A lors que paraît Ô vous, frères humains aux éditions Futuropolis, Nicolas Tellop s’entretient avec Luz. L’occasion d’évoquer la nécessité de ne pas livrer un Catharsis II mais un « cri » autre, un éclairage sur la folie du monde, dans les pas d’Albert Cohen et de son livre sur la haine et l’antisémitisme, comme une manière de creuser des thèmes présents dans l’oeuvre de Luz dès ses premiers dessins et albums.

Commissionné par un grand bibliophile parisien, le narrateur se rend sur l’île de Rûgen pour participer à une vente aux enchères. Mais la vente est étrange de bout en bout, car le narrateur se sent requis par ces « livres orphelins » collectionnés par Hans Reiter, et se met à renchérir sans mesure pour les posséder.

Un de ces vents de poussière depuis ce matin. Un de ces vents qui viennent d’Afrique. Vent qui lève de grosses vagues écumantes. Air trouble plein de vent. Poussières en suspension qui viennent d’Afrique donc. L’air trouble voile le soleil. Le soleil fait sa pleine lune. Anne et moi, là, sur le belvédère, à regarder le soleil faire sa pleine lune. Silences du vent. Le belvédère de la pointe du port du Pirée. Anne se tait. Moi aussi. Nous avons beaucoup parlé au café. On regardait les vagues énormes s’ébouler sous le filtre des poussières africaines, tout en parlant, parlant. Anne aurait dû prendre l’avion avant-hier. Anne aurait dû rentrer à Bruxelles. Avant-hier, c’était mardi vingt-deux mars.

La première fois que je l’ai vue, cette photographie, c’était à une exposition, au vernissage, ça m’a tout de suite frappé. Peut-être était-ce parce que je venais de terminer un livre, Le Navire Night, de Duras. Oui, ça m’a fait penser à un passage : « C’est un orgasme noir. Sans toucher réciproque. Ni visage. Les yeux fermés. Ta voix, seule. Le texte des voix dit les yeux fermés. Aucune image sur le texte du désir ? Alors il n’y a rien à voir. Rien aucune image. Le Navire Night est face à la nuit des temps ».

Né en 1946, Lucky Luke fête cette année 70 ans de chevauchées, de poursuites, de captures des Dalton, Billy The Kid et autres Phil Defer et de départs dans le soleil couchant au son d’« I’m a poor lonesome cowboy ». La reprise-hommage signée Mathieu Bonhomme (qui avait déjà sillonné le Far West dans Texas Cowboys…) a paru le 1er avril dernier, avec un titre ô combien référentiel : L’homme qui tua Lucky Luke. Un one-shot (sans jeu de mot) à ne manquer sous aucun prétexte.

Dans son dernier roman, Mathias et la Révolution, Leslie Kaplan explore Paris lors d’une folle journée, un lundi 20 mai sans année, un aujourd’hui pris entre le passé des révolutions antérieures (astronomiques, politiques, esthétiques, sociales) et l’avenir à construire. Dans le beau volume que coordonne Mireille Hilsum chez Garnier dans la collection « Écrivains francophones d’aujourd’hui », c’est toute l’œuvre de Leslie Kaplan qui se voit arpentée, depuis un présent, lecture et analyse de ses ouvrages passés comme aventure d’une écriture ; une forme de Depuis maintenant.

Mathias est un piéton de Paris. Un lundi 20 mai, il arpente les rues d’une ville sous tension, prise dans une forme d’urgence, un Paris post- et pré-révolutionnaire en quelque sorte, gros de révolutions passées (le 20 mai 1795, 1er prairial, le lundi 20 mai 1968) et du rêve d’une nouvelle révolution : « La Révolution n’a jamais lieu une fois pour toute ».

Sous le titre Le grand camouflage, Écrits de dissidence (1941-1945) (Paris, Seuil, 2009, puis 2015), Daniel Maximin a eu l’heureuse idée de réunir en un volume les articles rédigés par Suzanne Césaire dans la revue littéraire et culturelle martiniquaise Tropiques, durant les années de guerre. Heureuse et lumineuse idée car cette édition permet de (re)découvrir une voix féminine restée dans l’ombre, cachée derrière la présence solaire de son époux Aimé Césaire.

Mtrain : 18 stations dans la « carte de l’existence » de Patti Smith, un voyage à travers les bars, cafés — elle qui a toujours rêvé de tenir le sien — et lieux qui l’ont inspirée, prétexte à l’évocation d’un univers littéraire, poétique, intime, puisque, comme l’écrit Wittgenstein, cité dans le livre, « le monde est ce qui arrive » et c’est bien ce monde tel qu’il advient que consigne Patti Smith, « zombie optimiste », « noircissant des pages somnambuliques ».

Faire un journal, c’est d’abord une affaire de choix, ne pas succomber à la tentation du copier-coller racoleur, éviter les titres «à la manière de» (suivez mon regard). Et même si au sein de la rédaction certains revendiquent haut et fort l’influence de lectures passées et affichent un goût certain pour les mots et leurs jeux… petit florilège de manchettes qui auraient pu voir le jour sur Diacritik. Mais en fait, non. Attention, il y a un piège.

Dans la mouvance de #NuitDebout et de #BanlieueDebout, une libraire d’Achères dans les Yvelines lance #LibrairieDebout. Mélanie Le Saux-Glaymann, la patronne de la librairie Neverland, librairie de l’imaginaire, s’associe en effet au mouvement et invite ses clients à venir discuter, débattre ou, comme elle le précise sur le blog de la librairie, « tout simplement se réunir pour parler ensemble de notre avenir commun. »