« Alors que la belle forme classique se referme sur elle-même, et fait ainsi retour, qu’elle est en elle-même le retour, il est essentiel à l’écriture joycienne de placer le motif cyclique sous la règle de son dérèglement et de son inconsistance (…). L’aventure est dans la langue, sa prolifération, sa dispersion, l’affranchissement de ses horizons » (Jean-François Lyotard).

Jacques Dupin : « Il m’est interdit de m’arrêter pour voir ». Affirmation impersonnelle, indéterminée, étrangement informelle. Qui parle, qui interdit, pourquoi, dans quel but? Ce qui est dit ne peut être rapporté à une origine, à une situation, un sujet déterminés. Le vague sujet qui affirme apparaît selon une forme minimale de la présence et de la consistance (m’). Chaque élément de la phrase, chaque mot et liaison semble être de la même nature nuageuse, la phrase existant comme lieu de rencontre, mise en relation de diverses choses vagues, à peine construites, divergentes, nébuleuses. Que recouvre l’interdiction ? Qui est celui qui dit moi ? Voir, mais quoi ? S’arrêter ?

Il y a dix jours, j’ai pensé que pour écrire un livre, on doit mixer 10 ingrédients. J’en note un par jour depuis dix jours. Chacun est premier dans mon cœur. Chacun à sa manière a ma préférence. Chacun est précieux et nécessaire. Même s’il se pourrait qu’ils soient incompatibles et que leur coexistence pacifique dans le livre ne soit pas gagnée d’avance.

Adieu donc, ville jadis fortunée, adieu, bel appareil de tes remparts ! Si Pallas, fille de Zeus, n’avait pas voulu ta ruine, tu serais encore debout sur tes fondements.
Euripide, Les Troyennes.

Eh bien donc, cher père, place-toi sur mon cou ; mes épaules te porteront, et cette charge ne me sera point lourde. Quoi qu’il puisse nous advenir, les dangers nous seront communs à l’un et à l’autre, et le salut aussi. Que mon petit Iule m’accompagne et que ma femme nous suive à quelque distance sans nous perdre de vue.
Virgile, Énéide.

Nous voulons dédier ces vers d’Euripide et de Virgile à tous les exilés, à tous les rescapés, des guerres, des désastres, à tous les hommes contraints de quitter leur ville, leur pays et d’émigrer ailleurs.

Je n’aime pas citer Céline, pas besoin de vous faire un dessin, mais Céline c’est aussi le Voyage, merde, c’est le Voyage quand même, et c’est c’est aussi cette phrase : « Dieu qu’ils étaient lourds » ! Je ne sais pas vous mais je crève de lourdeur, à feu petit, en ce moment, quelle pesanteur quand même, ou est la touche reset pour effacer l’année 2015 ?