Et si… Et si le gouvernement nous imposait nos vacances ? Et si les pouvoirs publics nous obligeaient à nous enregistrer sur des rôles cadenassés pour pouvoir bénéficier d’une assurance maladie ? Et si l’écriture devenait étatique, jugulée, encadrée, incapable de s’émanciper hors des murs d’une pensée dirigée ? Et si George Orwell et Jean Van Hamme avaient raison ?

On ne pouvait passer à côté de cette œuvre majeure parue en avril dernier chez Aire Libre : Le Coup de Prague, de Jean-Luc Fromental et Miles Hyman (récemment élevé au rang de Chevalier des Arts et des lettres). Retour sur un livre au croisement du cinéma, de la littérature et de la BD, un polar intelligent et captivant, qui convoque Carol Reed et son Troisième Homme, Graham Greene et la guerre froide.

C’est une question de forme(s). Au singulier, celle d’une tribune parue le 7 septembre 2017 dans le New York Times. Au pluriel, celles mises par les médias français qui ont repris le texte dans leurs colonnes en chapeautant à la va-vite ou à l’aune d’une politique du clic pour le moins questionnable. BFM TV qui titre « « Président raté », « ego démesuré » : une tribune dans le New York Times assassine Macron » ; LaDépêche.fr « Dans une tribune au vitriol, le New York Times juge Emmanuel Macron comme un président raté » ; Vanity Fair « Échec et mat, le New York Times assassine Emmanuel Macron dans un édito » (le titre a été changé depuis, NDLR) ; RTL.fr « « Un président français raté » : Emmanuel Macron se fait épingler dans le New York Times »… et la toile qui ne fait pas partie des idolâtres de la « macronerie » (sic) de s’enflammer, de relayer, de tweeter et retweeter, de « liker » ou « plussoyer » à l’envi.

Adapter une œuvre n’est jamais une mince affaire, qui plus est quand il s’agit de concentrer quarante années d’aventures de papier en en deux heures dix-huit de pellicule, fût-elle numérique : en portant Valérian de Christin et Mézières à l’écran, Luc Besson a réussi à son corps défendant à faire voyager son film aux confins du Grand rien. Décryptage et critique aux frontières de la bande dessinée, du cinéma et de la mauvaise foi.

Les contraires satyres : avec Extases (qui paraît le 6 septembre chez Casterman) Jean-Louis Tripp explore et expose sa part plus qu’intime, dans un récit autobiographique qui le dispute à l’autofiction et met en scène et en images la sexualité et la construction de soi, l’apprentissage et les fantasmes, le réel et l’imaginaire d’un auteur, narrateur et personnage principal.

Valérian et la cité des mille planètes est en salles depuis le 26 juillet 2017, soit précisément cinquante ans après la création par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières de la bande dessinée dont le film est inspiré. Adaptation ou produit dérivé, la livraison de Luc Besson intervient sept après l’ultime voyage de l’agent spatio-temporel : L’OuvreTemps. Retour sur une œuvre monde et son final en forme d’oxymore.

Je profite de cette accalmie bienvenue dans nos échanges pour aller aux toilettes à mon tour. Je glisse (plus que je ne marche) sur le chemin des urinoirs collectifs dégueulasses à souhait. J’ai l’impression de m’être transformé en palet de curling avec ces pseudo sportifs à l’air pénétré et aux chaussures bicolores ridicules qui astiquent frénétiquement la piste devant le morceau de granit poli tandis qu’un serveur commence à balayer le sol devant chacun de mes pas mal assurés. J’évolue difficilement dans mes vapeurs éthérées, prudent devant ce cérémonial grotesque.

Nathalie se plante devant moi, interdite face au spectacle louche du tandem bouleversant que nous formons, mon ami et moi, dans cette posture mal assurée qui ressemble de plus en plus à un slow de fin de noces… A voir sa moue, j’essaie d’imaginer ce qui lui passe par la tête. Se dit-elle que j’ai refait ma vie et qu’elle n’a aucun droit de regard sur mes nouveaux choix amoureux, même s’ils peuvent lui paraître discutables ? Ce qui est compréhensible et légèrement intolérant de sa part cela dit.

Je quitte la salle de bains, je pose le téléphone. Alice est assise sur le canapé. J’ai envie de l’embrasser et qu’elle me serre dans ses bras. Ce sont des choses qui se font. Elle me dit qu’elle a eu une journée affreuse tout en allumant une cigarette. Sans attendre une réaction de ma part, elle entreprend un récit fait de plaintes diverses d’usagers des transports vindicatifs, de brimades hiérarchiques, de café imbuvable au bureau et d’une dispute avec Nathalie. J’ai laissé Paul à ses affres et à sa liste inique. Je ne saurais dire qui est le plus à plaindre. De Paul (englué dans son désespoir mystico-amoureux), d’Alice (qui a eu une journée affreuse) ou de moi (qui écoute les malheurs de l’une et de l’autre) ?

De son côté, dès son retour en France après sa croisière peu amusante, Paul a voulu reprendre le cours d’une existence qu’il trouvait déroutante. Dans le taxi qui le ramenait de Roissy, il s’est dit qu’il lui fallait arrêter de penser qu’il s’était engagé dans une voie à sens unique, ou pire, dans une voie sans issue, la tête pleine de périphrases en entrant sur le boulevard périphérique.