de ses joies, au gré d’une inspiration sans cesse en éveil. De ses voyages numériques sur la toile, elle a tiré un livre, ni recueil, ni journal, mais plus sûrement un palimpseste qui porte les traces des versions antérieures et laisse transparaître le bonheur de l’auteure de quitter l’écriture sur le web pour affronter la réalité du livre.

Qui a dit que le quotidien était dénué de poésie ? Assurément pas Hélène Viala-Daniel, qui s’empare à chaque page de ces petits riens qui disent beaucoup pour laisser sa sensibilité naturelle vagabonder au fil des pages. Qu’il s’agisse de conter un apéro entre amis, de raconter le pourquoi du comment on passe sa journée sous la couette plutôt que de s’affairer à tout prix, Hélène Viala-Daniel déroule le fil de sa vie écrite comme on marcherait dans les rues de Paris après la pluie : en regardant la lumière du soir se refléter dans les flaques pour mieux aspirer la vie urbaine, en flânant au gré d’un vent calme qui pousse à la mélancolie pour mieux chercher l’espoir de temps plus propices.

L’observation est un moteur puissant, une sorte de V8 gonflé aux mots, qui donne à entendre sa musicalité brute et qui fait du langage son carburant nécessaire. Quand les pylônes auront des feuilles égrène, distille des instants de vie, les moments de doute, la peur de la maladie, fait resurgir les souvenirs et prend des contrepieds comme on prendrait le bus. Pour aller quelque part, pour avancer, en se mettant à l’arrière et en regardant le paysage défiler à l’envers.

Écrire, c’est se quitter ; c’est se détacher pour mieux regarder autour de soi et sacrifier à sa perception du monde. Écrire des chroniques n’est pas un exercice facile, à chaque page, on y met un peu de soi et beaucoup des autres si tant est qu’on soit un peu altruiste – ce qu’est Hélène Viala-Daniel, assurément. Ses chroniques en je, tu, il, sont des textes en « nous », qui parlent de tout et à tous. Qui parlent d’elle aussi bien sûr, mais avec une distance, une pudeur dans la mise à nu qui font que la lecture n’est pas voyeurisme, comme l’écriture n’est pas exhibitionnisme, loin s’en faut.

Quand les pylônes auront des feuilles, ce sont ces moments de pérégrinations (parfois lyriques, souvent mélancoliques), des « je me souviens » successifs qui une fois rassemblés, dessinent un chemin, partant de la toile pour arriver à destination, à bon port presque. Quand les pylônes auront des feuilles, ou la métaphore de l’écriture numérique quittant l’écran pour devenir objet-livre.

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Hélène Viala-Daniel, Quand les pylônes auront des feuilles, Monty-Petons Publications, 276 p., 16 € 50