Michael et Catlin s’aiment depuis presque vingt-cinq ans, amants fidèles et clandestins qui se retrouvent une fois par mois dans un petit hôtel de Coney Island. Ce jour-là, sans doute le dernier, une tempête s’est abattue sur la station balnéaire endormie par l’hiver, loin de ces fastes forains d’antan. « Cet après-midi, Coney Island a des airs de bout du monde, d’ultime bastion avant les grands fonds, d’endroit où dérivent les damnés avant de sombrer dans le néant ».

En terre chinoise, il y a près de trois millénaires, la reine Fu Hao avait emporté dans son tombeau quelques laquais sacrifiés et des centaines d’effigies de bronze. Cette foule ensevelie devait la servir dans l’au-delà pour rejouer le monde des vivants. Peut-être un simple exemplaire du Shijing aurait-il pu remplacer ces rituels tant il constitue un condensé de la vie antique.

Budapest au début du XXe siècle. Une jeune femme entre dans un prestigieux magasin de chapeaux, elle est accueillie comme une cliente… Après une séance d’essayage, elle se présente, elle est venue « pour l’annonce » : elle s’appelle Irisz Leiter, le magasin a été fondé par ses parents disparus et elle cherche à retrouver les circonstances de leur disparition. Elle aurait un frère dont elle cherche la trace. La caméra la suit, la cadre en gros plan.

En 1962, Rachel Carson publiait Printemps silencieux, « fable pour demain », dénonciation sans concession du scandale des pesticides et appel à emprunter une « autre route ». A lire La Malchimie de Gisèle Bienne, qui n’est en rien un roman mais bel et bien un « récit », cette route est encore un espoir vain.

Il y avait déjà le Tell No One d’Harlan Coben, il y a désormais Tell No Tales, second polar d’Eva Dolan mettant en scène la section des crimes de haine de l’inspecteur Zigic. Deux ans après Les Chemins de la haine (Long Way Home), Eva Dolan revient avec Haine pour haine (Liana Levi) à Peterborough, ville frontière à une époque charnière au cœur d’un polar social étouffant. Ou comment l’intolérance et le mensonge se font vecteurs de violence et de désintégration du vivre ensemble.

Comment, au cinéma, faire le portrait d’une ville ? Vincent Dieutre répond dans Berlin Based. Ce portrait est réalisé selon les principes d’un cubisme qui ne serait pas synthétique. Leibniz écrivait à peu près qu’une ville est l’ensemble des représentations diverses de ceux qui la regardent en y étant immergés. Le film de Vincent Dieutre est leibnizien, mais il s’agirait d’un Leibniz sans Dieu pour garantir la synthèse et l’harmonie des points de vue.

Tout a commencé jeudi 21 mars 2019 vers 19h00 quand j’ai posté ce tweet assez simple escorté des portraits de Marx et Freud : « Le nouveau programme de Terminale en philo vient de tomber : deux notions disparaissent et non des moindres : le Travail et l’Inconscient. C’est-à-dire Marx et Freud : qui a dit que la « réforme » Blanquer n’était pas idéologique et orientée politiquement ? ».