Depuis L’extension du domaine de la lutte et après Soumission paru en janvier 2015, Michel Houellebecq nous assène sa Weltanschauung d’occasion avec une régularité de métronome dépressif : il n’est pas usurpé de dire que le tout récent récipiendaire de la Légion d’Honneur n’a de cesse de construire et reconstruire son œuvre d’observateur onusien de la société française en affectant un style invariant pour nous parler des affres du mâle blanc occidental atrabilaire en milieu plus ou moins tempéré.

Fin 2018, j’étais las. Cela faisait des semaines que j’essayais de rationaliser, de réfléchir, de dépasser le stade émotionnel qui fait réagir promptement et écrire des inepties en moins de temps qu’il n’en faut à Donald Trump pour commettre un tweet imbécile pris pour un communiqué de presse de la Maison Blanche par une moitié de la planète et pour une nouvelle raison de moquer la baderne américaine par la seconde. J’étais fatigué au point de retarder le moment où j’écrirais ce texte définitif et prétentieux qui aurait valeur de leçon (du moins dans mon esprit chagrin).

Le combat continue. Les seniors les plus attachants de la bande dessinée sont de retour et ils n’ont rien perdu de leur gouaille et de leur superbe. Après le grand capital, l’environnement, les activistes vermeils s’attaquent à la justice sociale et à l’égalité des chances. Au cœur de ce nouvel opus des aventures des papys résistants : la cause des migrants et toujours plus de chaleur humaine dans un monde brut.

La connerie est-elle innée, inévitable, inhérente à chacun, affichée ou sournoisement tapie sous les atours d’une intelligence moyenne ou la simple expression d’une bêtise évidente ? Une question complexe (et  des réponses qui le sont tout autant) que propose d’embrasser l’ouvrage collectif Psychologie de la connerie, paru aux éditions Sciences Humaines.

Depuis le 22 octobre dernier et à chaque nouvel épisode, on a envie de dire « précédemment dans Le Bureau des Légendes » à l’américaine et en VO avec la voix grave d’un mec qui fume trois paquets de cigarettes par jour depuis vingt ans. Alors que la saison 4 s’achève ce soir sur Canal Plus, Le Bureau des Légendes est déjà disponible en intégralité et en replay sur les plateformes pour une expérience de « visionnage boulimique » (en VF dans le texte).

Ils sont de retour le 14 novembre sur France 2 : Andréa, Mathias, Gabriel, Arlette, Hicham, Camille… les agents d’ASK aux affres intimes aussi nombreuses que les desiderata et doutes de leurs talents. Pour cette troisième saison, si la recette est toujours la même, les guests s’appellent Jean Dujardin, Béatrice Dalle, Isabelle Huppert, Gérard Lanvin ou Monica Bellucci : des stars en contre-emploi, des acteurs au bord de la crise de nerfs, du second degré en veux-tu en voilà. Avec une mention spéciale pour Isabelle Huppert qui s’auto-parodie avec bonheur en jouant une workaholic plus vraie que nature.

Les années 50, New York, l’Upper West Side versus le Lower Manhattan. Des condos de Columbus Avenue aux caves de l’East Village, ce sont deux mondes qui se télescopent et qui augurent bien plus qu’une sit-com aux rires enregistrés et aux punchlines formatées. Hommage au stand-up et chronique d’une époque révolue et des temps à venir, The Marvelous Mrs Maisel est sans conteste la meilleure série de l’année.

Les frères Lehman de Stefano Massini, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, est un livre exceptionnel. On hésitait, chroniquant pour Diacritik cette épopée inventive et contemporaine à qualifier ce texte de roman, genre qui réduit sa forme. Voilà le livre couronné par le prix Médicis… Essai aujourd’hui (et ce n’est pas la première fois que le jury du Médicis fait un tel pied de nez aux genres). C’est dire si Les Frères Lehman échappe, et c’est tant mieux, à tout horizon générique, horizon au sens étymologique de délimitation des saisons (horizein).

Hannah Arendt, analysant la Condition de l’homme moderne l’écrivait : les marchandises ont supplanté les paroles, la bourse a détrôné l’agora, le marché est devenu le lien du collectif. La destinée des Frères Lehman, telle que Stefano Massini en retrace l’épopée, en est l’illustration parfaite, du départ de Bavière d’Heyum Lehmann (avec deux n), le 11 septembre 1844 à la faillite aux répercussions planétaires de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008 : à travers l’histoire d’une dynastie c’est toute l’Amérique dans sa grandeur et ses décadences que saisit l’auteur italien, en une fresque singulière et sidérante.

« Vous êtes d’origine belge Monsieur Luke ? » Très bonne question. Et l’on remercie Jul et Achdé de l’avoir posée. Voilà plus de 70 ans que le garçon vacher (en français dans le texte), sillonne les États-Unis en compagnie de Jolly Jumper, avec quelques incursions au Mexique et au Canada, à la poursuite des Dalton ou en compagnie de Billy the Kid, de Calamity Jane et autres Empereur Smith. Le plus francophone des cow-boys de papier est de retour après deux ans d’absence et La terre promise déjà signé du duo Jul-Achdé, pour un voyage tout en sous-textes : Un cow-boy à Paris, en librairie aujourd’hui.