Depuis son Hôpital silence (1985), qui eut le retentissement que l’on sait, Nicole Malinconi s’est vouée à se faire la chroniqueuse de la vie en son quotidien et bien souvent un quotidien vécu et partagé. Et voici qu’elle retrace dans Ce qui reste son entrée dans l’existence en pays wallon et dans un milieu de petite bourgeoisie.

Peu de cinéastes contemporains s’obstinent encore à faire œuvre. Précarité, désir de visibilité, cynisme parfois, tout les pousse à se renouveler, à se saisir un à un des créneaux du film de genre, à se passer commande, suradaptés qu’ils sont à des systèmes de financements au coup par coup. Pourtant certains, en une ascèse de plus en plus intenable, continuent coute que coute à creuser leur sillon, à construire leur cinéma patiemment, comme en sourdine, au risque d’un déclassement.

Avec Médecine générale, Olivier Cadiot signe indubitablement son meilleur livre. Après son énergique et fondamental essai que constitue son Histoire de la littérature récente, Olivier Cadiot aborde ici frontalement, pour la première fois, les rivages du roman. Et c’est une éblouissante réussite : virevoltant, tour à tour grave et joueur, le roman nous conte l’histoire d’un groupe de jeunes gens qui, hagards mais volubiles, paraissent errer au cœur d’un monde en proie à une maladie. Roman oui, mais aussi formidable réflexion à chaque instant sur la littérature. C’est saisi de cet enthousiasme que Diacritik est allé à la rencontre du romancier le temps d’un grand entretien.

Robert Heinlein disait que les auteurs de science-fiction partagent avec les météorologues et les diseuses de bonne aventure le risque que leurs prédictions soient rattrapées et périmées par les événements. « Obsolescence (dé)programmée » : le titre de la postface d’Eric Picholle à l’Histoire du Futur d’Heinlein pose encore d’une autre manière le problème inhérent à un projet si ambitieux. Comment imaginer le futur quand celui-ci fatalement va rattraper le récit qui l’anticipe ? La science-fiction est-elle un genre condamné à être dépassé, annulé par l’avancée des temps ?

On reconnait les livres de Pierre Cendors par leur rapport intense à la perte et au mystère. On y retrouve aussi souvent un spleen qui s’ancre dans une relation vivante à l’imaginaire artistique passé, que ce soit un rêveur capable de créer une machine cinématographique faite d’un pur pouvoir de hantise, comme dans Les Archives du vent, ou encore la réinvention, mise en abyme, d’un épisode de la série des années 1960, La Quatrième dimension dans la Vie posthume d’Edward Markham.

« J’aimerais bien savoir en quoi je suis un homme et même si j’en suis un » : telle est la question centrale du dernier livre d’Ivan Jablonka, Un garçon comme vous et moi, interrogation polyphonique d’un Âge d’homme ou versant masculin du fameux « on ne naît pas femme, on le devient » de Simone de Beauvoir. Par quels mécanismes devient-on garçon puis homme, quels rôles et fonctions société et culture nous assignent-elles ? Pour répondre à cette question à multiples fonds, Ivan Jablonka entreprend un renouvellement de l’entreprise autobiographique, sous le signe d’un « parcours de genre ».

C’est à un voyage sur la planète Fiction que nous invite Françoise Lavocat dans son dernier livre : là vivent (et parfois disparaissent) et rêvent aussi les personnages de la littérature, des films, chansons, séries et jeux vidéo qui peuplent nos imaginaires, ils se croisent, discutent, s’aiment ou se déchirent. Cette « planète lointaine, appartenant à un autre système solaire », a ses continents et ses villes, son système politique et sa chronologie propre, son Chiméramètre et ses jurys ontologiques… Départ pour le pays de fiction, avec la démiurge de ce monde prométhéen, Françoise Lavocat qui a accordé un grand entretien à Diacritik.

Les deux derniers romans de Jean-Philippe Toussaint (Clé USB et Les Émotions) avaient pour héros-narrateur un haut fonctionnaire chargé de la prospective à la Commission européenne de Bruxelles. Or, voici que la très brève Disparition du paysage sorti hier en librairie ne fait pas suite aux deux récits précédents.

Quelques années après un bel autoportrait, intitulé Un fantôme dans la bibliothèque, voici de nouvelles facettes au portrait kaléidoscopique de Maurice Olender. Dans Singulier pluriel, sont rassemblés plus d’une dizaine d’entretiens donnés entre 2002 et 2017, à la radio ou dans des revues, éclairant tour à tour le chercheur à l’EHESS, l’homme lucide et impliqué politiquement, l’éditeur de la « Librairie du XXIe siècle » et l’amateur d’arts contemporains.