« Extases » : ma vie sexuelle (ou comment je me suis disrupté)

 

Les contraires satyres : avec Extases (qui paraît le 6 septembre chez Casterman) Jean-Louis Tripp explore et expose sa part plus qu’intime, dans un récit autobiographique qui le dispute à l’autofiction et met en scène et en images la sexualité et la construction de soi, l’apprentissage et les fantasmes, le réel et l’imaginaire d’un auteur, narrateur et personnage principal.

Extases, ou une pièce satyrique dans laquelle Jean-Louis Tripp revient sur ce qui le hante depuis toujours : le sexe et ses mystères, la femme et ses secrets, la dimension politique de l’acte charnel ; faisant du livre le roman de la vie d’un homme que la sexualité fascine autant qu’elle le déconcerte. Des premiers émois amoureux (époque CM2) à l’âge sexué (adolescence, post-adolescence et âge adulte), Jean-Louis Tripp se confie, confesse, convoque les philosophes et Che Guevara, décrit et dessine sans tabou l’amour charnel, le plaisir physique, le(s) sentiment(s) amoureux.

Le scénariste et dessinateur de Magasin Général a puisé dans ses souvenirs pour raconter, presque par le menu, son questionnement, son quotidien, ses pulsions de sex-addict (si tant est que l’on doive qualifier celles-ci). L’auteur a changé les noms, les physiques, les dates. Il a déconstruit et reconstruit son histoire personnelle pour se livrer dans un ouvrage que l’on ne pourra ranger (sinon sur une étagère en hauteur pour éviter qu’il tombe entre des mains innocentes) dans la case BD érotique. En près de trois cents pages, il livre les moments clés de cette édification, les tournants, les ruptures, sur le chemin de son éducation sexuelle presque permanente.

Mais Extases ne rime pas forcément avec exaltation et exultation des corps : des pages de Jean-Louis Tripp sourdent l’angoisse, les interrogations (méta)physiques, la quête d’un impossible bien-être, parfois la souffrance, la jouissance souvent, tout de même. Et le Jean-Louis qui signe l’album s’efface derrière un autre Jean-Louis, celui de l’histoire à la troisième (puis à la première) personne du singulier, osant se représenter et se mettre à nu sans jamais verser dans l’exhibitionnisme ou l’érotisme gratuit. Entre confidence(s) et récit initiatique, Extases évoque, bouscule, explique autant qu’il questionne. Jean-Louis s’interroge et se répond. Il prend acte de sa condition de faune libidineux prisonnier d’un corps humain qu’il n’aime pas. Parce qu’il ne s’aime pas jean-Louis, ne se trouve pas beau et voudrait pourtant séduire, aimer, toucher, embrasser, baiser, jusqu’à la jouissance bienfaitrice, réparatrice. Parce qu’il connaît l’incomplétude, le manque, les affres d’une chair jamais rassasiée, Jean-Louis souffre, expérimente, souffre encore, se laisse aller à des plaisirs qui le jettent dans des abîmes de culpabilité. Sa psyché mise à mal, il  est en butte à des sentiments contradictoires : pourquoi la jalousie s’invite-t-elle alors qu’il souhaite pratiquer l’amour libre ? Et la quête du plaisir physique à tout prix suppose-t-elle d’accepter  de pratiquer l’amour tarifé ? Avec distance, ironie, courage et humilité, Extases aborde toutes ces questions. Et bien d’autres encore.

Explicite, cru et cul, drôle, tendre et mélancolique, le tome 1 d’Extases dévoile tout, les corps, les sexes masculins et féminins, les intimités, les psychologies, réussissant le tour de force de ne jamais être impudique.

Jean-Louis Tripp, Extases, Tome 1 – Où l’auteur découvre que le sexe des filles n’a pas la forme d’un X272 p. N&B, Casterman, en librairie le 6 septembre, 22€