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Archipels d’Hélène Gaudy aux Éditions de l’Olivier : lu en quatre étapes à la nuit tombée avant de gagner le littoral nord breton hanté par des fantômes familiers. 25 juillet : relecture, face à la mer, prenant quelques notes. Une nouvelle saison démarre, mais c’est toujours la même chose : comment rendre compte de nos lectures, de nos rencontres, de nos écoutes, de ce qui nous a ébloui ou simplement intéressé, en se retenant de formuler cet exaspérant « ressenti » qui parle davantage du commentateur que de ce qui a été placé au centre de l’attention ? Toujours aller contre la dictature de l’immédiateté. Condenser, élaguer, frotter, reprendre, gommer, pour mieux assembler ce qui tient après relecture.

De plus en plus d’artistes travaillent avec du « vivant ». Le contexte écologique y incite. La naissance du bio art dans les années 1980 en avait amorcé le mouvement avec, par exemple, l’encodage d’un dessin dans l’ADN d’une cellule par Joe Davis (Microvenus, 1986). Aujourd’hui, la connaissance a évolué, les sensibilités ont changé et les dimensions éthiques, environnementales et sanitaires résonnent d’une toute autre force. Elles réactivent sous un jour nouveau la question : tout est-il permis aux artistes ?

Speaker’s Corner est une sculpture conçue par Christian Delecluse à partir de livres des éditions Dis Voir. L’œuvre, installée à quelques pas du Centre Beaubourg, inclut, dans une structure métallique en forme de poing levé, des ouvrages de la maison d’édition dirigée par Danièle Rivière et destinés à une destruction non pas volontaire mais consécutive à une dégradation causée par la négligence du distributeur.

Les éditions Arbitraire préparaient un livre rassemblant une grande partie de l’œuvre plastique de Gwendoline Desnoyers lorsque celle-ci s’est suicidée, le 31 juillet 2020, à l’âge de vingt-neuf ans. Trois ans plus tard, Une vie de regrets nous permet de découvrir l’univers puissamment singulier, à l’esthétique très maîtrisée, d’une jeune artiste trop tôt disparue.

« Durant mes études, j’ai compris que l’histoire de l’art et la peinture étaient quasi exclusivement masculines. C’est pour exposer ce sexisme que je me suis saisie de la broderie, perçue comme relevant du domestique, donc du féminin. Mais à travers le fil et l’aiguille, c’est bien de peinture qu’il est question. Je suis peintre avant tout. »

Ghada Amer

L’escalier dans sa forme la plus attendue déroule un parcours, roulant par nature. Il propose à celui qui l’emprunte des différences de degré. Ce sont certes les mêmes marches, mais prises à une autre altitude. Et il est possible, comme Bohr le dira à Einstein, à propos d’un coucou suisse qui rappelle le tournebroche de Klee, que la hauteur n’est pas rien, qu’elle fracasse le temps en autant de différences capables de le fissurer.

Il y a les personnes dont on parle – et pour certaines, dont on ne cesse de parler, y compris quand elles ne font rien. Et il y a celles dont l’activité pourtant incessante, voire débordante, se tient à l’écart des hauts parleurs qui font et défont les réputations. Des deux côtés : quelques grand(e)s artistes et nombre de faiseurs qui, une fois passés de vie à trépas, rejoignent la file d’attente des intermittents de la postérité. Le 19 juillet dernier, Jean-Pierre Marchadour s’est éteint à Saint-Crépin-Ibouvillers, dans l’Oise.

L’art voyage, nous dit Jacques Rancière, il se déplace et franchit des frontières – celles qui le constituent, qu’il traverse et reconfigure pour, en lui-même, devenir. Les voyages de l’art est un livre qui explore et déploie cette logique par laquelle l’art est mouvement avant d’être identité ou essence – son essence étant une forme de nomadisme.