Hybridité des personnages, des genres littéraires, de la langue… La dimension d’hybridité est résolument au centre de mélusine reloaded, le premier roman de Laure Gauthier, poétesse et performeuse. Paru dans le Domaine français des éditions Corti, il a reçu le Prix du Premier Roman Français 2024. Dans ce récit, à la fois fable féministe, dystopie écologique et conte futuriste, l’autrice réinvente la légende de la fée mi-femme, mi-serpent, pour en faire un personnage politique, (éco)féministe, qui œuvre à la reconstruction d’un pays post-démocratique. Écrit dans une prose poétique, mélusine reloaded est une critique écopoétique de notre société et de ses dérives, la quête d’une autre voie, prônant la force de la transformation en même temps qu’un lâcher prise nécessaire. Je crois au pouvoir de transformation de l’être humain », nous a confié Laure Gauthier. En l’acceptation de notre propre hybridité, donc.
éditions José Corti
Retour sur Mon plan, à l’occasion de cet entretien avec Maël Guesdon, où il est question d’enfance, des présocratiques, d’écriture et de lecture, du récit de soi et de son impossibilité – et, bien sûr, de poésie.
Si les discours ambiants vous cassent les oreilles, vous pouvez toujours faire un pas de côté et vous installer un instant dans cet écart pour voir ce qui pousse. Avec Mon plan, Maël Guesdon sonde un espace de ce genre.
Avec Mon plan, Maël Guesdon trace ou construit un plan dont la définition n’est pas claire ni explicite, mais cette obscurité appartient justement à ce qu’est ce plan qui est celui de l’enfance.
On aurait pu penser la vogue des vies imaginaires dépassée, l’exofiction tarie après une grosse décennie commerciale épuisant le genre. À lire les romans de la rentrée littéraire 2021, on en est loin : du portrait rapproché de Lucette Destouches aux vies de Chevrolet, le choix demeure large dans les rayons des libraires. Si cette production ne brille généralement pas par sa singularité et ne dépasse pas la portée littéraire d’une fiche Wiki, quelques romans font exception. Parmi eux, Le Temps de Tycho signé Nicolas Cavaillès qui paraît chez Corti.
La littérature n’a sans doute jamais autant dit son souci du vivant qu’aujourd’hui, et en marge de nombreux romans qui se saisissent de cet enjeu primordial, quelques essais empoignent avec force cette urgence, comme celui de Pierre Schoentjes, Littérature et écologie. Le mur des abeilles ou celui de Jean-Christophe Cavallin, Valet noir, tous deux publiés chez José Corti.
Grand entretien avec Jean-Christophe Cavallin, en partenariat avec la libreria Stendhal de Rome, alors que vient de paraître Valet Noir. Vers une écologie du récit chez José Corti (collection « Biophilia »).
Il n’est rien de plus difficile que d’écrire sur un livre qui touche au plus intime. Rien de plus indispensable, non plus, puisque c’est précisément là que ce livre atteindra ses lectrices et lecteurs. Alors peut-être, pouvons-nous tenter d’aborder Valet noir de Jean-Christophe Cavallin par une citation, comme lui-même le fait au fil de ses pages qui tissent et construisent une écologie du récit — « frappé par la nature abstraite de l’absence ; et cependant c’est brûlant, déchirant. D’où je comprends mieux l’abstraction : elle est absence de douleur, douleur de l’absence — peut-être donc amour ? »
À l’heure où la littérature se met au vert, comme le montre le récent essai de Pierre Schoentjes (Littérature et écologie. Le mur des abeilles), il n’est pas mauvais de relire Julien Gracq et de profiter de la récente publication d’inédits pour partir à nouveaux frais avec lui sur les chemins du vivant.
1.J’apprends qu’on peut commander à moitié prix les trois volumes de l’œuvre de Charles Racine aux Éditions Grèges. Je n’hésite pas une seconde. De Racine, j’ai eu fortuitement connaissance, il y a déjà longtemps, du seul livre de lui qu’on trouvait facilement :
François Hartog, dans un tout récent essai, a rappelé que l’expérience du temps a une histoire : le temps vectorisé qui se lance vers le futur comme une flèche que la modernité occidentale a faite sienne n’est pas une expérience commune. Voilà pourquoi il faudrait constituer une histoire du temps ou une archéologie de la manière d’occuper la durée. Bruno Remaury en livre ici quelques fragments dans un deuxième livre : Rien pour demain.
Pierre Vinclair, né en 1982, est l’auteur de dix-sept livres (depuis 2007 et L’Armée des chenilles, un premier roman publié chez Gallimard) auxquels doivent être ajoutées un certain nombre de traductions — notamment Kojiki (Japon) en 2012 et Shijing (Chine) en 2019 au Corridor bleu. Il publie ce 4 juin chez Corti deux livres importants : La Sauvagerie, dans la collection “Biophilia” – “une épopée totale concernant l’enjeu le plus brûlant de notre époque : la crise écologique, la destruction massive des écosystèmes” ; et agir non agir, dans la collection “En lisant en écrivant” – un essai où, constatant que “la part sauvage décroit sur Terre à grande vitesse”, il s’interroge sur ce “que peut faire alors un poète en tant que poète ?”, étant donné qu’“au même titre que quiconque, le poète se sent pressé d’agir.”
Il y a un an, dans La Passion de l’impossible, Dominique Rabaté s’aventurait aux marges du roman pour en esquisser une histoire parallèle : celle du récit, de ses empêchements et de ses expérimentations réflexives. C’est le roman qu’il explore désormais pour en déplier la force d’aimantation et d’attraction, pour interroger ce qui enchaîne et intrigue à sa lecture.
D’un côté, les traces peintes de ces mains millénaires, orientées selon un axe vertical, qui ornent la grotte de Gargas ; de l’autre, l’extension progressive d’un monde horizontal avec cette carte, Cosmographiae introductio, où est dessiné pour la première fois le continent américain, puis celle, rapprochée des toiles de Jackson Pollock, qui figure l’ensemble des trajets des bus Greyhound et où se résume la vocation de cette même Amérique à installer et imposer mieux que tout autre un mode de rapport géographique au monde.
Celles et ceux qui sont nés dans les années 1950 forment une génération de précoces. Il est vrai que l’air du temps, dans l’immédiat après-mai-68 (et jusque vers la fin des années 1970), incitait nos aînés à ouvrir des espaces de création – publics ou privés – à des auteurs & artistes en herbe, encore mineurs, les plus hardis d’entre eux ne se privant pas de saisir ces occasions rêvées.