C’est un beau et fort recueil poétique que Virginie Poitrasson nous donne en ce printemps 2023 avec Tantôt, tantôt, tantôt qui paraît chez « Fiction & Cie » au Seuil. S’inspirant notamment d’une réflexion de Deleuze sur la ritournelle, Poitrasson offre une saisie sensible et réflexive à la peur, l’effroi comme scène primitive de nos vies. Mais ces angoisses, qu’elles soient ponctuelles ou structurelles, trouvent dans leur poème leur issue de peurs : la parole y sert de conjuration ultime. Recueil neuf, au plus près d’un rendu sensoriel du monde, Tantôt, tantôt, tantôt fascine par sa détermination à sortir de la terreur qui tenaille le sujet. Autant de pistes que Diacritik ne pouvait que sonder en compagnie de Virginie Poitrasson le temps d’un grand entretien.
On dit beaucoup de mal de Macron à propos du passage en force de la réforme des retraites. On le dit égotiste, arrogant et tout sauf habile. On oublie qu’il est l’homme de la situation, dont la fonction historique aujourd’hui consiste à poursuivre un projet qui le dépasse. Il convient en effet de se déprendre de la petite analyse « psychologique » pour considérer objectivement une politique qui, pour être brutale et parfois tragiquement irrationnelle, n’en a pas moins un sens précis dans l’histoire de nos sociétés.
« En mars 2020, le site Internet des Nations Unies annonce que la barre des 20.000 migrants morts en Méditerranée est franchie »
On se souvient que dans son premier roman de 2017, Khalid Lyamlahy dédiait son récit, « Aux étrangers d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui. Aux miens ». Dans ce nouveau roman, Évocation d’un mémorial à Venise, il creuse le sillon, en se focalisant sur un jeune migrant, noyé dans le Grand Canal de Venise en janvier 2017, événement qui eut un certain retentissement à l’époque.
Entretien avec Elgas, journaliste et sociologue sénégalais, qui refuse les faux semblants et porte un regard sans fard sur son pays. Comme il le déclare lui-même ici, « l’essence même de mon travail, c’est de soumettre aux lecteurs une vision, un regard, de documenter des éléments factuels même quand je m’échappe un peu dans la fiction ».
Le 60e anniversaire de l’Indépendance algérienne a suscité une heureuse initiative portée par les Éditions Mars-A. Réunis en un collectif, 10 contributeurs – Amina Azza-Bekkat, Meryem Belkaïd, Afifa Bererhi, Zohra Bouchentouf, Pierre et Claudine Chaulet, Christiane Chaulet Achour, Souad Hadj-Ali Mouhoub, Adriana Lassel et Marie Virolle – ont chacun sélectionné un texte jugé particulièrement évocateur de ce qu’« a pu représenter pour les Algériens, au moment même des faits ou dans les temps proches » la Guerre de Libération nationale (p. 7).
Si froide la nuit et l’eau aussi dans certains cas, le plus souvent
A Rose is a Rose in a Rose is a Rose in a Rose (effets de reflets dans
l’eau)
Centré sur le Cameroun d’hier et d’aujourd’hui, Les jours viennent et passent (2019) est le cinquième roman d’Hemley Boum. Romancière francophone camerounaise née à Douala en 1973, Hemley Boum remporte le prix Ahmadou Kourouma en 2020, quatre ans après l’obtention du Grand prix littéraire d’Afrique noire avec son roman Les Maquisards. Dans Les jours viennent et passent, la romancière propose la synthèse originale de faits historiques avec le parcours de vie de divers personnages fictionnels. Tel les poupées russes, Les jours viennent et passent est un roman polyphonique qui voit le portrait et le récit de la vie de divers personnages évoluer autour d’un personnage principal, Anna.
Devant me rendre à Paris, ce premier dimanche d’avril, j’ai raté la brocante de printemps de ma petite ville de banlieue, me disant ce n’est pas bien grave étant donné que j’en reviens le plus souvent bredouille. Si je note cette infidélité, c’est pour mettre cette chronique sous le signe de ces étalages qui nous font passer en quelques secondes d’un objet à l’autre, tissant ainsi quelques liens inattendus – de belles tensions – sans hiérarchie apparente.
Cette semaine, Diacritik poursuit sa série critique « Peintures d’expo » toujours en compagnie de Siryne Z. Cette fois, notre critique a planté son chevalet au milieu de l’exposition « Louis Boulanger, peintre rêveur » qui avait cours à la Maison de Victor Hugo de novembre à mars dernier.
L’œuvre de Philippe Cazal convoque à la fois sa passion des mots, un savoir-faire graphique et l’art de la mise en scène. À partir de mots sélectionnés, il parvient à constituer des théâtres de lettres qui mettent à l’épreuve la trop facile lecture qu’offre généralement les mots d’ordre et autres slogans de l’espace public.
Roman posthume, adaptations de ses livres en bandes dessinées, recueils de chroniques diverses, de critiques de films, d’analyses ludiques, journal, correspondance, théâtre, désormais volume d’entretiens : le nombre des publications post mortem excède largement celui des parutions du vivant de Jean-Patrick Manchette – surtout si l’on ajoute les romans d’espionnage écrits pour un éditeur ayant fait faillite avant leur parution. Cette volonté de prolonger et d’éclairer l’œuvre de l’auteur de polars, que l’on doit notamment au travail minutieux de son fils Tristan (dit Doug Headline), met en valeur un édifice étonnant, brut et complexe à la fois, jamais complaisant.