Personne n’est élu a priori, ni historiquement, ni géographiquement : on ne choisit pas le lieu de sa naissance ni ses parents. Mes parents n’ont pas décidé à l’avance la couleur de mes yeux (ni mes résultats en classe). Mon caractère timide n’a pas été coché sur une grille d’évaluation.  D’où il s’ensuit que le hasard est plus fort que l’élection, laquelle est réduite à un minuscule rectangle blanc (bulletin de vote).

Séverine Chavrier aime adapter des œuvres magistrales et difficiles. En 2014, elle a marqué les ateliers Berthier avec ses Palmiers sauvages, époustouflante mise en scène du roman d’amour et de mort de Faulkner. Elle revient à Berthier pour Thomas Bernhard, dont elle a déjà proposé une traversée en 2017 avec Nous sommes repus mais pas repentis, spectacle qui rebaptisait et réinventait le huis clos familial de Mon déjeuner chez Wittgenstein, sur lit de vaisselle brisée. Le projet est ici encore ambitieux : La Plâtrière, roman âpre, fait entendre le ressassement d’un philosophe impuissant et se déroule en l’absence et même en l’impossibilité de toute action, au-delà du meurtre qui ouvre le roman, en épuisant d’emblée le suspense et même le drame.

Le gouffre : on y tombe, on y sombre, on y meurt. Tout un programme – que depuis Pascal nous avons l’habitude d’appréhender. Baudelaire lui-même nous mettait en garde : « J’ai peur du sommeil comme on a peur d’un grand trou/ Tout plein de vague horreur, menant on ne sait où/ Je ne vois qu’infini par toutes les fenêtres,/ Et mon esprit, toujours du vertige hanté,/ Jalouse du néant l’insensibilité. »
Chez Lovecraft nous plongeons beaucoup : dans la psyché humaine, la peur, l’horreur ; dans les territoires des abysses, les trouées de l’espace, les percées du rêve. Seul un vieux maître des profondeurs comme lui est à même de décrypter notre fascination pour l’obscur.

Du 9 avril au 25 juin 2022, la galerie Françoise Paviot propose l’accrochage de la série photographique de Lydia Flem, Féminicides, initiée en 2016 ; l’occasion pour Diacritik de proposer une mise en perspective de cette œuvre puissante, à travers deux entretiens vidéo : le premier avec Françoise Paviot, le second avec Ivan Jablonka.

Les aventures de China Iron de l’écrivaine argentine Gabriela Cabezón Cámara, qui sort en poche chez 10/18, est plusieurs livres à la fois : un conte, une utopie, un récit gauchesque, un roman d’éducation. Ce roman, finaliste de l’International Booker Prize 2020, est autant une critique politique qu’un récit écologiste, une aventure queer qu’un texte où la poésie entremêle les rythmes et forces naturels, l’Histoire, l’imaginaire, les corps. Il s’agit d’un livre où l’identité est subvertie, renversée, remplacée par d’autres relations au sein de ce qui est.

Abby a vingt ans. Le lendemain de son mariage, elle est renversée par un bus et reste plusieurs jours dans le coma, « pareille à la Belle au bois dormant », « suspendue, ni complètement vivante ni complètement morte ». Son mari voudrait comprendre : est-ce un accident ou un geste délibéré ? Willem va forcer la jeune femme à se souvenir : « À quoi étais-tu en train de penser quand c’est arrivé ? ».

Dear Dennis, before I talk about your latest book I wished, before I talk about stories of confusion and truth, phone calls and guns, George, loneliness, suicide for those who stay, I would like to say that your book is in my eyes an event and a literary jewel. But since I’m not a real critic, I suggest we talk a little bit, will you?