Diacritik a toujours eu à cœur de défendre la littérature étrangère et ceux sans lesquels elle demeurerait inaccessible à une grande partie du lectorat français : les traducteurs. Carine Chichereau, traductrice de très nombreux auteurs anglo-saxons, a accepté de tenir une rubrique régulière dans nos colonnes, pour évoquer, en vidéo, un texte dont nous lui devons la version française. Aujourd’hui, Les Aventures de l’intrépide Stroïka dans Paris de Jane Smiley paru aux éditions Rivages.

« Ce détour par une tradition exotique est indispensable pour briser la relation de familiarité trompeuse qui nous unit à notre propre tradition ».
Pierre Bourdieu, La domination masculine

Pourquoi déterrer ces vieilleries, dira-t-on ? Parce que, comme le montre Edward Saïd, ces récits et romans ont été un lieu privilégié d’observation : « dans la constitution des attitudes, des références et des expériences impériales. Non que seul le roman ait compté, mais (il est) l’objet esthétique dont le lien aux sociétés expansionnistes britannique et française est particulièrement intéressant à étudier ». On peut alors comprendre l’intérêt de revenir sur ces « choses » anciennes, non rééditées pour certaines, plus du tout lues et prises dans une idéologie coloniale dépassée.

Stimulant, novateur et indispensable pour qui veut penser l’écologie : autant de qualificatifs qui affirment ici l’enthousiasme de lecture qu’offre L’Ange de l’Histoire : Cosmos et technique de l’Afrofuturisme que Frédéric Neyrat vient de signer aux décidément passionnantes éditions MF. De manière profondément originale, Neyrat jette ici les fondements d’une pensée écologique qui, au-delà de Bruno Latour, se saisit de l’Afrofuturisme, de son imaginaire et de sa puissance politique pour repenser l’écologie. Et si l’écologie était le signe du refus d’une révolution copernicienne ? L’écologie pense-t-elle notre rapport au cosmos ? Accepte-t-elle l’étranger ou reconduit-elle l’anthropocène qui se fonde sur l’esclavage et le meurtre des femmes et des hommes noirs ? L’écologie, pour s’affirmer, doit-elle prendre en charge la question de la race comme l’y invite l’Ange Noir de l’Histoire ? Autant de questions brûlantes que Diacritik est allé poser à Frédéric Neyrat le temps d’un grand entretien.

Comme le rappelle l’éditeur Jean-Jacques Colonna d’Istria dans un avant-propos, ce collectif fait suite à une série d’ouvrages regroupant des écrits multiples se rapportant à la Corse. Entre le premier, Une enfance corse, publié en 2010, et ce dernier paru cette année aux éditions Scudo, quatre autres (Mémoire(s) de Corse, Les Utopies insulaires : la Corse, Portraits de Corses, Corses de la diaspora) ont en effet balisé l’exploration multifocale de cette île méditerranéenne. Jean-Pierre Castellani, qui a toujours été à la manœuvre pour les précédentes publications, seul ou accompagné, s’est adjoint cette fois la collaboration de Dominique Pietri pour composer cet ensemble particulièrement intéressant de portraits de femmes corses.

Prologue : Maladie mélodie (en souvenir de Maurice Roche). Je fais rapidement le compte des ouvrages qui ont formé la matière des “papiers” que j’ai publiés ici-même en 2021 – de la toute première Constellation d’hiver à cette huitième et dernière d’automne – et j’obtiens 155, soit un multiple de 31.

« J’ai commencé́ à m’intéresser aux cartes quand j’ai compris qu’elles n’entretenaient que des rapports lointains avec le réel », écrit Philippe Vasset dans son Livre blanc, en 2007. Sans doute peut-on partir de ce paradoxe initial pour tenter une approche de la Cartographie radicale dont l’historienne Nepthys Zwer et le géographe Philippe Rekacewicz nous offrent de passionnantes Explorations dans un superbe livre, récemment publié aux éditions Dominique Carré/La Découverte.

À quelle sorcellerie de grande échelle l’époque a-t-elle succombé ? Le nouveau roman de Valentin Retz, publié à l’Infini chez Gallimard, précise une pensée d’une grande lucidité sur l’ampleur du mal à l’œuvre dans un monde livré à l’empire de la Technique. Grand entretien avec un auteur qui livre une expérience déstabilisante au cœur de la modernité.

Qui connaît aujourd’hui Louise Colet, autrice du XIXe siècle, dont l’œuvre très éclectique a été couronnée de succès éditoriaux ? Juliette Adam, sa contemporaine, dont le traité politique Idées anti-proudhoniennes sur la femme, l’amour et le mariage de 1858 a osé démonter point par point la rhétorique misogyne de l’éminent socialiste Proudhon ? Qui connaît encore Alexandrine de Tencin, la mère de Jean d’Alembert, aussi libertaire que libertine, qui a tenu un célèbre salon au XVIIIe siècle et a produit quatre romans à la carrière européenne, republiés avec un égal succès jusqu’à la fin du XIXe siècle ? Comme tant d’autres autrices et artistes, elles ont été  »invisibilisées » par le processus d’effacement des femmes dans l’Histoire, que le dénigrement et les jugements misogynes ont favorisé à dessein.

Comment est-il possible, quand on a commencé à publier en 1963, que l’on a écrit des romans par centaines sous son nom et sous pseudonymes dont une bonne dizaine de chefs d’œuvre, des essais majeurs, du théâtre, des recueils de poésie et de nouvelles, d’offrir des livres toujours aussi sidérants ? Joyce Carol Oates est cette énigme, une autrice qui marque, décennie après décennie, l’histoire littéraire et échappe, aussi régulièrement au prix Nobel qui aurait pourtant dû, depuis longtemps, couronner son œuvre. Sans doute JCO est-elle trop prolifique, sans doute a-t-elle trop frayé avec des genres populaires pour les jurys compassés. Tant pis pour eux. Son dernier roman publié en France, La nuit. Le sommeil. La mort. Les étoiles, aux fidèles éditions Philippe Rey, prouve une fois encore, s’il était besoin, la puissance romanesque corrosive de l’une des plus grandes autrices américaines contemporaines.