Autrefois —  « Quand tu penses qu’autrefois c’était hier » (Claro) —, les archives de nos vies étaient personnelles (photographies, journaux intimes, transmissions de récits) ou plus collectives, quand artistes et écrivains s’en emparaient. Aujourd’hui, toutes les vies sont surveillées, archivées, quasi en temps réel, via réseaux sociaux, traçages d’algorithmes et espionnage de masse.

« J’ai une maladie, je vois le langage ».

L’affection est partagée, et se répand sur Internet comme un virus : taper « Graffiti » dans le moteur de recherche de FlickR ou d’Instagram, ces plateformes de partage de photos sur le Net, c’est risquer la surchauffe du système, l’incendie du hashtag, tant sont nombreux les groupes constitués autour de ce centre d’intérêt. Pourquoi l’univers numérique, dont on se plaît constamment à décrire l’immatérialité supposée, recueille-t-il avec tant de soin, cette écriture à même les murs que sont les graffiti ?

(S.P.)

S(.) me raconte une histoire. Il passe ses congés d’été dans une maison de campagne isolée au bord d’un grand bois. Un soir qu’il revient de courir, il trouve devant la maison, garé au bord la route, un homme en flottant de course. L’homme demande à S(.) s’il n’a pas vu sa chienne. C’est un dogue allemand bleu. Il l’a perdue dans les bois. S(.) lui dit qu’il n’a rien vu. Un long silence s’installe.