Un voilier parti sans bruit de nuit trace sans ciller une route droite depuis le port de Lisbonne ; il est poursuivi par des vedettes de policiers : personne sur le pont, l’arraisonnage échoue ; le Furtif fuit toujours, dépasse Madère, atteint les eaux internationales, maintient le cap au sud et l’on dépêche un hélicoptère pour observer ce que sur le bateau il peut se passer.

Hors Limites est un festival unique en France : né en Seine Saint-Denis, porté par les bibliothèques du département, il met en avant une littérature ambitieuse. Il est entièrement gratuit et se déroule sur tout le 93, dans ses librairies, bibliothèques et médiathèques, cinémas mais aussi universités, avec plus de cent invités et cent événements, sur quinze jours.

Scholastique Mukasonga
Scholastique Mukasonga

Au commencement était une disparition : Kitami, la chanteuse internationale, Kitami, l’étoile rwandaise, Kitami est morte. Son chant ne résonnera plus sur scène, ses disques ne seront plus en tête des ventes du box office.
Un an plus tard, le narrateur mène l’enquête. Assassinat, disparition, suicide ? « L’énigme, digne d’un roman policier à l’ancienne, semble surtout attirer des détectives autoproclamés et des romanciers en mal d’inspiration » (p. 60). Très inspirée pourtant, Scholastique Mukasonga célèbre ici les femmes, et les esprits qui reviennent hanter les vivants, les tambours, les exilés et les marginaux, les reggaemen et les rastafari, les sorcières et les chanteuses de gospel. Entre le roman noir, la fresque historique, et l’enquête policière, ce très beau roman polyphonique dresse une généalogie fantasmée d’une succession de femmes prophétesses, suscitant la terreur autant que la fascination, dont Kitami est l’héritière.

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Après «Trahir» et «Écrire petit», la troisième proposition offerte à la réflexion et à la rêverie des plasticiens et auteurs de la revue de « Littérature & appels d’air » La moitié du fourbi, parue en ce début de printemps 2016, est « Visage ». Rien de plus contradictoire, de plus oxymorique pourrait-on dire, qu’un visage. Abyssale surface, intimité ouverte, infiniment vulnérable et exposé, il est invitation à la violence et injonction de ne pas tuer (l’expérience du visage chez Levinas), il est corps et hors corps. Parler du visage, c’est parler vérité du masque, s’immerger dans un présent hors temps, plonger au cœur de l’humain –pour croiser le regard des dieux, et parmi les vivants, pour y saluer les morts.