Oublie mon nom, de Zerocalcare : du deuil 2.0

Dimentica il mio nome a été publié en Italie en 2014 et vient de paraître en France aux éditions Cambourakis (traduit par Brune Seban).  Oublie mon nom, un livre drôle et doux-amer qui confirme à rebours le talent de Zerocalcare pour conter des histoires intimes qui touchent au cœur et au féérique.

A la mort de sa grand-mère, Zerocalcare est sous le choc, la figure de sa nonna le ramène en 1988, peut-être 89 (mais l’auteur en est sûr, c’était un lundi) quand il allait au zoo de Rome en sa compagnie. De nos jours, et l’instant d’après, Zerocalcare, l’auteur et son personnage toujours flanqué d’un improbable Tatou parlant découvrent la peur, la douleur, la perte.

Fantaisie moderne, autofiction nourrie aux mangas, aux comics et au cinéma de genre, Oublie mon nom tient à la fois de l’hommage et de la quête personnelle ; celle d’un jeune homme pour qui son quartier (Rebibbia) est le centre de son univers, un endroit rassurant pour ce control freak aux digressions imaginatives et ultra référencées. Pour Zerocalcare, la vie est une longue série fleuve intranquille : son personnage est en proie à l’inquiétude permanente et dialogue régulièrement avec un animal imaginaire qui lui dispense autant de réflexions frappées au coin du bon sens que de vacheries drolatiques. L’auteur de La Prophétie du Tatou et de Kobane Calling balance entre onirisme geek et réalité passée par le filtre de l’anthropomorphisme avec bonheur : ses parents, sa tante, sa grand-mère défunte, sont représentés sous la forme de bipèdes à tête de piafs ; son meilleur ami, bastonneur et joueur invétéré livre ses considérations distraites entre deux parties de Hold’em et les pensées et voix off s’accompagnent souvent d’incursions de personnages sortis tout droit du grand ou du petit écran.

Il y a du Larcenet ou du Boulet en Zerocalcare : pour la sensibilité et l’introspection et les inserts décalés hilarants qui convoquent pêle-mêle le Léonidas 1er de Sparte de 300, des morts sortis de Game Of Thrones ou la méchante reine de Blanche-Neige ou le kamehameha de Dragon Ball. Mais derrière le côté foutraque et l’apparente pochade, Zerocalcare (se) livre dans Oublie mon nom une belle réflexion sur les secrets de famille sciemment enfouis et les mensonges coupables.

Renforcé par le refus du réalisme, l’utilisation symbolique de la couleur et en tirant vers le fantastique, le récit de cette grand-mère et du mystère qui entoure son nom, emporte, embarque et conquiert le lecteur par son propos sensible et son dessin original, précis, aux noirs appuyés. Oublie mon nom, un conte 2.0 tout en ironie et en délicatesse qui parle de mémoire, d’entrée dans l’âge adulte, du douleur, de la solitude, de la mort et du silence.

Zeroclalcare, Oublie mon nom (Dimentica il mio nome), traduit de l’italien par Brune Seban, n&b, 240 p., Editions Cambourakis, 23€