Débrouille-toi avec ton violeur, c’est le titre saisissant du dernier livre de l’édifice post-exotique, une œuvre littéraire singulière qui se déploie sous plusieurs signatures : Volodine, Kronaeur, Draeger, Bassmann en sont les manifestations les plus connues, jusqu’à ce jour où le post-exotisme s’ouvre à une nouvelle signature, Infernus Iohannes. Derrière cette signature, l’idée fictionnelle d’un collectif d’écrivain : l’effacement de l’individualité derrière l’idée poétique et poétique du groupe.

Fruit de plusieurs années de travail étroit entre Johan Faerber et l’écrivain, le Cahier de l’Herne Echenoz vient de paraître, éclairage inédit d’une œuvre majeure. Si ce volume répond en tout point à la charte des Cahiers — contributions d’écrivains comme d’universitaires et critiques, riche dossier d’inédits, de documents, photographies et archives — il se distingue par son accueil dans la presse, d’une rare ampleur pour ce type de publication, comme par sa volonté d’être non pas un hommage empesé ou un embaumement prématuré mais bien une fabrique et le laboratoire d’une œuvre en cours. Il se donne à lire comme un roman, aussi bien pour les lecteurs fidèles d’Echenoz que pour celles et ceux qui le découvrirait à travers lui. Autant de raisons d’interroger notre diacritique Johan Faerber sur la genèse de ce volume et ses coulisses, sur l’œuvre de Jean Echenoz et sous le signe du verbe recommencer.

Dans le cadre du festival « Ouvrez la parenthèse » à Saint-Brieuc, une table ronde a été organisée par Carine Chichereau autour de la traduction avec pour invités Eric Boury, traducteur de l’islandais, et Alain Gnaedig, auteur, éditeur et traducteur du danois, du norvégien et du suédois. Diacritik en a profité pour leur proposer cet entretien autour de leur pratique de la traduction.

Après Tarnac, un acte préparatoire, paru en 2011, Le livre des cabanes (2015), Trouver ici (2018) et Denis Roche, éloge de la véhémence (2019), Jean-Marie Gleize, dans son dernier livre Dans le style de l’attente, met au centre la question du nom dans un ensemble poétique traversé par l’enfance et la mémoire. L’occasion d’un grand entretien de l’auteur avec Emmanuèle Jawad.

Quel bonheur de lire, au milieu de cette rentrée littéraire si riche, le nouveau livre de Christian Rosset, Pluie d’éclairs sur la réserve, si fécond journal critique et si puissante réflexion plastique qui vient de paraître à L’Association. Dans ce que l’auteur nomme de lui-même une « hantologie », le critique se fait le guetteur mélancolique de notre modernité, la traquant notamment dans la bande dessinée comme autant de déambulations et flâneries dans le 9e Art. De Guido Crepax à Catherine Meurisse en passant par Godard, Rosset nous livre ses frottages esthétiques, ses éclairs des rencontres, ses aperçues fugitives mais durablement marquantes, dessinant à main levée un art poétique de la lecture. Diacritik ne pouvait manquer d’aller à la rencontre de ce diariste critique à l’occasion de la parution de cette impressionnante méthode de lecture que tout critique devrait lire.

L’action débute en 1936, alors que la guerre d’Espagne vient d’éclater. Un jeune anglais de douze ans, William, décide de quitter son village près de la Manche pour se rendre à Madrid où il espère toucher el gordo, le gros lot, soit 15 millions, pour les beaux yeux de sa dulcinée. Après avoir débarqué dans le sud de l’Espagne, muni de son ticket de loterie, il doit traverser un pays déchiré, en proie au chaos, pour rejoindre la capitale. Sur sa route, au milieu de nombreux périls, il croise Passe-montagne, petit garçon à l’inséparable cagoule et à l’imperturbable mutisme, qui deviendra son compagnon d’infortune autant que de fortune.

