Ce doit être un de ces longs dimanche du mois de février. Pour tuer l’ennui, je m’appliquais à suivre l’actualité de la campagne présidentielle. Valérie Pécresse tenait l’un de ses premiers meetings. Incrédule, j’écoutais ses mots désincarnés, ses espérances inauthentiques, ses envolées obligées pour correspondre aux habitudes de la parole politique en ces circonstances. Son exposé a suscité une incrédulité générale tant ses propos contrastaient avec l’état réel dans lequel elle se trouvait. Sa raideur confondait avec l’effusion émotionnelle requise dans « ces moments-là ».

« Ensuite, Lady l’avait invité au casino le lendemain soir. Il avait accepté l’invitation, mais décliné l’apéritif. Décliné sur le vin, mais accepté l’eau. Elle avait fait mettre une table sur la mezzanine avec vue sur la place des Travailleurs, où la pluie ruisselait sans bruit des pavés de la gare vers l’Inverness. Les architectes avaient surélevé la gare de quelques mètres, car ils estimaient que, sur le terrain constamment détrempé et marécageux de cette ville, le poids de tout ce marbre et de locomotives comme Bertha allait finir par abaisser le niveau du sol.

Masochisme ou irréflexion, j’ai décidé de revoir l’intégralité de The West Wing alors que la campagne présidentielle débutait en France. Pour ceux qui n’auraient jamais entendu parler de la série, rappelons que celle-ci couvre les deux mandats d’un président démocrate imaginaire, Jed Bartlet, interprété par Martin Sheen. The West Wing totalise sept saisons et 155 épisodes, où il n’est finalement question que de politique. Alors que la plupart des séries récentes carburent à l’action, à la violence et au sexe, la série d’Aaron Sorkin mise sur la parole, le dialogue, l’argumentation, la rhétorique au sens noble du terme – ce qui revient à dire qu’elle table aussi sur l’intelligence du spectateur.

À quelques semaines de l’élection présidentielle, Diacritik a sollicité autrices, écrivains et essayistes en leur adressant une seule mais terrible question : « Qu’attendez-vous de cette présidentielle ? ». Devant la confiscation manifeste du débat par la présidence, devant l’effondrement du débat public, peut-être était-il temps de relancer, de manière humble et modeste, une dynamique d’interrogations afin se demander ce qu’il advient, dans une France tenaillée par l’extrême droite, le néolibéralisme et l’épuisement de ce rendez-vous démocratique si sacralisé. Autant d’interventions au cœur desquelles résonne cette sentence de Leslie Kaplan à valeur de programme : « Il faut faire politiquement de la littérature et non de la littérature politique ».

« Et moi, je vous souhaite impatience et révolte ! ». En 1943, dans les cinémas restés ouverts, où l’on peut un instant oublier la guerre et se tenir chaud, les spectateurs ont appris à décrypter les sous-entendus dans les dialogues, en apparence anodins, que la censure allemande a laissé passer.

Le mercredi 16 mars 2022, à la Maison de l’Amérique latine, a eu lieu une rencontre avec Amos Reichman à l’occasion de la parution de son livre Jacques Schiffrin, un éditeur en exil, en compagnie d’Annette Wieviorka et de Philippe Sands. La rencontre était animée par Christine Marcandier, en partenariat avec Diacritik. Elle s’est ouverte sur un hommage à Michel Deguy dont Maurice Olender a tenu à rappeler qu’il est à l’origine de sa rencontre avec François Vitrani et, de ce fait, des soirées Coïncidences.

Alors que le racisme d’Etat s’affiche aujourd’hui de la manière la plus explicite, que les violences policières à l’égard des sans-papiers racisé.e.s sont quotidiennes, qu’une politique de l’accueil est remplacée par une gestion carcérale, il est encore et toujours nécessaire de dire NON. Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.

Constance Debré est l’anti-Rubempré, elle brosse une trajectoire inverse de celle du héros de Balzac. Ils ont pourtant un point commun : leur drame est leur nom. Pour Rubempré, ce nom est ce qui l’entrave, il le nie afin d’être reconnu à Paris. Pour Debré, il est ce qui l’enferme, elle veut le détruire pour commencer une vie neuve.

« Montaigne et beaucoup d’autres après lui (les classiques) peuvent dire d’un texte : « C’est très beau, mais ça aurait été encore plus beau, ou fort, si… » Par exemple : « Virgile, c’est très bien, mais il aurait été meilleur si, comme Lucrèce… » Cela est caractéristique d’une pensée rhétorique. Il faut apprécier le scandale, dissimulé ici par l’autorité de Montaigne. Car il y a scandale, avec ces nuances, ces éloges à moitié : tout à fait impensables pour nous. […] Imagine-t-on un « Mallarmé, c’est très beau, mais parfois trop obscur » ? ou « Proust, c’est très fort, mais parfois un peu long » ? »

Les Histoires du Futur : ces grandes projections romanesques s’emparent de l’avenir comme une nouvelle terra incognita que la fiction permet d’explorer. On connaissait jusque-là essentiellement les grands projets américains, d’Heinlein à Smith en passant par Asimov : mais l’empire hégémonique américain sur la science-fiction ne devrait pas faire oublier qu’il existe néanmoins d’autres modèles :