J’ai rencontré Florent Audoye dans les bas-fonds festifs de Marseille, artiste en résidence à Triangle France – Astérides, à la Friche Belle de Mai en hiver dernier. Florent Audoye est né en 1985 à Montpellier et sa recherche actuelle se veut une critique de la bureaucratie et de l’administration comme antagonistes du vivant, une réflexion pertinente sur le corps contemporain. Rencontre et entretien.

Diacritik inaugure une série d’entretiens explorant les nouvelles écologies du récit : que peut la littérature dans un monde en crise ?
Les éditions Wildproject célèbrent cette année leur dixième anniversaire : l’occasion de lancer cette série par un grand entretien avec leur fondateur, Baptiste Lanaspeze.

Comme chaque année à Marseille, Actoral lance la saison théâtrale. Cette 18è édition prend des airs de fête d’anniversaire : pour les 30 ans de sa compagnie Diphtong, Hubert Colas (à la tête du festival depuis 2001) présente Désordre, l’une de ses pièces re-mise en scène pour l’occasion. Ici, en ville, septembre fête le théâtre, la danse et les écritures contemporaines. Pourtant cette année sonne comme la fin d’une adolescence bercée d’illusions : noircie par la marche du monde, l’hyper-connectivité, la solitude.

Un jour de mars, un messager des étoiles publiait les résultats de ses observations célestes : il racontait des massifs montagneux présents sur la lune, d’un nombre d’étoiles inimaginable dans le ciel, des planètes qui tournent autour de Jupiter… Les rapports entre monde terrestre et monde céleste seront révolutionnés : l’imperfection terrestre sera projetée par ce livre jusque dans les astres, le monde deviendra d’un coup plus large et corruptible, la perfection et la causalité divine tomberont des cieux. Ce nouveau regard porté sur le ciel déterminera une révolution dans la conception du monde et le dépassement d’un système de pensée : le monde moderne est en train d’ouvrir le ciel. Ces observations furent effectuées pendant les nuits de l’automne et de l’hiver 1609 et 1610, grâce à des lunettes astronomiques plus puissantes, inventées par un auteur sidéral, Galilée. Le livre, Sidereus Nuncius, était écrit en latin et sera publié le 12 mars 1610.

« Sois nu quand tu sèmes, nu quand tu laboures, nu quand tu moissonnes, si tu ne veux pas, manquant de tout, aller mendier dans les demeures étrangères » (Hésiode). La scène est plongée dans le noir et bruisse de petits bruits. On pressent dans cet espace, amplifié du son de yodels lointains, que le jour va se lever. Le jour des « travaux et des jours ». Le jour du travail humain. Le jour des mains laborieuses de la journée d’homo faber. Une heure de besogne s’en suit, attentive et concentrée. Les gestes simples du labeur, les figures obligées des danses du folklore autrichien, patiemment formalisés, construisent la gestuelle abstraite d’une liturgie scénique à laquelle un danseur nu officie en solitaire. Un petit neveu montagnard de la grande Hannah Arendt épèle en gestes méthodiques La Condition de l’homme alpin.

 

 

C’est d’abord un dispositif. Un comédien tend des cartes aux spectateurs des premiers rangs, retourne la carte tirée et y lit le titre de la scène à suivre. Le tirage au sort, chaque soir, rebat le lexique des scènes et désordonne le texte écrit. Le principe cardinal de la Poétique d’Aristote est l’enchaînement nécessaire des événements du drame qui « naissent les uns des autres » (γένηται δι᾽ἄλληλα) selon une loi de causalité. Dans Désordre d’Hubert Colas, ce principe fait long feu. L’ordre du spectacle est aléatoire : sa logique est la loterie d’un hasard systématique.

Aujourd’hui s’ouvre le dix-septième festival Actoral qui se tiendra jusqu’au 14 octobre sur différentes scènes culturelles marseillaises (Montévidéo, La Friche Belle de Mai, les théâtres du Gymnase et des Bernardines, le MuCEM, le cipM, les librairies L’Odeur du temps ou Histoire de l’œil, etc.).
Fondé en 2001 par Hubert Colas, Actoral, Festival international des arts et des écritures contemporaines, c’est, pour cette édition encore, plus d’une centaine de rendez-vous en un peu plus de deux semaines dont beaucoup sont des premières françaises, des écrivains et artistes venus du monde entier pour présenter des propositions inédites, qu’il s’agisse de spectacles, de lectures, de rencontres et dialogues.

Marc-Antoine Serra © Jean-Philippe Cazier

A l’occasion de son exposition à Paris, A backroom is a backroom is a backroom, à la Galerie Arnaud Deschin, rencontre avec le photographe et vidéaste Marc-Antoine Serra pour un entretien où il est question, entre autres, d’images et de littérature, de désir, de Walter Benjamin et de Roland Barthes, de Marseille, de Cézanne, de BD, d’imaginaire, d’Instagram, de jeunesse ou de solitude.

Erich von Stroheim (crédit photo Jean-Louis Fernandez)

« Pourriez-vous n’être plus ce superbe Hippolyte ? » Sur la scène avant les feux, un garçon nu ne fait rien, affalé dans un fauteuil. Sa chair éboulée, sa nudité veule font étrangement penser à l’Hippolyte de Sarah Kane. Sans vigueur, en mal d’instincts, masturbant sa queue dans une chaussette. Le profil perdu du garçon se tourne de temps en autre pour jeter un regard absent sur la salle qui se remplit. Un écran géant occupe la scène. Une image hollywoodienne occupe son plan découpé en angle de pyramide : une blonde y pose la joue sur le dos d’un homme en costume, tous les deux beaux et célèbres. Le garçon nu se détache sur le fond de ce ciel ancien. Le public est averti : pour qu’un personnage naisse de l’acteur, pour que du spectacle ait lieu, pour qu’une histoire quelconque prenne, il faudra fétichiser cette morose chose nue, marchandise et matière première avachie dans un fauteuil. Une ruse sera nécessaire pour changer sa chair recrue en quelque matière à rêve.

« Ce qu’ils cherchent n’est pas une phrase,
mais la phrase reste la face la plus hospitalière du ciel »
(d’après Pierre Alferi, Chercher une phrase)

Hier soir a eu lieu à Montévidéo (Marseille), la création du spectacle de Simon Delétang, Comme je suis drôle on me croit heureux : une heure trente autour de Suicide, d’Œuvres et Autoportrait, mais aussi des photographies d’Édouard Levé. La « proposition plastique, théâtrale et poétique », portée par quatre jeunes comédiens et comédiennes de l’ERAC, clôt une résidence d’artiste de 5 semaines à Marseille, elle sera de nouveau présentée vendredi et samedi soirs.