Le premier roman de Pierre Chopinaud, Enfant de perdition, est indubitablement un des grands événements de cette rentrée d’hiver. Roman somme, épopée fulgurante des désastres et récit d’une éducation négative, Enfant de perdition se donne comme la traversée noire et hallucinée de notre temps, de la guerre en Ex-Yougoslavie jusqu’aux attentats de 2015. A la croisée de Jean Genet, Pasolini et Claude Simon, la langue de Chopinaud invente un phrasé du sensible inédit. Autant de raisons pour Diacritik d’aller le temps d’un grand entretien à la rencontre du remarquable et déjà indispensable jeune romancier.
Que dit le psaume CXXXVII ? Qu’il existe un lien viscéral entre la terre et le chant ; qu’un lieu qu’on ne peut aimer est un lieu qu’on ne peut chanter, et qu’un lieu qu’on ne peut chanter reste une terre étrangère. Le mal du pays est aphone : « Hélas ! leur dîmes-nous, qui pourrait inciter — Nos cœurs tristes et lourds à chanter la louange — De Dieu, sur cette terre et ce rivage étrange ? » (Clément Marot a chanté Sur les fleuves de Babylone, bien avant les Boney M. et les pattes d’éléphant).
Cette rentrée d’hiver 2020 voit paraître le second et très beau roman d’Agnès Riva, Ville nouvelle à L’Arbalète Gallimard. Après le très remarqué Géographie d’un adultère, la romancière déploie ici un récit cristallin, tracé comme une ligne droite et neuve, d’un jeune couple qui s’installe dans une ville nouvelle, en banlieue de Paris. Dans le sillage d’Annie Ernaux qui ne refuserait pas les interrogations formelles de Perec, Riva dévoile la détresse sèche et hagarde d’une jeune femme au début de sa vie. Autant de raisons pour Diacritik d’aller à la rencontre de la romancière dont l’œuvre naissante nous enthousiasme.
L’immense historienne Arlette Farge a voué ses recherches aux vies marginales, aux existences de criminels, ouvriers et anonymes dont les traces ont été tues. Les exhumer ressort de son Goût de l’archive, comme l’énonce le titre de son si bel essai publié en 1989 dans la « Librairie » de Maurice Olender : C’est une manière de « produire du manque là où régnaient les certitudes » et de saisir autrement l’Histoire, depuis des conduites ordinaires, ou, comme Arlette Farge l’écrit dans la très belle introduction de ses Vies oubliées, de plonger dans les profondeurs de l’individu pour faire jaillir « le mystère, la beauté et la folie de la vie ».
Pour sa troisième édition, Jardins d’hiver est une fois encore placé sous le signe de la transmission avec Jeanne Benameur et Olivier Adam en invités d’honneur, en « écrivains-passeurs » et leurs invités respectifs Thierry Magnier et Laurent Vidal, Arnaud Cathrine et Monica Sabolo.
Rendez-vous à Rennes du 7 au 9 février pour un moment que les organisateurs veulent festif et riche d’échanges.
Pascal Durand n’a sans doute pas inventé le mot-valise qui coiffe élégamment son récent essai mais il lui donne une rare force en procédant de deux manières.
Une e** position s’est terminée ce dimanche 26 janvier, sur la proposition No Pasa Nada de Philippe Dollo. Depuis le 2 décembre 2019, vous avez pu également découvrir les travaux de Delphine et Élodie Chevalme, d’Erick Flogny, de Joël-Alain Dervaux, de Camille Carbonaro et d’Elsa Guénot. Avant de revenir sur cette deuxième édition, supervisée par Pauline Sauveur *, et de vous proposer de revoir l’ensemble de l’exposition sur la page dédiée * Public Averti, souhaitait profiter de cette dernière semaine de janvier pour vous adresser ses vœux pour la nouvelle année.
Gouverner, c’est prévoir : (re)devenir maire, la solution ad hoc.
Love Me Tender, deuxième livre de Constance Debré après le remarqué Play Boy en 2018, pourrait sembler relever de la forme canonique du Bildungsroman, apprentissage de soi comme des barrières que les normes sociales, familiales et morales élèvent face à nos espoirs de conquêtes, aussi bien intimes que professionnelles. De fait ce récit relève d’un canevas que l’auteure forge en composant son œuvre, texte après texte, et que l’on pourrait nommer le roman d’émancipation.
En retard au rendez-vous, Albertine trouve Marcel écrivant à Gilberte (son “ex” dont la petite Simonet sait bien peu). Façon pour lui de dire qu’il digère mal le retard de son amie et l’attente qui s’ensuit.
Monsieur le Président de la République,
« Tout commence par une interruption », dit le poète*. Et si, par un impossible dialogue, nous interrompions un moment l’ordre désastreux du monde, pour le rendre à la vraie vie ?
L’année de ses 55 ans – A.A. Waberi est né à Djibouti en 1965 –, l’écrivain bien connu aujourd’hui, nous offre une nouvelle fiction au titre suggestif qui vient encore enrichir une œuvre mosaïque.
Comme ils l’avaient fait pour les précédentes publications de la correspondance de Marguerite Yourcenar, les responsables de l’édition choisissent comme titre de ce volume une citation de Yourcenar elle-même. « Le Pendant des Mémoires d’Hadrien et leur entier contraire ». Avec Une volonté sans fléchissement, 1957-1960 (2007) et Persévérer dans l’être, 1961-1963 (2011) il s’agissait d’extraits qui correspondaient à sa philosophie de la vie.
Spécialiste des questions liées à la colonisation et l’histoire coloniale, Olivier Le Cour Grandmaison a publié en octobre 2019 aux éditions de La Découverte, « Ennemis Mortels » – Représentations de l’islam et politiques musulmanes en France à l’époque coloniale. L’ouvrage est dense et sa démarche prospective, dressant un état des lieux de ce qui s’est écrit à propos de l’islam et des musulmans des colonies, tout particulièrement l’Algérie, au XIXe et au XXe siècle.