Sisyphe est une femme : le titre du dernier livre de Geneviève Brisac claque sur sa couverture rouge. Mais il n’est pas qu’un slogan : ce titre est un constat et surtout le fil d’une réflexion puissante et engagée sur la place des femmes dans la littérature, qui « décennie après décennie, sont renvoyées à leurs ténèbres, oubliées, effacées encore et encore ». Contre cette invisibilisation, Geneviève Brisac mène un « travail de Sisyphe » pour mettre en lumière quelques-unes de celles qui compte et dire leur puissance de « sorcières ». Article et entretien.
éditions de l’Olivier
Jean-Paul Dubois vient donc d’obtenir le prix Goncourt 2019 pour Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, contre tous les parieurs donnant Amélie Nothomb favorite. Deux pensées me traversent l’esprit, quasi simultanées : il y avait un très grand livre dans cette liste, Extérieur monde d’Olivier Rolin et il restera, prix ou pas ; ce Goncourt couronne aussi (surtout ?) un très grand éditeur, Olivier Cohen, et je suis heureuse pour sa maison.
« En temps de crise, nous devons tous à nouveau décider, encore et encore, qui nous aimons ».
« OK, je vais vous faire quelque chose sur les OGM », a répondu Emmanuelle à Libération qui lui proposait une tribune sur le sujet de son choix.
C’est là où les choses commencent à se gâter : qu’est-ce qu’une femme de lettres peut écrire sur les OGM, à l’heure où les écrivain.e.s sont souvent relégué.e.s à un divertissement mais sans lendemain, à soigner les traumatismes individuels, et non à prendre position sur les options politiques et encore moins scientifiques ?
« Nos maisons nous contiennent ; qui peut dire ce que nous contenons, nous ? » : cette question pourrait être le fil rouge de Floride, recueil de nouvelles signé Lauren Groff qui vient de paraître aux éditions de l’Olivier dans une traduction de Carine Chichereau. La maison, d’abord cadre matériel de la majorité de ces textes, lieu dans lequel évoluent les personnages, figure aussi, par extension, le recueil dans son ensemble, l’auteure décryptant avec subtilité et force « ce que nous contenons, nous ».
Diacritik a toujours eu à cœur de défendre la littérature étrangère et ceux sans lesquels elle demeurerait inaccessible à une grande partie du lectorat français : les traducteurs. Carine Chichereau, traductrice de très nombreux auteurs anglo-saxons, a accepté de tenir une rubrique régulière dans nos colonnes, pour évoquer, en vidéo, un texte dont nous lui devons la version française. Aujourd’hui, Floride de Lauren Groff tout juste paru aux éditions de L’Olivier.
Lorsqu’ils se rencontrent, Bruno Gibert, auteur et narrateur des Forçats, et Édouard Levé sont deux inconnus. Leur œuvre est devant eux, double quête, celle d’une forme singulière, celle d’un nom à faire connaître au monde. Peu à peu tout s’ébauche et tout se déséquilibre : Bruno devient le spectateur à la fois fasciné et irrité d’Édouard. Les forçats est tout autant le portrait de deux jeunes hommes en artistes que celui d’une génération qui se cherche, tout autant une autofiction qu’une exofiction, avec Édouard Levé pour centre et attraction/désastre.
Trois figures et non deux sont au centre du dernier livre de Valérie Zenatti, Dans le faisceau des vivants : Aharon Appelfeld, Valérie Zenatti et leur amitié, elle aussi personnage d’un roman sous le signe de la rencontre. Cette rencontre n’est pas seulement celle d’un immense écrivain et de sa traductrice, c’est celle d’un homme et d’une femme qui vont partager récits, langues et silences, c’est une évidence, une amitié unique, de celles, rares, qui dépassent les catégories et que seule la littérature est à même de saisir.
La parution d’un roman de Nicole Krauss est toujours un événement : ainsi Forêt obscure qui advient après de longues années de silence, ce « vide » si nécessaire à la création, comme nous l’explique la romancière dans le long et bel entretien vidéo qu’elle a accordé à Diacritik, en juin dernier, à Paris.
L’une des signatures de Diacritik est sans doute la place accordée aux grands entretiens : qu’ils soient écrits ou filmés, ils laissent se déployer la parole des auteurs et créateurs, sans aucune contrainte d’espace ou de temps. L’été peut être l’occasion de (re)découvrir ces interviews. Aujourd’hui, Jonathan Safran Foer rencontré par Christine Marcandier, à Paris, au moment de la parution de Me Voici, aux éditions de l’Olivier, dans une traduction de Stéphane Roques.
Qui était Lescot Bruno, « attendu que » l’individu a commis un certain nombre de méfaits dans sa prime jeunesse, dont rend compte un exposé des motifs absolument exhaustif ?
« Ce qui reste, les poètes le fondent » clamait, on s’en souvient, Hölderlin en des termes confiants mais hagards. Nul doute qu’un tel vers, qui se propose d’œuvrer à ce qui demeure contre toutes les destructions, pourrait servir d’exergue lumineuse à une exploration des périphéries qui circonscrivent la ville.
George Saunders, écrivain américain, né au Texas en 1958, est encore largement méconnu en France. Dix décembre est son dernier livre, un recueil de nouvelles, paru en France en 2015, aux éditions de l’Olivier.
Il suffit de lire les premières pages de l’Avancée de la nuit pour savoir qu’on va vivre une expérience littéraire peu commune. Tout d’abord le phrasé de Jakuta Alikavazovic, dense et limpide à la fois, qui s’insinue lentement dans le lecteur comme l’histoire des personnages eux-mêmes, Paul, Amélia, Albers ou Louise.
L’Histoire de mes dents de Valeria Luiselli, qui paraît en cette rentrée, aux éditions de l’Olivier, dans une traduction de Nicolas Richard, est de ces romans qui échappent à toute catégorisation. Rapporter ce livre à un genre serait le simplifier à l’extrême, résumer son histoire la réduire à peau de chagrin.