. 23 septembre 2024. J’ai écrit il y a quelques semaines à propos de Thomas Clerc : « L’auteur et moi avons en commun d’être parisiens de naissance ». Mais ouvrant à nouveau Paris, Musée du XXIe siècle, le Dix-huitième arrondissement, je lis qu’il est né à Neuilly sur Seine. Me revient aussitôt que j’avais bien repéré cette indication à première lecture ; mais, ne l’ayant notée, je l’avais vite oubliée (leitmotiv : ma mémoire immédiate fout le camp). Cherchant à transformer cette bourde en petite pensée, je rumine que : S’il ne l’est pas de naissance, il l’est d’avant la naissance. Et de plus, Neuilly… Claude Ollier, qui y avait vécu quand il avait une quarantaine d’années dans une pièce minuscule et inconfortable, m’avait dit un jour : « Au fond, Neuilly, c’est Paris. » On est sans le sou de la même manière dans une chambre de bonne, qu’elle soit intra-muros ou dans un immeuble de la petite couronne.

Comment écrire sans soi quand on se lance dans un autoportrait, qui plus est dans la collection « Traits et portraits » de Colette Fellous chez Mercure de France ? Tel est le défi, comme impossible, que se donne Pierre Ducrozet dans son dernier livre. Et pourtant : si le « je » est partout, le pronom personnel est diffracté par les autres et surtout ouvert au monde, comme dilaté, au point d’en effet sinon disparaître du moins de n’être plus qu’un prisme pour dire le moi à travers les autres et le monde. Il est un « je » fonction grammaticale et formelle depuis lequel s’énonce un flux de pensées et souvenirs.

On a pu lire des autobiographies par les objets — celle de François Bon, par exemple, en 2012 ou, dans une certaine mesure, Intérieur de Thomas Clerc, l’année suivante. Hélène Gaudy offre un portrait par les objets, celui de son père, artiste, poète et collectionneur fou qui rassemble ses trouvailles et archives dans un atelier-cabinet de curiosités que l’autrice aborde comme un rivage aussi secret qu’il est exposé.

Ça commence, chaque fin d’été, par la palanquée de romans qui paraissent dans le cadre de la « rentrée littéraire ». On dit qu’ils sont 459 cette année, répartis entre la fin du mois d’août, septembre et octobre — 459 romans, dont 68 premiers romans et 148 traductions. Je m’attèle alors à un drôle de travail : je sélectionne.

Présentée comme la réponse à Emily in Paris qui rencontrerait Succession, La Maison est une tentative de se réapproprier l’univers parisien de la mode subissant les clichés netflixiens. Diffusée sur Apple TV+, La Maison jette Lambert Wilson, Amira Casar, Carole Bouquet et Pierre Deladonchamps dans le taffetas et le spectateur dans l’embarras devant le spectacle navrant de cette fashion weak.

Dans la salle prestigieuse de l’Odéon, tout est rouge. Du velours des fauteuils que rehaussent les dorures des cadres, à la scène, écarlate du sol aux rideaux, vides et déjà sanglante, alors que la cérémonie forcement sacrificatoire, n’a pas encore commencé. C’est Angélica Liddell qui ouvre la saison, avec Dämon, une pièce dont le titre forme avec le prénom de sa créatrice l’oxymore qui guide son parcours. Ange et démon, la prêtresse nue le sera tour à tour, selon qu’elle harangue le public dans une chemise blanche largement ouverte sur son anatomie ou qu’elle chuchote à l’oreille de l’artiste mort dans un manteau noir de veuve ténébreuse et inconsolée.