Céline Minard a, pour Failli être flingué (2013), reçu plusieurs prix littéraires : le prix du livre Inter 2014, le prix du style et le Prix Virilo (qui se définit lui-même comme “l’anti-Femina”) louant ce que ses jurés ont qualifié de formidable « roman de cow-boy ». C’est le cas : Faillir être flingué est un livre qui ferait aimer le western à ses pires détracteurs et qui couronne, aussi, un univers romanesque singulier, aux contours mouvants.

Tanguy Viel le note ironiquement dans La Disparition de Jim Sullivan (Minuit, 2012) : la guerre en Irak est « ce genre d’événements qu’on ne passe pas sous silence quand on est américain, je veux dire, écrivain américain, de ce genre d’événements qui planent au-dessus des livres et savent impliquer les personnages dans les problèmes de leur temps.

La 8ème édition du Festival America aura lieu, à Vincennes, du 8 au 11 septembre prochain, rendez-vous incontournable pour les amateurs de littératures américaines. Diacritik est associé à plusieurs de ces rencontres et vous propose, durant l’été, de revenir sur quelques-uns des auteurs invités. Aujourd’hui, Ben Lerner, né au Kansas en 1979, dont les lecteurs français ont pu découvrir Au départ d’Atocha, son premier roman, en 2014, aux éditions de l’Olivier. Son second roman, 10:04, paraît le 25 août prochain. Les deux ont été traduits par Jakuta Alikavazovic.

Sur le chemin d’une taverne, Breq trouve une personne à demi-morte gisant dans la neige. Breq la reconnaît : c’est un ancien militaire qu’il a connu il y a longtemps, Seivarden. Le narrateur décide de le recueillir pour le sauver d’une mort certaine, bien que s’encombrer d’une telle personne risque de l’entraver dans sa quête. Breq nʼest en effet pas sur cette planète par hasard : il est sur la piste d’une personne qui peut lui procurer un objet rare, précieux, et surtout extrêmement dangereux.
C’est ainsi que commence La Justice de lʼancillaire, premier tome d’une trilogie de science-fiction, paru en 2013 et couronné en 2014 de la plupart des prix du genre dans le monde anglo-saxon. Par Samuel Minne

17 janvier 1977. Gary Gilmore est exécuté, pour un double meurtre commis « de sang froid » en juillet 1976. Il se rêvait « gangster pour bousculer les gens », admirait Gary Cooper et Johnny Cash. L’Amérique a été fascinée par ce criminel hors du commun qui exige son exécution, refuse de faire appel, interroge la célébrité paradoxale que lui confèrent les médias, l’utilise pour confronter son pays à ses propres contractions, à l’échec de son système répressif. Norman Mailer en fait le sujet central de son roman, Le Chant du bourreau, The Executioner’s Song, publié en 1979, couronné par le prix Pulitzer.

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait », Mark Twain : C’est sur cette épigraphe (citation tirée des Aventures de Huckleberry Finn) que s’ouvre le dernier roman du couple Schwarz-Bart, L’Ancêtre en solitude, histoire d’un livre posthume qui aurait pu ne voir jamais le jour.

Le 24 juillet 1999, dans sa maison d’été du Maine, sur les bords du lac Kezar, Stephen King reprend la rédaction d’Écriture : Mémoires d’un métier.
Cinq semaines auparavant, à la fin de sa promenade quotidienne, il a été renversé par un van Dodge bleu. Partie inférieure de sa jambe droite brisée, genou droit fendu par le milieu, fracture de la hanche droite, colonne vertébrale entamée en huit endroits, quatre côtes cassées.

Le ravissement des innocents est un premier roman singulier, aussi insaisissable et pluriel que son auteure, Taiye Selasi, née à Londres, élevée aux États-Unis, vivant en Europe après avoir parcouru le monde, d’origine ghanéenne par son père et nigériane par sa mère. Sa vie pourrait être à elle seule un roman. Taiye Selasi écrit en anglais, cette langue qui recouvre tant de racines et d’usages de par le monde, parlée au Royaume-Uni comme aux États-Unis, en Inde ou en Afrique anglophone, tant de pays que l’auteure a connus, traversés ou dans lesquels elle a vécus. Et la prose du roman tisse ces langues, elle est héritière de ces croisements, de ces cultures qui se rencontrent dans un roman inclassable, fragmenté et poétique, l’histoire d’une famille autour des trois journées qui suivent un deuil.

En 2011, Siri Hustvedt publiait Un été sans les hommes, aux éditions Actes Sud. Je l’avais rencontrée à Paris pour parler de son héroïne Mia, de ce couple qui se défait après que le mari a fait une « pause » avec une jeune Française et des quiproquos nés de lectures trop autobiographiques de son roman. L’auteure m’avait expliqué son choix d’écrire une « comédie féministe » (et caustique), de partir d’un lieu commun, la femme quittée, si paradoxal puisqu’à l’origine de chefs d’œuvre littéraires. Cet entretien avait été l’occasion de parler plus largement de son rapport à la fiction, de littérature, comme du 11 septembre ou de la place des femmes dans notre culture dominée par « le pénis ».

En ouvrant ma boîte aux lettres et ce petit livre de Jérôme Garcin, ce matin, mon sang de critique n’a fait qu’un tour. Flaubert, Proust, Céline, Frédéric Dard, Hugo, ils ont tous succombé un jour à l’appât du zeugma comme on écrit à son contrôleur des impôts : avec déférence et la plume tremblante. Et l’auteur des Meilleurs zeugmas du Masque et la Plume de leur rendre un hommage appuyé et ce qui leur appartient.

Lionel Shriver, romancière américaine, est une femme en colère, une rage qui anime chacune de ses publications, à commencer par son titre aujourd’hui le plus connu, Let’s talk about Kevin. La famille est au centre de son univers, cellule dont elle observe, sans fard, les ruptures et failles au quotidien comme les violences.
Son roman, Tout ça pour quoi, tout en décrivant un couple détruit par la maladie, est un pamphlet contre le système de santé américain et plus largement une charge contre un pays devenu « un attrape-couillon ».