« En toute simplicité et en toute impossibilité » : si l’univers d’un écrivain est tout entier contenu dans les mots qui ouvrent son premier livre, nul doute que l’œuvre de Jonathan Safran Foer doive être lue sous le signe de la disjonction, celle dont témoigne cette dédicace de Tout est illuminé (Everything is illuminated, 2002). Elle énonce un paradoxe, de ceux que les livres suivants n’auront de cesse d’explorer, comme ce troisième roman, Me voici (Here I am) qui vient de paraître en poche aux éditions Points.
Mitigé. C’est le principal sentiment qui ressort après visionnage de Jack Ryan de Tom Clancy, diffusé en vidéo à la demande sur Amazon Prime. Mitigé parce que sans être foncièrement et formellement mauvaise, la série de Carlton Cuse et Graham Roland est loin de s’embarrasser de la moindre subtilité quand elle convoque séries et films qui l’ont précédée et développe nombre de clichés à la limite et à la gloire de l’impérialisme américain.
Aujourd’hui sort en DVD le film d’Amandine Gay, Ouvrir la voix, un documentaire beau et politique dans lequel s’enchevêtrent les témoignages de vingt-quatre femmes noires.
Hanif Kureishi est un analyste des corps et des forces qui les meuvent, en particulier désir et libido, jusque dans leur part la plus primaire et bestiale. « A chaque corps, un animal » écrit le romancier dans L’air de rien, qui vient de sortir en poche chez 10/18, un récit qui ne déroge pas à cette exploration, dans une veine toujours plus caustique et noire.
L’enseignement est un événement qui laisse un signe. L’étymologie nous l’apprend, faisant dériver ce mot du latin insignare : « imprimer un signe, une enseigne, une marque ». L’enseignement est l’expérience de laisser un signe. Qu’en est-il alors de ce signe ?
La disparition de Josef Mengele plonge avec brio dans l’intimité d’un monstre nazi en cavale en Amérique du Sud, en entrant dans le détail du quotidien d’abord flamboyant puis sordide du « médecin » d’Auschwitz, Olivier Guez met en lumière les complicités et la corruption des entourages et des états, tout comme la médiocrité et la banalité de Mengele. Le criminel nazi a échappé à la justice des hommes pendant près de quarante ans, mais aura tout de même été châtié ici-bas, en s’auto-dévorant. Retour sur le livre d’Olivier Guez, prix Renaudot 2017, vient de sortir au Livre de Poche.
A partir de l’observation des manifestations publiques d’Antonin Artaud en 1946-1947, de l’irruption en ces mêmes années du mouvement lettriste à Saint-Germain-des-Prés, de l’arrivée de la Beat Generation à la fin des années 1950, du festival Fluxus et des différents événements organisés par Jean-Jacques Lebel, Jean-Clarence Lambert et Henri Chopin durant les années 1960, Proféractions !, que vient de publier Cristina De Simone, propose une histoire de ces pratiques qui, à Paris, entre 1946 et 1969, ont lié poésie et performance et fait de l’oralité leur champ d’investigation principal. Deuxième partie de l’entretien mené par Emmanuèle Jawad avec l’auteure.
Le poète et artiste palestinien Ashraf Fayad a été accusé et déclaré coupable d’apostasie par le tribunal général d’Abha, en Arabie Saoudite, où Ashraf Fayad résidait. Dans un premier temps, Ashraf Fayad a été condamné à mort. En 2016, cette sentence a été remplacée par un emprisonnement d’une durée de 8 ans – emprisonnement auquel s’ajoute une peine de 800 coups de fouet.
Rien ne va plus dans l’ancien monde : les dirigeants de la vallée veulent raser 4000 hectares de forêt quaternaire pour y ériger un parc de loisirs, entre féminisme préhistorique et émergence du hashtag #Balancetapierre, la famille Dotcom se déchire à petit feu. Et pour couronner le tout : l’inoubliable interprète de « Comme un chasseur abandonné », Johnny Abilis est mort.
Nul en France n’est censé désormais ignorer que, depuis ces derniers jours, Christine Angot a publié un nouveau roman intitulé : Un tournant de la vie. Entre rires frénétiques et applaudissements nourris, les articles abondent, se déchirent sinon se défient dans une respectueuse distance tant il s’agit pour les uns de multiplier les moqueries, pour les autres de déployer les éloges.
Work in Progress : cette nouvelle revue de littérature contemporaine affiche d’entrée les règles du jeu. Parce qu’elle est née d’un café littéraire où se lisent des textes qui ne cessent de se réécrire à l’épreuve du public, la revue se veut avant tout vivante, en mouvement, en retravail.
Du 12 au 22 septembre se tiendra à Paris la 11e édition du festival Jerk Off. Depuis ses débuts, la spécificité de ce festival est d’être pluridisciplinaire et surtout de proposer des expressions subjectives et artistiques qui n’ont pas comme cadre de référence les normes hétérosexuelles dominantes.
« Faites un geste pour l’environnement », scie de la décennie et arme lourde de publicitaires et d’entreprises, qui, sans conviction profonde, usent de l’écologie comme argumentaire marketing et opportunisme. Soulignons-le d’entrée, L’Écologie en bas de chez moi n’est pas imprimé sur du papier recyclé.
Nos richesses de Kaouther Adimi n’est ni simplement le roman d’un lieu (Les vraies richesses, librairie d’Alger, 2 bis rue Hamani, ex rue Charras) ni tout à fait le récit imaginaire d’une vie (celle d’Edmond Charlot, fondateur du lieu, par ailleurs éditeur).
On s’était habitué, avec Maylis de Kerangal, aux tambours et aux trompettes, aux incipits de parade, à ces œuvres aux frontispices vibrants, de l’odyssée de Georges Diderot, héros de Naissance d’un pont, à la vague mythique venue du fond des âges lançant le compte à rebours poignant de Réparer les vivants.