Le paradoxe entre raison et sensibilité appartient à une parenthèse, celle de la Modernité. Les présocratiques, héritiers des pensées archaïques, cultivèrent l’obscurité de leur langage pour saisir la physique du Tout. Mythologie, tragédie, Mystère ajoutèrent à leurs fins théoriques et pratiques. La scolastique du Moyen Âge œuvra sans retrancher ni à la magie, ni à la puissance des symboles et analogies. La Renaissance porta haut le pouvoir de la poésie complémentaire aux textes religieux et aux premières investigations scientifiques. Au XVIIe siècle, l’hubris des conquêtes territoriales, de l’essor des techniques et autres découvertes marqua un tournant.

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Archipels d’Hélène Gaudy aux Éditions de l’Olivier : lu en quatre étapes à la nuit tombée avant de gagner le littoral nord breton hanté par des fantômes familiers. 25 juillet : relecture, face à la mer, prenant quelques notes. Une nouvelle saison démarre, mais c’est toujours la même chose : comment rendre compte de nos lectures, de nos rencontres, de nos écoutes, de ce qui nous a ébloui ou simplement intéressé, en se retenant de formuler cet exaspérant « ressenti » qui parle davantage du commentateur que de ce qui a été placé au centre de l’attention ? Toujours aller contre la dictature de l’immédiateté. Condenser, élaguer, frotter, reprendre, gommer, pour mieux assembler ce qui tient après relecture.

De plus en plus d’artistes travaillent avec du « vivant ». Le contexte écologique y incite. La naissance du bio art dans les années 1980 en avait amorcé le mouvement avec, par exemple, l’encodage d’un dessin dans l’ADN d’une cellule par Joe Davis (Microvenus, 1986). Aujourd’hui, la connaissance a évolué, les sensibilités ont changé et les dimensions éthiques, environnementales et sanitaires résonnent d’une toute autre force. Elles réactivent sous un jour nouveau la question : tout est-il permis aux artistes ?

Speaker’s Corner est une sculpture conçue par Christian Delecluse à partir de livres des éditions Dis Voir. L’œuvre, installée à quelques pas du Centre Beaubourg, inclut, dans une structure métallique en forme de poing levé, des ouvrages de la maison d’édition dirigée par Danièle Rivière et destinés à une destruction non pas volontaire mais consécutive à une dégradation causée par la négligence du distributeur.

Les éditions Arbitraire préparaient un livre rassemblant une grande partie de l’œuvre plastique de Gwendoline Desnoyers lorsque celle-ci s’est suicidée, le 31 juillet 2020, à l’âge de vingt-neuf ans. Trois ans plus tard, Une vie de regrets nous permet de découvrir l’univers puissamment singulier, à l’esthétique très maîtrisée, d’une jeune artiste trop tôt disparue.

« Durant mes études, j’ai compris que l’histoire de l’art et la peinture étaient quasi exclusivement masculines. C’est pour exposer ce sexisme que je me suis saisie de la broderie, perçue comme relevant du domestique, donc du féminin. Mais à travers le fil et l’aiguille, c’est bien de peinture qu’il est question. Je suis peintre avant tout. »

Ghada Amer