Laurent Mauvignier signe indubitablement avec Histoires de la nuit l’un des très grands livres de ces dernières années. Indéniable exploit romanesque à l’architecture admirable, puissance narrative d’exception, intrigue palpitante et sans cesse relancée, Histoires de la nuit est un époustouflant page turner qui ne cesse de s’interroger sur ce qu’est l’écriture et le récit aujourd’hui. A travers l’histoire de Bergogne, sa femme et sa fille, perdus dans un hameau et bientôt cernés par des hommes à la rare violence, Histoires de la nuit se lit comme un film dont il n’existerait aucune copie. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre du romancier le temps d’un grand entretien autour de ce chef-d’œuvre de notre contemporain.

Comment ne pas convoquer Flaubert et son Éducation sentimentale pour évoquer La Tannerie, le quatrième et formidable roman de Celia Levi ? Non pour l’écraser du poids d’un chef d’œuvre mais pour montrer combien, dans ce livre comme dans nombre de grands récits contemporains, la structure de l’histoire, la chronique comme les interrogations portées par le romanesque puisent dans les grands romans du XIXe siècle, qu’ils en sont volontairement indissociables.

La peinture me regarde, copieux et passionnant montage d’Écrits sur l’art (1974-2019) de Christian Prigent, s’ouvre par une section de six textes, pour la plupart assez récents, intitulée Vive le désarroi ! C’est ce qui s’appelle bien commencer.

Depuis sa récente mort Claude Ollier n’a cessé de s’imposer comme l’un des écrivains clefs du 20e siècle. S’il a pu être l’un des initiateurs du « Nouveau Roman » avant de le quitter, il s’est aussi imposé comme un remarquable critique cinématographique, ayant essentiellement œuvré aux Cahiers du Cinéma, et depuis apprécié des cinéphiles pour ses chroniques rassemblées dans dans Souvenirs écran. C’est afin d’éclairer cette part critique que Christian Rosset a choisi de réunir dans Ce soir à Marienbad ses chroniques cinématographiques non encore rassemblées en volume, et l’ensemble est, sans surprise, remarquable, vif, brillant : un événement dans la critique cinématographique. Diacritik ne pouvait manquer de rencontrer Christian Rosset, auteur du remarquable Le Dissident secret : un portrait de Claude Ollier au sujet de Claude Ollier, critique de cinéma.

Christian Garcin publie chez Actes Sud un nouveau roman à la croisée des précédents : Le Bon, la Brute et le Renard. On y retrouve des femmes disparues, des personnages familiers et des errances. Précise et malicieuse, l’écriture de l’auteur retrouve ses motifs privilégiés, auxquels il offre un souffle renouvelé et conclusif dans un roman qui, des États-Unis à la Chine en passant par la France, interroge la présence des personnages au monde et à la fiction. Entretien.

Incisif, percutant et indispensable : tels sont les mots qui viennent à l’esprit à la lecture du Manifeste pour une psychiatrie artisanale d’Emmanuel Venet qui vient de paraître chez Verdier. Si on connaît Emmanuel Venet pour ses superbes Rien et Marcher droit, tourner en rond, on le sait aussi psychiatre et c’est à ce titre qu’il prend dans cet essai la parole pour dresser un impitoyable constat sur la politique publique de soins psychiatrique. Le pouvoir l’abandonne pour privilégier une psychiatrie industrielle, numérisable et inégalitaire. Diacritik est parti à la rencontre du psychiatre le temps d’un grand entretien autour de cet essai énergique, l’un des plus importants de cette année.

Emmanuel a Édouard pour ami, Brune pour épouse (et Amélie en guise de maîtresse). Il croise aussi à l’occasion Marlène, Muriel, Cédric ou Benjamin, ainsi qu’un certain monsieur Denormandie, directeur d’école, ou une madame Parly, neuropsychologue de son état. Sans compter un dénommé François aux apparitions aussi fugaces qu’inopinées, avec lequel semble s’établir une sorte d’étrange télépathie.

