Art et censure : Vœux avertis *

Une e** position s’est terminée ce dimanche 26 janvier, sur la proposition No Pasa Nada de Philippe Dollo. Depuis le 2 décembre 2019, vous avez pu également découvrir les travaux de Delphine et Élodie Chevalme, d’Erick Flogny, de Joël-Alain Dervaux, de Camille Carbonaro et d’Elsa Guénot. Avant de revenir sur cette deuxième édition, supervisée par Pauline Sauveur *, et de vous proposer de revoir l’ensemble de l’exposition sur la page dédiée * Public Averti, souhaitait profiter de cette dernière semaine de janvier pour vous adresser ses vœux pour la nouvelle année.

No Pasa Nada © Philippe Dollo

Traditionnellement, les vœux de * Public Averti offrent la liste des artistes avec lesquels nous avons travaillé pendant l’année. Vous y retrouverez les noms des écrivains et performeurs qui ont participé au Klaxon de mai, le cycle de lecture que nous avons initié à Sancerre à l’automne 2015, et qui s’est déroulé à Bruxelles, chez notre ami et éditeur Éléments de langage : ainsi, Astrid Chaffringeon, Arnaud Genon, Nicolas de Mar-Vivo, Pauline Sauveur elle-même et Mathieu Simonet ; celui de Bruno de Bruxelles à qui nous avons alloué une Carte Blanche, photographique, intime et audacieuse, durant l’été 2019 ; enfin ceux des sept photographes (puisque nous avons eu un duo cette année) qui ont participé à Une e**position, à cheval entre 2019 et 2020.

C’est l’un d’entre eux, Joël-Alain Dervaux, qui nous fait l’amitié d’une nouvelle photographie pour illustrer nos vœux. Plus qu’illustrer, le travail de Joël-Alain vient souligner un point particulièrement sensible que le travail des artistes aujourd’hui soulève dans la sphère artistique liée aux réseaux sociaux : celui de la censure. Nous avons été, Pauline et moi, à titre personnel, plusieurs fois touchés par cette injustice flagrante qui semble confondre sans discernement l’art et l’exhibitionnisme — si tant est que l’exhibitionnisme ne soit, dans certains cas, lui-même artistique (mais c’est un autre débat). Les réseaux sociaux — et nous nous en sommes déjà offusqués sur Diacritik au mois de décembre, dans un article intitulé Carrés Blancs : Dys-paraître sur les réseaux sociaux — condamnent et bannissent toute démonstration, au sens premier, des appareils génitaux masculin et féminin sur leurs plateformes.

Récit : Acte I © Joël Alain Dervaux

Sans discernement, nous le répétons, et c’est ainsi que le tableau L’origine du Monde de Gustave Courbet s’est vu plusieurs fois censuré sur Facebook, et les personnes qui l’avaient diffusé (ou d’autres images équivalentes), « punies » d’interdiction de poster, allant de vingt-quatre heures à plusieurs semaines. Pour contrer ce soi-disant exhibitionnisme « non-conforme (à leurs) standards », les plateformes demandent aux artistes de se censurer eux-mêmes : ainsi le travail proposé par Joël-Alain du 16 au 22 décembre, pour avoir le droit d’apparaître sur Instagram par exemple, s’est-il vu masqué par une zone grise au niveau du sexe du modèle — dénaturant à notre sens l’intention de l’artiste et de son œuvre — tandis que la version intégrale apparaissait à la fois sur la page dédiée à l’exposition, et sur Diacritik dans le corps (le cas de le dire) de l’article précité.

Nous ne souhaitons pas jouer le jeu de la censure. D’une aucune manière. En tout cas pas de celle imposée par les réseaux sociaux. C’est pourquoi, et pour la première fois, notre carte de vœux n’apparaîtra ni sur Facebook, ni sur Instagram : elle vous sera envoyée par mail ; vous la retrouverez sur la page dédiée ; et puisque Diacritik nous fait une fois encore l’amitié de nous suivre, vous pouvez également la voir sur son site, accompagnée de ces mots. Ne vous y trompez pas : nos vœux n’en seront que plus sincères, plus marqués, et plus engagés encore dans la défense de la liberté d’expression, et de toute forme d’art.

Nous voulons une fois encore remercier les artistes qui nous font depuis 2015 l’amitié, et la générosité (nous ne sommes pas subventionnés), c’est important de le dire, de partager leur travail avec nous. Cela va pour cette année comme des précédentes. Et nous remercions plus particulièrement Joël-Alain Dervaux pour sa confiance sans réserve, et son travail délicat, et magnifique, que nous l’espérons, vous apprécierez autant que nous.

Pauline Sauveur * / Laurent Herrou *
pour * Public Averti