C’est un livre événement, sans doute aucun, l’un des plus importants essais parus cette année : Qui parle ? (Pour les non-humains) de Kantuta Quirós et Aliocha Imhoff, qui paraît aux PUF dans la collection « Perspectives critiques » reprend, avec force, la question du « qui parle ? » afin de la poser à l’ère anthropocène. Comment donner ainsi la parole, en notre temps, à ceux qui ne peuvent la prendre, animaux, machines, végétaux ? Ne faut-il pas inventer ce qu’on pourrait nommer une politique du silence qui rendrait la démocratie à la démocratie en l’élargissant hors de l’humain ? Autant de questions passionnantes et fondatrices que Diacritik est allé poser aux deux essayistes le temps d’un grand entretien.

Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo sort en poche chez Points. Ce roman conte, comme une traversée de la nuit et de la douleur, le destin de Thésée qui, après le suicide de son frère, plonge dans son histoire familiale. Magnifique et bouleversant, Thésée, sa vie nouvelle œuvre entre le poème, l’enquête et l’archive pour offrir une rare leçon de vie. C’est à l’occasion de la parution en grand format chez Verdier de ce remarquable livre, sans doute son meilleur à ce jour, que Diacritik avait choisi de rencontrer son auteur, pour un entretien que nous re-publions aujourd’hui.

Empruntant son titre au chant de l’Internationale — debout, debout —, Arise, arise, la pièce de Louis Zukofsky (1904-1978) dont Philippe Blanchon propose ici la première traduction en français et que les Éditions L’extrême contemporain ont l’excellente idée de publier, est unique à plus d’un titre. Unique d’abord parce qu’elle fait figure de véritable hapax dans l’œuvre du poète qui ne s’essaiera plus au genre théâtral ; unique aussi et surtout par son intention, la précision parfois tragique de son propos et par sa forme.

Indéniablement, livre après livre, David Bosc s’impose comme l’une des voix majeures de la littérature contemporaine. Son nouveau récit, Le Pas de la Demi-lune, splendeur hantée par Marseille, le Japon des Samouraïs et les paysages d’attente de Julien Gracq, ne déroge pas à la règle. À Mahashima, au milieu des ruines, bien après un conflit, deux personnages, Shakudo et Ryoshu vivent heureux jusqu’à ce que Ryoshu décide de revenir sur les paysages de son enfance. Dans une langue mesurée, d’une rare délicatesse, David Bosc livre le contemporain à une écriture du sensible et une réflexion sur la communauté en tout point remarquable. Diacritik est allé à la rencontre du romancier le temps d’un grand entretien car, plus que jamais, il faut lire David Bosc.

Indéniablement, Simon Johannin s’est vite imposé comme un des écrivains les plus remarquables sinon essentiels de notre paysage contemporain. S’il a pu être révélé par le roman avec le rugueux L’Été des charognes puis, avec Capucine Johannin, pour le sombre Nino dans la Nuit, son écriture, qui fait fi des genres, trace désormais sa route au cœur du poème. Après le fulgurant Nous sommes maintenant nos êtres chers, Johannin offre sans doute l’un de ses plus beaux textes avec son nouveau recueil La Dernière saison du monde chez Allia : 81 poèmes, entre ruines, sensualisme d’un monde qui entend revenir de la mort, quête de matière et d’étreintes. Dans un vers conçu comme une poussée existentielle, Johannin donne à entendre les voix qui reviennent des morts. C’est à l’occasion du formidable Festival Extra!, qui débute ce 8 septembre au Centre Pompidou, où Johannin se produira avec Laurent Ta autour de La Dernière saison du monde, que Diacritik est allé à la rencontre du jeune et essentiel poète.

Cette rentrée 2022 se caractérise sans doute par la puissance des premiers romans qui s’y dévoilent : Tenir sa langue de Polina Panassenko, aux éditions de L’Olivier, ne déroge pas à cette règle impromptue. Dans ce récit aux accents autobiographiques, Polina, la narratrice, cherche un beau jour de sa vie d’adulte à récupérer son prénom russe qu’à sa naturalisation française, l’État Civil a francisé en Pauline. S’ouvre alors un texte qui, interrogeant la langue et l’accent, sonde le départ de la Russie à l’horizon des années 90, l’arrivée en France, à Saint Étienne. Une telle puissance d’évocation ne pouvait manquer d’ouvrir des questions que Diacritik est allé poser à la jeune romancière, d’ores et déjà l’une des révélations de cette année.