Il n’y avait aucun prétexte valable pour aller voir le film Super Mario Galaxy le jour de sa sortie à l’UGC de la Porte Maillot à Paris. Mes enfants sont pour l’une trop âgée, pour l’autre trop jeune et ne pouvaient donc pas m’y accompagner. La suite d’une production dont le premier numéro (Super Mario Bros) a récolté plus d’un milliard de dollars de recettes a forcément des ambitions galactiques, comme son nom l’indique. Mais je n’ai pas vu un blockbuster : j’ai suivi un conte saturé de couleurs fluorescentes et de… vérité.
La princesse Harmony, sœur de la vedette Peach ( tout le temps enlevée et tout le temps sauvée par Mario ou par sa propre force) suit le destin de cette dernière car le fils du vilain Bowser veut venger son père défait à l’épisode précédent et s’emparer de la force féminine qui tient la puissance du monde. Il la séquestre donc et l’envoie vers la galerie poussière d’étoiles.

Une chronique cinématographique studieuse vous indiquerait que vous trouverez dans le film de nombreuses références à la pop culture : Star Wars, Jurassic Park, Blade Runner... Nintendo a toujours glissé dans une facilité de récit dans ses films tout comme dans une agilité inclusive de gameplay dans ses jeux vidéos et c’est bien le chemin le plus facile pour accéder au succès populaire. Mais cette inclinaison archétypale mène aussi à ce qui se tient le plus ancré en nous, à ce qui nous lie à notre propre essence. Ainsi, le fil du récit, qui suit le combat presque psychédélique entre le bien (Mario, Luigi, Peach, Harmony, Toad, Starfox) et le mal (Bowser senior et Bowser Junior ainsi que le royaume Koopas) est au plus proche du présent de notre temps.

N’assiste-t-on pas à une déferlante technologique qui aspire inéluctablement le monde ? La guerre se fait toute seule, le travail s’enroule sur lui-même dans des dispositifs toujours plus efficaces et plus rentables, la musique s’auto-génère en saccageant la création. Quelle attitude, quelle éthique mettre en avant face à la rapacité du mal si ce n’est jouer, parier sur l’amitié et se fondre dans les couleurs stroboscopiques – jaune, violet, fushia, rouge – que l’époque met à notre disposition dans de petites intervalles sacrées ?

Alors les sauts, les éclaboussures sonores de Mario et de ses amis rassurent face aux hurlements de la Puissance. Et quand la princesse Peach s’approche d’un mur pixelisé pour le traverser et se propulser vers une autre dimension, on l’envie, car comme elle nous avons soif d’accéder au cœur même du monde ou de ce qu’il en reste, de nous y lancer en souriant. Parce que les mesures arbitraires et arraisonantes de l’univers s’entrelacent et ne sont pas figées. En sortant, une grande foule compacte se déplaçait autour du gris Palais des Congrès qui abrite le cinéma. Sur ses façades froides et roides, d’immenses panneaux indiquaient : Sommet Amazon Web Services 2026. Il pleuvait.
Super Mario Galaxy Le film, de Aaron Horvat et Michael Jelenic, avec les voix de Chris Pratt, Anya Taylor-Joy, Charlie Day, sorti le 1er avril 2026,1h39. Crédits : Universal / Nintendo 2026.
