La rentrée littéraire offre chaque année une inflation de titres romanesques, de livres empilés, de propositions bankables. Des noms connus d’auteurs people ont rendez-vous avec le succès, chaque année, en septembre, en même temps que la rentrée des écoliers : il s’agit d’occuper le premier rang, d’obtenir à tout prix un Prix (littéraire), une médaille de qualité dans le sillage des Jeux Olympiques qui nous ont familiarisés avec l’esprit de concurrence.

À chaque fois que je tente d’apposer un point final à une petite lecture « critique », je me reproche de ne pas m’être accordé quelques milliers de signes supplémentaires afin de creuser davantage certaines pistes. Ça me travaille quelque temps ; mais, à chaque relecture, je ressors la gomme : le nombre de signes et d’espaces s’amenuise peu à peu, tout en demeurant encore trop important. Mon seul espoir est que ce qui finit par être partagé reste ouvert, comme les entrées, même secrètes, du Terrain vague. C’est pour cette raison qu’il faut relancer jusqu’à épuisement le travail d’élagage.

Que ce soit dans les médias, à l’université ou dans les rayons des pépinières, l’intérêt pour les plantes va grandissant. Néanmoins la plupart des personnes les envisagent encore comme enracinées et fixes, tandis qu’on le sait à présent, les végétaux développent des stratégies de coévolution afin de rester mobiles et d’ensemencer le monde. Quels sont leurs différents modes de migration ? Qui sont les championnes du vagabondage ? En quoi la colonisation a-t-elle été un accélérateur de déplacements ? Entre domestication et liberté, qu’est-ce que les histoires de migration révèlent sur les peuples ? À travers vingt textes, l’ouvrage paru aux éditions Manuella en février 2024 réunit des penseurs émérites pour essaimer les réflexions et déboulonner nos préjugés sur les plantes invasives et les déplacements des végétaux.

Rencontre avec Marion Grange et Bronwyn Louw, deux chercheuses en littérature qui ont dirigé Les Migrations des plantes, ouvrage collectif qui rassemble une trentaine de contributeur.ices artistes, chercheurs et chercheuses, scientifiques. Ce livre nous plonge dans un faisceau de récits autour des plantes et de leurs migrations. À partir de plusieurs points de vue, prismes et focales, nous nous retrouvons dans des échanges intimes, informels où l’espace végétal devient un foyer de rencontres, où les frontières disparaissent.

Que peuvent les vivants pour les morts? Que peuvent les morts pour les vivants? Lydia Flem pose ces questions, les développe, les prolonge dans Que ce soit doux pour les vivants. Livre subjectif, intime, en même temps que réflexion, Que ce soit doux pour les vivants entrelace de manière singulière une forme d’autobiographie, de biographie, d’essai, autant qu’il accomplit quelque chose : garantir la vie des morts, créer des liens avec les morts, témoigner. Entretien avec Lydia Flem.

Avec le documentaire Les mille et une vies musicales de Fleetwood Mac à voir sur Arte le 13 septembre à 22h30 et déjà disponible en streaming sur le site de la chaîne, la journaliste Sophie Rosemont nous rappelle brillamment à quel point le groupe à l’origine du sémillant album Rumours (1977) brille dans la traînée du temps, laissant loin derrière lui des milliers de musiciens et de chanteurs voisins de son histoire.

Avec la parution de Trois éveils, Lionel Ruffel poursuit une histoire littéraire personnelle portée par des évènements collectifs et politiques (Nuit debout, confinement, élections, grèves…). La réflexion se fonde sur les rapports entre littérature et politique au prisme en particulier de la lecture du philologue Victor Klemperer et de son livre LTI, La langue du IIIe Reich. Trois éveils questionne la langue, les langues de pouvoir au regard également d’un capitalisme néolibéral, dans la constitution d’une cartographie personnelle des livres, traversée par le cinéma. Entretien avec Lionel Ruffel.

Le petit livre de Dany-Robert Dufour et Nicolas Postel pose une double question : D’où vient et où va le capitalisme ? Dufour commence par répondre à la première question, celle du capitalisme en tant qu’utopie, tandis que Postel poursuit en répondant à la seconde question, en quoi cette utopie mène à l’effondrement. In fine, face aux multiples interrogations, le duo d’auteurs entend proposer une alternative, pour un « penser autrement ».

2 septembre. Des livres « de la rentrée », j’en avais reçu cinq au moment de prendre la route cet été – ce qui était bien suffisant. De retour dans l’atelier, un sixième me parvient, et non des moindres : Ann d’Angleterre de Julia Deck. Je viens d’en achever la lecture. Mais il est trop tôt pour en parler car il faut prendre le temps de faire un peu de ménage : se débarrasser de ce qui, même d’une oreille distraite, a été enregistré de ce qui circule à son sujet ; et aussi de bon nombre de petites pensées qui ont surgi au cours de la lecture et qui, si elles ne se sont pas envolées, se sont accrochées tels de vieux chapeaux sur les patères du corridor mal éclairé que nous traversons parfois la nuit. Travail à la gomme, comme toujours, réactivant le plaisir de la lecture et les sentiers de l’écriture.