À toutes les lauréates et tous les lauréats de #mondesnouveaux

Les faits : « Dans le cadre du Plan de Relance, le gouvernement a souhaité consacrer 30 millions d’euros à un programme de soutien à la conception et à la réalisation de projets artistiques, qui portera une attention particulière aux jeunes créateurs » (source : ministère de la Culture). 264 projets artistiques et littéraires ont été sélectionnés.

« Gods always behave like the people who make them. Les dieux se comportent toujours comme ceux qui les font » (Zora Neale Hutston, exergue de la quatrième partie de Notre part de la nuit, « Cercles de craie. 1960-1976 »).

Comment parler de Notre part de nuit de Mariana Enriquez, comment ne pas réduire sa virtuose ampleur romanesque à une intrigue linéaire qui manquerait son inventivité littéraire folle et sa manière de saisir l’essence de la culture comme de l’histoire argentines ? Sans doute faut-il partir de cette aporie même : Notre part de nuit dépasse tout ce que l’on peut en écrire, c’est une expérience de lecture qui s’empare de vous dès les premières pages et vous habite intimement, jusqu’au bout, pour longtemps vous hanter.

Jeudi 11 novembre 2021, le Forum des Images recevait Art Spiegelman pour évoquer la sortie de The Parade de Si Lewen et de Street Cop de Robert Coover aux éditions Flammarion dont il a respectivement assuré l’édition et réalisé les illustrations. La rencontre était animée par David Rey (Atout Livre) et Dominique Bry (Diacritik) tandis que Marguerite Capelle assurait la traduction simultanée. La venue d’Art Spiegelman en France est toujours un événement et le public ne s’y est pas trompé, venu en nombre pour assister à cet échange où l’on a parlé d’art, d’édition, d’illustration, d’histoire, de mémoire, de BD underground et d’underwears…

Récit politique, enquête, affolement de la narration et de sa possibilité, Des îles, de Marie Cosnay, est également un témoignage fondamental : témoignage pluriel de celles et ceux qui, du fait d’être immigré.e.s, exilé.e.s, « clandestin.e.s », du fait de chercher une vie ailleurs que là où les traités internationaux et les politiques racistes leur assignent une place, subissent un traitement indigne, inhumain ; témoignage de celle qui, écrivant, écoutant, regardant, est emportée dans un mouvement général qui la dépasse : mouvement de mort, mouvement de vie. Rencontre et entretien entre Mathieu Potte-Bonneville et Marie Cosnay.

« Personne ne peut dire d’où vient un livre et encore moins celui qui l’a écrit. Les livres naissent de l’ignorance, et s’ils continuent à vivre après avoir été écrits, ce n’est que dans la mesure où on ne peut les comprendre », soulignait Paul Auster dans Leviathan (1993), via son personnage Aaron.

On connaît la distinction opérée par Pierre Desproges entre les rires français et british : « l’humour anglais souligne avec amertume et désespoir l’absurdité du monde. L’humour français se rit de ma belle-mère ». Alan Bennett, acteur, scénariste, réalisateur, romancier, bouleverse quelque peu cette définition pourtant lumineuse : l’humour anglais, tel qu’il le pratique, part d’une idée décalée, à la limite de l’absurde, et se rit de The Queen pour mieux servir, en arrière plan, une peinture sans concession du milieu littéraire et une apologie de la lecture dans ses infinis pouvoirs de subversion ; Sa Majesté, prise de passion pour la lecture, en délaisse ses obligations royales, se joue du protocole et de l’étiquette, pire, en vient à prendre des notes, à écrire et à profondément revoir son rapport aux monde et aux autres.

Un appartement sur Uranus est notamment construit autour de l’analogie entre la transition de genre et la migration. Mais se dire « migrant », alors que l’on possède un passeport européen, pourrait relever d’une ignorance de ses propres privilèges en tant que citoyen européen et personne blanche.