Yoko Tawada
Yoko Tawada

Si le regard animal, l’animal que nous regardons et qui nous regarde font depuis toujours partie des préoccupations humaines, ne serait-ce que pour scruter la part animale dans chacun de nous, la visibilité de cette préoccupation a beaucoup augmenté depuis la circulation incessante des images et des informations dans les réseaux mondialisés. Il ne se passe pas une journée où lorsque nous ouvrons Facebook il n’y a pas un chat qui nous regarde, un quelconque film animalier qui essaie de nous égayer ou au contraire d’éveiller notre mauvaise conscience de carnivores. La littérature n’est pas en reste depuis les fables de La Fontaine, Le silence des bêtes d’Élisabeth de Fontenay ou récemment La défaite des maîtres et possesseurs de Vincent Message, pour ne nommer que ceux qui me viennent spontanément à l’esprit. Les animaux ont obtenu droit de cité, même si cela ne change pas grand-chose à leurs conditions de vie. L’animal est donc une histoire médiate, et Davy Crockett avait raison de dire qu’ « il semblerait plus facile de rencontrer l’humain qui a vu l’humain qui a vu l’ours que de rencontrer l’ours lui-même ».

Eric Chauvier
Eric Chauvier

Il y aura d’abord eu un événement. C’est ainsi que commence le récit d’Éric Chauvier, comme autrefois Anthropologie : une rupture de familiarité, le sentiment d’une dissonance, quelque chose qui heurte et frappe le confort ou la routine de la conscience. Et cet événement, c’est la violence d’une altercation – « lynchage » selon l’auteur – : trois adolescentes agressent un homme. Un type, devrait-on dire, un prototype même, celui du hipster, qui concentre en lui toutes les rancœurs de classe et qui excite la violence.

Fouad Laroui
Fouad Laroui

Avec la rentrée littéraire, de nombreux spécialistes en littérature sont sollicités pour donner leur palmarès réduit des romans qu’ils conseillent de lire sur les près de 600 publiés. Sur la 2, le 16 septembre, Pierre Assouline propose trois romans qui ne sont pas ceux dont je vais parler ; ils n’apparaissent pas non plus dans d’autres sélections. La présentatrice demande au critique d’expliquer son scepticisme face aux romans qui choisissent d’évoquer l’actualité : migrants, islamisme, terrorisme. Sa première explication est que ces sujets sont tellement traités par les médias qu’il y a peu de chance qu’ils retiennent l’attention des lecteurs ; la seconde explication est le manque de distance de la part des écrivains et des lecteurs pour parvenir à créer un univers littéraire. C’est pourtant ce type de romans que j’ai choisi parce qu’ils m’ont paru particulièrement intéressants et qu’ils enrichissent nos approches des faits.

Camille de Toledo
Camille de Toledo

En partenariat avec Diacritik et Remue.net, débute ce mardi l’épisode premier d’« Une Histoire du Vertige », le cycle de dix lectures-conférences que, de septembre 2016 jusqu’à juin 2017, Camille de Toledo présentera à la Maison de la Poésie de Paris. Dans le sillage de la parution récente des Potentiels du Temps co-écrit avec Kantuta Quiros et Aliocha Imhoff et dans l’écho retentissant d’une œuvre qui, de Visiter le Flurkistan jusqu’à Oublier, trahir, puis disparaître, ne cesse d’interroger avec force la manière d’habiter « ce siècle neuf », Camille de Toledo interrogera dans cette première séance la possible naissance du vertige depuis une lecture du Don Quichotte de Cervantès.

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Longtemps les critiques littéraires français ont présenté ainsi le paradoxe Laura Kasischke : adulée en France pour ses romans — au point que le dernier, Esprit d’hiver, a paru en traduction française chez Christian Bourgois six mois avant sa sortie américaine — et inconnue, ou presque en tant que romancière aux États-Unis qui la reconnaissent pour son œuvre poétique. Laura Kasischke est l’auteur de 10 romans mais aussi de neuf recueils de poésie, inaccessibles à un public non anglophone. L’injustice est désormais réparée grâce aux éditions Page à Page qui publient en cette rentrée littéraire son premier recueil, Wild Brides (1992), Mariées rebelles, en édition bilingue.

