Un appartement sur Uranus est notamment construit autour de l’analogie entre la transition de genre et la migration. Mais se dire « migrant », alors que l’on possède un passeport européen, pourrait relever d’une ignorance de ses propres privilèges en tant que citoyen européen et personne blanche.

Mais comment en viens-je à écrire sur « le phénomène woke » comme on aime à le qualifier ? Est-ce ce que je n’aurais pas mieux à faire, surtout si j’estime que justement il constitue un détournement stérile d’énergie, un lâcher de passions tristes vite confirmé par un détour sur les réseaux ou en compulsant un énième ouvrage avec son petit chapitre sur les identités ?

Dirigée par Carole Aurouet, la collection « Le cinéma des poètes » (Nouvelles Éditions Place) réunit des études brèves et stimulantes consacrées à de nombreux auteurs et à leurs rapports au cinéma. Desnos, Picabia, Duchamp, Roussel, Duras ou encore Michaux ou Aragon (liste largement non exhaustive) figurent au catalogue du « Cinéma des poètes ». Christelle Reggiani, à laquelle on doit de nombreuses études sur Perec et la direction de ses Œuvres en Pléiade, signe un Perec et le cinéma dans cette foisonnante collection.

On aurait envie de prendre le titre du livre d’Emmanuèle Jawad, Interférences, comme une invitation à penser la survivance de quelque chose du spéculatif, mais non pour viser un au-delà du texte et l’excéder dans un commentaire, ni pour dire seulement qu’ici « on photographie l’appareil en train de filmer on la photographie qui regarde l’appareil en train de filmer » (vertige de la mise en abyme).

D’Angelica Liddell on sait déjà beaucoup. On connaît sa vie : sa rupture amoureuse déployée avec incandescence dans la casa della forza (2012) et son rapport à ses parents, exploré dans son récent diptyque : una costilla sobre la mesa et padre (2020). On sait ses combats contre le puritanisme ambiant et pour l’expression libre et brutale des désirs dans you are my destiny (2015) et Scarlett letter (2018). On a beaucoup vu son intimité physique : dans tous ses spectacles elle exhibe son sang, son sexe, sa sueur. Et on aime son imaginaire baroque, sexuel, immoral, rouge et flamboyant. Quand après un an de silence, la sombre atrabilaire revient sur les plateaux, c’est un événement. Elle a présenté son combat avec le taureau dans Liebestod en Avignon cet été. Et juste avant la fête des morts, c’est Terebrante qu’elle crée au CDN d’Orléans.

Salve impressionnante de publications aux éditions Les Cahiers dessinés. Une revue, L’Amour, dont nous avons déjà parlé, et quatre ouvrages : Carnets de bord de Sempé, Le Monde selon Mix & Remix, Géant endormi de Brad Holland, Les dessins de Franz Kafka, auxquels il faut ajouter, aux éditions Noir sur Blanc, un livre écrit et dessiné par Frédéric Pajak : J’irai dans les sentiers. Pas loin de 1500 pages au total, les relations entre dessin et texte variant considérablement d’un volume à l’autre – le plus silencieux étant celui de Sempé, bénéficiant d’une brève préface (deux pages) de Patrick Modiano.

Indéniablement, Antoine Wauters signe avec Mahmoud ou la montée des eaux un des très grands romans de cette rentrée littéraire, couronné aujourd’hui par le prix le plus pointu de la saison d’automne, le prix Wepler. Véritable splendeur de langue, bouleversante épopée d’un homme pris dans plus d’un demi-siècle d’histoire de la Syrie, chant nu sur la nature qui tremble devant l’humanité et sa rage de destruction : tels sont les mots qui viennent pour tâcher de retranscrire la force vive d’un récit qui emporte tout sur son passage. Rarement l’histoire au présent aura été convoquée avec une telle puissance et une grâce qui ne s’éprouve que dans un déchirement constant. Diacritik republie l’entretien qu’Antoine Wauters avait accordé à Johan Faerber.

En cette année de présidentielle, impossible de ne pas évoquer l’Éducation nationale afin de réfléchir à une école de demain. Après cinq années de blanquérisme qui ont considérablement affaibli toute démocratie scolaire et verticalisé pour ne pas dire féodalisé les acteurs de l’école, il est temps de rouvrir l’école à la démocratie. C’est le sens du remarquable et indispensable essai de Christian Laval et Francis Vergne, Éducation démocratique : la révolution scolaire à venir qui vient de paraître à La Découverte. Les deux auteurs indiquent sans détour et avec force combien le système éducatif doit désormais jouer un rôle écologique et social éminent : rendre le monde vivable et préserver la planète exigent une refonte de l’école. C’est le défi de chacun. À l’heure où certains enseignants se droitisent et sont tentés par le zemmourisme, il était plus que nécessaire pour Diacritik d’aller à la rencontre de Christian Laval et Francis Vergne le temps d’un grand entretien autour de leurs décisives propositions pour une véritable révolution scolaire.