Il m’arrive d’écouter The Unanswered Question de Charles Ives tout en écrivant. Parfois j’enchaîne avec The Answered Unanswered Question de György Kurtàg qui, loin d’apporter une réponse définitive à cette question restée sans réponse, lui offre un supplément d’énigme où les mots n’auront jamais le dernier mot : silence “habité” par une forme sans contours et pourtant précisément dessinée (soit un mix d’indicible, de retenue, de non-dit, par ennui du verbe et refus de la démonstration). Une semaine a passé. C’est l’heure de reprendre la balade, emportant pour tout viatique une petite pile de bandes dessinées.

1.

Il y a quelque chose de vertigineux à mettre à plat, comme sur une immense table (mais un mur pourrait tout aussi bien faire l’affaire), l’univers entier de Joost Swarte sous toutes ses formes. À en confronter les images, en frotter les projets, en égrener les séries, relevant ainsi ce qu’ils ont en commun, tout en se laissant emporter – perdant cette fois tout repère – par leur force singulière, chaque dessin étant toujours parfaitement accordé à l’idée qui l’a fait surgir, le plus modeste d’entre eux pouvant nous entrainer dans une reprise de dialogue sans fin, trouée de longs moments de respiration silencieuse.

Preview BD

Sacrifiant à l’exercice des previews, effets d’annonces et autres marronniers qui présentent « les BD très attendues de la rentrée », coup de projecteur sur trois titres à paraître entre 31 août et le 15 septembre 2016 (et sur lesquels on reviendra plus longuement) : Le Crépuscule des idiots de Jean-Paul Krassinsky, Kobane Calling de Zerocalcare et Mort aux vaches de François Ravard.

En adaptant Ô vous, frères humains d’Albert Cohen, Luz montre combien la haine est atemporelle et sans limite, et se nourrit de la folie des hommes jusqu’à la déraison de ceux qui en sont victimes. Luz signe un livre prégnant d’humanité, véritable cri surgi du passé mais ô combien et malheureusement toujours d’actualité.

A lors que paraît Ô vous, frères humains aux éditions Futuropolis, Nicolas Tellop s’entretient avec Luz. L’occasion d’évoquer la nécessité de ne pas livrer un Catharsis II mais un « cri » autre, un éclairage sur la folie du monde, dans les pas d’Albert Cohen et de son livre sur la haine et l’antisémitisme, comme une manière de creuser des thèmes présents dans l’oeuvre de Luz dès ses premiers dessins et albums.

WILLIS-FROM-TUNIS-01

Il y avait de quoi voir, lire, dire et écrire la semaine dernière. Revue d’effectifs avec ce Papier à Bulles premier du genre sur Diacritik (et ailleurs) : où l’on parle d’Angoulême, des lectures passées (de Titine à Dennis Lehane en passant par Fred Bernard) et du premier épisode de la saison 10 d’X-Files…