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Sophie Quetteville a lu une grande partie des romans de cette rentrée, elle animera un grand nombre de tables rondes avec leurs auteurs. Elle nous livre ses choix et coups de cœur. Chaque fois, un court résumé et un extrait du texte. Aujourd’hui, Rui Zink, L’installation de la peur (Agullo éditions, traduit du portugais par Maïra Muchnik).

Jane Smiley avouait récemment, lors d’une table ronde au Festival America, être « obsédée » par ses personnages, « pas parce que je les aime ou pas, mais parce qu’ils sont complexes ». Dans ses romans, c’est à travers eux que se figure et s’incarne l’Histoire, « pas dans son intégralité mais de manière fragmentaire ». Ils sont la pierre de touche de la trilogie Un siècle américain dont paraît le premier volume, Nos premiers jours, chez Rivages, dans une remarquable traduction de Carine Chichereau.

Le bal des ardents, de Fabien Clouette, s’ouvre sur un chapitre dans lequel un jeune enfant joue aux échecs avec son père. L’enfant veut enfreindre les règles, le père rappelle la règle. « Il faut apprendre à jouer », dit le père, c’est-à-dire : il faut respecter les règles – « Si on change tout, si on confond, alors on n’y comprendra plus rien ». Pour l’enfant, au contraire, il s’agit de « Tout inventer ». Et c’est ce qu’il fait : il change l’ordre des pièces du jeu, se met à parler seul, inventant des paroles : « Il invente tout, absolument tout ».

Elitza Gueorguieva, Les cosmonautes ne font que passer, Verticales

Sophie Quetteville a lu une grande partie des romans de cette rentrée, elle animera un grand nombre de tables rondes avec leurs auteurs. Elle nous livre ses choix et coups de cœur. Chaque fois, un court résumé et un extrait du texte. Aujourd’hui, Elitza Gueorguieva, Les cosmonautes ne font que passer, chez Verticales.

Sophie Quetteville a lu une grande partie des romans de cette rentrée, elle animera un grand nombre de tables rondes avec leurs auteurs. Elle nous livre ses choix et coups de cœur. Chaque fois, un court résumé et un extrait du texte. Aujourd’hui : Valério Romão, Autisme, aux éditions Chandeigne, traduit merveilleusement du portugais par Elisabeth Monteiro Rodrigues.

Camille de Toledo
Camille de Toledo

Après avoir clôturé en 2014 son ample et vertigineuse trilogie européenne avec Oublier, trahir, puis disparaître, Camille de Toledo offre en cette rentrée 2016 Les Potentiels du temps en compagnie de Kantuta Quiros et Aliocha Imhoff, large et vibrante réflexion sur notre époque hantée de fins et de catastrophes, en particulier dans ses rapports à l’art et à la politique. Premier volet d’une nouvelle trilogie qui examinera philosophiquement et plastiquement ce temps de la charnière d’un siècle l’autre, Les Potentiels du temps revient pour les reprendre et les prolonger en des voies nouvelles sur des questions au travail chez Camille de Toledo depuis son premier essai, L’Adieu au XXe siècle paru il y a bientôt une quinzaine d’années. L’occasion pour Diacritik d’interroger l’écrivain sur l’ensemble d’une œuvre qui compte désormais comme l’une des plus singulières et importantes du contemporain.

Christine Montalbetti, La vie est faite de ces toutes petites choses

Sophie Quetteville a lu une grande partie des romans de cette rentrée, elle animera un grand nombre de tables rondes avec leurs auteurs. Elle nous livre ses choix et coups de cœur. Chaque fois, un court résumé et un extrait du texte. Aujourd’hui, Christine Montalbetti, La vie est faite de ces toutes petites choses (aux éditions P.O.L.).

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Historienne d’archives et experte en pratiques de lecture, Laure Murat vient de nous donner un beau livre, tendre comme une caresse, mouvant et énergique comme la ville de Los Angeles. Car c’est bien de cette dernière qu’il s’agit dans ce petit ouvrage inspiré par la question de savoir si l’on peut s’éprendre d’une ville avec passion. Pour cette Française qui enseigne à UCLA depuis dix ans, pas d’hésitation : la Parisienne que fut Murat aime éperdument la grande cité californienne si souvent stigmatisée pour sa criminalité comme pour son cinéma starifié à l’extrême. Et, pour elle, L. A. est adorable en ce qu’elle est la négation (l’envers ?) même de Paris mais aussi, en un sens, de la trop rectiligne New York.