Des boulots, j’en ai fait des dizaines. Des contrats, j’en ai signé de toutes sortes. Depuis deux mois je travaille au château de Versailles en tant qu’agent de surveillance, sécurité et accueil, avant on disait « gardien de musée ». Je suis vacataire, CDD pour quatre mois et après on verra, je suis « employé stand-by », comme on peut lire dans les pièces de Richter.

Les premières images sont littéralement des images. Une à une, comme une irrépressible tautologie, s’égrènent des photographies de statues antiques, marbres notamment de Praxitèle, aux bords légèrement jaunis, comme passées et jetées pêle-mêle au milieu d’objets eux-mêmes datés qui, sans attendre, font signe et se donnent comme les signes indiscrets d’une époque, les années 80 au cœur desquelles Luca Guadagnino a choisi de placer l’intrigue, presque archéologique, de Call Me By Your Name, son nouveau film aux accents puissamment romantiques qui sort demain sur les écrans.

Dans Data Transport, Mathieu Brosseau nous amenait dans un récit-traversée, n’ayant pour but que ce passage, récit composé en son cœur de lettres ne pouvant parvenir nulle part. Récit traversé et récit traversant, c’était l’écriture qui induisait, au niveau des personnages mêmes, un état de porosité avec le monde et les mots tendant à dissoudre les attaches de leur identité dans le tout autre de l’écriture.

Stéphane Vanderhaeghe et Adrien Girault ont publié presque simultanément deux romans différents dans leur forme et leur contenu mais qui se rejoignent dans ce qu’ils mettent en scène de l’écriture.
A tous les airs, de Stéphane Vanderhaeghe, et Rabot, d’Adrien Girault, sont des romans du secret, des livres dont le point focal est un secret qui n’est pas réellement exprimé et qui rayonne pourtant à travers chacun des deux romans. L’important ici n’est pas du tout le secret en lui-même, le secret comme contenu dicible d’un discours. Ce qui importe serait plutôt le secret comme forme, ce que cette forme fait à l’écriture et ce qu’elle en dit, la pratique et le sens de l’écriture qui sont alors en jeu.

Dans une longue scène de baise (et caméra cachée), un sextoy endoscopique dévoile, littéralement, les organes internes d’une jeune femme : le film des ébats sera diffusé sur Internet, revenge porn d’un critique tout ce qu’il y a de plus classique contre une Booktubeuse. Mais au delà de l’anecdote, ces pages disent, par la satire pornographique, ce qu’est BettieBook, le dernier roman de Frédéric Ciriez, capable de tout : une plongée acide et noire dans le monde du livre, ou d’ailleurs plus largement de l’industrie culturelle.

Arte diffuse, dimanche soir, le documentaire que David Shulman a consacré au peintre Jean-Michel Basquiat : La Rage créative  (2017). Le film suit le gamin qui prit New York d’assaut, entre rêve de gloire et colère, révolutionnant au passage le monde de l’art, le gamin fracassé aussi, par une médiatisation jamais pleinement assumée, par sa rage noyée dans les paradis artificiels ; d’œuvre en œuvre, de Samo à Basquiat, c’est New York que l’on voit se transformer, de la ville sauvage et brute, crasseuse et violente à la gentrification, de même que l’artiste insoumis devient une valeur sûre du marché, explosant aujourd’hui encore les records dans les salles des ventes.

L’écriture, pour Siri Hustvedt, est un yonder. Ce mot étrange est, comme elle l’écrit dans Plaidoyer pour Éros, qui paraît enfin en poche chez Babel, un « exemple de magie linguistique : il identifie un nouvel espace – une région médiane qui n’est ni ici ni là –, un lieu qui tout simplement n’existait pas pour moi avant d’être nommé ».

Au commencement était une disparition : Kitami, la chanteuse internationale, Kitami, l’étoile rwandaise, Kitami est morte. Son chant ne résonnera plus sur scène, ses disques ne seront plus en tête des ventes du box office. Un an plus tard, le narrateur mène l’enquête. Assassinat, disparition, suicide ? « L’énigme, digne d’un roman policier à l’ancienne, semble surtout attirer des détectives autoproclamés et des romanciers en mal d’inspiration ».

Horses, sorti en 1975, est le premier album studio de Patti Smith. En consacrant un livre à celui-ci, Véronique Bergen célèbre ce que cet album contient et signifie : un événement de la culture rock mais aussi la révolte, la volonté de rupture, l’exaltation de la poésie, de l’art, la tension vers un dépassement des limites de l’époque, une libération dans tous les domaines de l’existence.