La fin du XIXe siècle et le début du XXe ont vu émerger une discipline inédite que quelques découvreurs éminents dotèrent d’une théorie bouleversante. La psychanalyse était née : elle connut alors une concentration forte de ses représentants les plus remarquables dans les capitales d’Europe centrale, Vienne prenant la tête autour de Sigmund Freud. Bien des noms devraient être cités ici même. Si l’une de ces figures demeura alors en retrait, ce fut par une sorte d’injustice. Nous parlons ici du Hongrois Sándor Ferenczi.

Essayiste (ouvrages sur Raoul Ruiz co-écrit avec Guy Scarpetta, sur Hitchcock, sur la bande dessinée…), scénariste de la série mythique Les Cités obscures avec son complice, le dessinateur François Schuiten, auteur de romans, de récits (Omnibus, La Bibliothèque de Villers, Villes enfuies…), de récits photographiques avec Marie-Françoise Plissart, biographe de Jacques Derrida, Hergé et Paul Valéry, Benoît Peeters vient de consacrer un essai marquant à Sándor Ferenczi. L’enfant terrible de la psychanalyse paru chez Flammarion. Entretien.

Avec La Fille du père, Laure Gouraige s’impose comme la révélation de cette rentrée littéraire. Incandescent, abrupt mais aussi terriblement tendre, son premier roman se donne comme une lettre d’amour et de haine à un père cruellement distant. Huis clos théâtral mais à ciel ouvert, La Fille du père déploie une parole à la rudesse et à la violence remarquables d’intensité. C’est à l’occasion de la parution chez P.O.L de ce livre clef de la rentrée que Diacritik est allé à la rencontre de la jeune romancière sur qui il faudra désormais indubitablement compter.

Lauréat du Pulitzer pour The Underground Railroad, Colson Whitehead a été couronné une nouvelle fois pour The Nickel Boys, devenant après Booth Tarkington, William Faulkner et John Updike le quatrième romancier à recevoir à deux reprises la plus prestigieuse des récompenses littéraires américaines. Nickel Boys qui décrit la Floride ségrégationniste des années 1960 et dialogue avec l’héritage du Dr. Martin Luther King vient de paraître chez Albin Michel dans une traduction signée Charles Recoursé.

Indiscutablement, Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo est l’un des très grands livres de cette rentrée littéraire. Paru chez Verdier, ce roman conte, comme une traversée de la nuit et de la douleur, le destin de Thésée qui, après le suicide de son frère, plonge dans son histoire familiale. Magnifique et bouleversant, Thésée, sa vie nouvelle œuvre entre le poème, l’enquête et l’archive pour offrir une rare leçon de vie. C’est à l’occasion de la parution de ce remarquable livre, sans doute son meilleur à ce jour, que Diacritik a choisi de s’entretenir avec son auteur, l’un de nos contemporains majeurs.

Thésée, sa vie nouvelle est le deuxième ouvrage de Camille de Toledo publié aux éditions Verdier (après L’Inquiétude d’être au monde, 2012). Il s’agit d’un roman s’inscrivant dans le sillon tracé par les récits fragmentés de Vies pøtentielles (Seuil, 2011) et poursuivant avec la même ardeur et vigueur la réflexion sur l’écriture de l’indicible, de l’invisible, de l’impensable, au sein de considérations touchant à la relation avec les ancêtres et à la transmission transgénérationelle.

En 2019, Sandra Lucbert, sociologue et romancière, assiste au procès de France Télécom durant lequel sept dirigeants de l’entreprise sont jugés à la suite du grand nombre de suicides entraînant dans la mort des employés du groupe de télécommunications, des suicides dus à tout un harcèlement moral de grande dimension accompagnant un projet de licenciement étalé sur trois années de 22000 des membres du personnel.

Dans le nouveau roman de Pierre Ducrozet, Le Grand Vertige, tout est mouvement. Mouvements les grandes parties du livre, mouvements les départs incessants des personnages tout autour du globe pour enquêter ou même disparaître. Mais c’est surtout la grande loi du vivant qu’énonce l’un des personnages du livre, « tout est constamment en mouvement, ça vous paraît élémentaire mais ça ne l’est pas ».