Les quatre saisons (Le quattro stagioni en pizzaiolo dans le texte), est le nom donné aux quatre concertos pour violon composés par Antonio Vivaldi, célèbre compositeur vénitien passé à la postérité avec cette œuvre légendaire qui a fait le bonheur et la fortune des marchands de compilations musicales autoroutières, faisant régulièrement entrer le mouvement Allegro non molto dans le Top 50 des musiques d’attente au téléphone. Mais ce n’est pas le sujet.

Il y a deux manières d’aborder la lecture des Écœurés de Gérard Delteil qui paraît au Seuil le 9 mai : en réprimant un mouvement de recul devant le bandeau promotionnel jaune qui proclame qu’un gilet de la même couleur est mort ou, piqué par la curiosité, en espérant que ce roman noir n’est pas que le fruit d’un opportunisme éditorial en 25 actes de manifestations hebdomadaires en chasubles de haute visibilité.

Alors que Huge en France est diffusé depuis le 12 avril sur Netflix, comment parler de la sitcom made in Gad Elmaleh en des termes objectifs sans passer pour un énième hater influençable qui vocifère bien à l’abri devant son écran ? Tentative de sauvetage d’une production qui se veut ironique et référentielle. Mais qui n’a pas réussi à tirer le critique télé de sa torpeur.

Si Enki Bilal n’a rien perdu de sa fascination pour les ruptures, le chaos n’intéresse pas l’auteur de la trilogie des éléments, de la tétralogie du monstre et réalisateur de Bunker Palace Hotel et Tykho Moon. Après le BUG initial paru en 2017 —  premier tome d’un « cinq-shots » selon les mots de l’auteur rencontré vendredi dernier —, BUG 2 paraît aujourd’hui chez Casterman, promesse d’une série au long cours (en librairies et sur vos écrans).

Il y avait déjà le Tell No One d’Harlan Coben, il y a désormais Tell No Tales, second polar d’Eva Dolan mettant en scène la section des crimes de haine de l’inspecteur Zigic. Deux ans après Les Chemins de la haine (Long Way Home), Eva Dolan revient avec Haine pour haine (Liana Levi) à Peterborough, ville frontière à une époque charnière au cœur d’un polar social étouffant. Ou comment l’intolérance et le mensonge se font vecteurs de violence et de désintégration du vivre ensemble.

Bien sûr, il y a le casting et la performance d’acteur(s), Christian Bale, Amy Adams, Steve Carrell, Sam Rockwell… mais derrière les ressemblances physiques censées donner corps (au sens propre) et vie au biopic signé Adam McKay consacré au sulfureux (et quasi oublié) DIck Cheney, il y a surtout un film gigogne inventif et drôlement cynique : Vice, ou comment un péquenaud du Midwest est devenu Vice-Président des États-Unis et a façonné le monde à l’aune de son conservatisme et de son goût du secret.

Troisième mois de l’année et dernier moi de cette série de chroniques prétexte à toutes les inepties sous couvert de culture générale copiée-collée sur Internet, Mars vient du latin Martius en honneur au dieu romain de la guerre. Ce qui en fait donc un mois martial par excellence : ce n’est pas pour rien que la rigueur militaire emprunte à Mars pour commander aux troupes qui s’ébrouent à l’unisson quand le chef de colonne leur crie « en avant, mars ! » pour les faire avancer au pas le 14 juillet sur les Champs Elysées.

Injustement boudé aux César 2019, Le Grand bain a été nominé 10 fois et n’a récolté que l’aumône du César du meilleur second rôle. Ce qui est plutôt ironique tant le premier film en solo de Gilles Lellouche en tant que réalisateur a pour personnage principal une équipe de seconds couteaux de l’existence, somme d’individualités meurtries que seule la vie sait produire. La sortie en DVD et sur les plateformes de téléchargement du Grand bain, trop vite enfermé dans la catégorie « feel good movie » par une bonne partie de la presse hexagonale, permettra de remettre quelques pendules à l’heure : Le Grand bain est un grand film.

A Peterborough, dans l’est de l’Angleterre, un homme est en fuite dans une nuit boueuse, terrorisé par des poursuivants qui n’en sont pas à leur première exaction. Avec Les Chemins de la haine, Eva Dolan signe un premier roman policier teinté de chronique sociale brute dans une Angleterre en plein Brexit qui cherche un chemin vers son humanité.

En 2012, Jacques Tardi entamait un voyage dans l’histoire personnelle des Tardi père et fils : en retranscrivant (le terme d’adaptation serait trop impersonnel) les carnets de son père, le fils faisait œuvre de mémoire et racontait par le menu les silences paternels, la guerre et la capitulation éclair, l’enfermement dans un camp de prisonniers. Ainsi naissait Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB, une série de trois albums à laquelle Jacques Tardi met fin avec Après la guerre

On ne remerciera pas Telerama pour son court article intitulé « Je corrige donc je suis : le phénomène ‘Grammarnazi’, décrypté par Linguisticae ». On ne remerciera pas non plus le youtubeur Romain Filstroff qui, ayant fait de la linguistique son fond de commerce 2.0 et présenté par le journal comme une « figure incontournable de la pop culture web », accumule les erreurs et enchaîne les âneries en pérorant sur son canapé. Jusqu’à tomber dans la caricature et la catégorie des intégristes de la langue qu’il entend « analyser » ou (peut-être) dénoncer.