Il est des entreprises folles qui nous réjouissent et nous grandissent. La folle entreprise de Christian Benedetti est de celle-là. Dans son Théâtre-studio d’Alfortville, une extraordinaire troupe d’acteurs et actrices porte l’ensemble des « grandes » pièces de Tchekhov en deux journées, dans l’ordre chronologique de leur écriture. Les pièces en un acte viendront prochainement.

Avec L’Ère des non-témoins, Aurélie Barjonet propose un essai rigoureux, informé et très accessible qui fait le point sur la littérature récente consacrée à la Shoah. Car il est vrai qu’après les premiers témoins, puis la deuxième génération – celle des enfants de celles et ceux qui ont vécu la Shoah –, une troisième génération prend la plume pour interroger l’événement et ses répercussions sur notre présent.

Les choses que nous avons vues est le premier titre publié par la maison d’édition Le Bruit du monde, installée à Marseille. Comment ne pas voir dans son titre une forme de manifeste, dans tous les sens de ce terme ? La littérature est ce qui donne à voir, dévoile et souligne, elle est un écho du monde, une lecture de ses enjeux, tel sera donc le programme du Bruit du monde. Et quel livre pouvait mieux le figurer que celui de l’autrice néerlandaise Hanna Bervoets, pour la première fois traduite en français, par Noëlle Michel ? Ici, le monde dans son versant numérique, avec Kayleigh, ancienne modératrice de contenu, qui revient sur son expérience d’un travail précaire et traumatisant de nettoyeuse du web, une descente aux enfers qui dit tant de nos présents aussi violents qu’incertains.

Alors que le monde peine à se remettre d’une pandémie mal contenue, que l’Ukraine se réveille chaque matin un peu plus meurtrie sous les bombardements de « l’opération spéciale » russe, l’œuvre d’Enki Bilal résonne tout en achevant d’éteindre tout espoir en une humanité bienveillante qui se projetterait dans un futur qui a appris de ses erreurs ; et qui au contraire se réfugie dans ses passés les plus condamnables.

Voici un magazine assez magnifique, très chatoyant aussi et qui porte bien son enseigne à la John Lennon. Il se réclamait du parti Écolo à l’origine puis en garda l’esprit tout en prenant quelque distance envers ce parti. C’est en ce sens que la couverture de ce bimestriel porte fièrement trois surcharges : DEMAIN LE MONDE ; la triade ÉCOLOGIE / SOCIÉTÉ / NORD-SUD ; et la mention quelque peu énigmatique SLOW PRESS (est-ce la formule employée à propos d’un vin à pression lente ou bien est-elle d’un journal à parution peu pressée — mais stressée néanmoins ?).

Si le livre de Liliane Giraudon implique une « dialectique poétique du fragment », celle-ci est pourtant bien peu dialectique du fait d’une logique du montage et du mouvement (ou des mouvements). Le livre est autant composé de mots, de phrases, que de chocs, de rencontres, d’écarts, de fuites. Tout y est mobile : mots, syntagmes, temps, identités, sens. La synthèse dialectique laisse la place à une étrange dialectique du déchirement, de la fragmentation, à des synthèses disjonctives. La « dialectique du fragment » n’efface pas le fragment, le fragmentaire, elle ouvre au contraire le texte à une polyphonie qui réalise une universelle fragmentation.