Il est très tôt, je me suis réveillé vers 4 heures, pour écrire. Je suis dans une phase d’écriture, j’ai la tête qui fourmille et mal au dos, ça ne s’arrête jamais, nuit et jour. Ça faisait longtemps que ça n’était pas arrivé, j’ai été sec, aphone, stérile pendant plusieurs semaines.
Il en va d’un festival comme d’une institution. Il comporte ses cadres, ses règles, ses codes, ses figures et ses objets. Les objets d’un festival de cinéma, ce sont les films. La communication d’un festival s’appuie sur eux, ce qu’on en dit et ce qu’on ne dit pas, leur accueil ou leur condamnation. Le FID est un festival à visage humain où chacun sent, je crois, que des films impliqués dans le monde contemporain attendent qu’on se tienne à la hauteur de ses effets sur nous. C’est une institution et un espace politique – plus qu’un espace de sélection. J’ai donc quitté mes réflexions du moment pour entrer dans des questions de cinéma et des questions politiques.
Quels enjeux critiques et politiques traversent le travail d’écriture ?
Après Véronique Bergen et Nathalie Quintane, Sandra Moussempès répond aux questions d’Emmanuèle Jawad. Création et politique, 3.
Il ne fait guère de doute qu’en proposant un recueil des nouvelles de Ken Liu, Ellen Herzfeld et Dominique Martel, les bibliographes du site Quarante-Deux, savaient qu’ils allaient rééditer le triplé gagnant des recueils de Greg Egan Axiomatique (2006), Radieux (2007) et Océanique (2009), chez le même éditeur. De fait, l’auteur sino-américain est l’un des nouvellistes les plus récompensés de ces dernières années, pour des nouvelles aussi originales que réussies, alliant la force des idées à la beauté de l’écriture. Avec ses dix-neuf textes, La Ménagerie de papier permet donc de découvrir toutes les facettes du talent de Ken Liu, invité du festival America 2016. Par Samuel Minne
Tanguy Viel le note ironiquement dans La Disparition de Jim Sullivan (Minuit, 2012) : la guerre en Irak est « ce genre d’événements qu’on ne passe pas sous silence quand on est américain, je veux dire, écrivain américain, de ce genre d’événements qui planent au-dessus des livres et savent impliquer les personnages dans les problèmes de leur temps.
Il y a toujours une façon de planter en terre inconnue un piton pour dérouler peut-être, à partir de là, une corde. Cette entrée en philosophie se réalise parfois par une thèse. La mienne porte pour titre : « Essai sur le concept deleuzien de multiplicité » (1992). L’intuition en est assez simple. Le moindre événement, la moindre modalité d’existence passe par des plans différents, comme si le réel se traversait en « mille-feuille » ou en « gigogne ». A chaque étage de ce plan feuilleté, la pointe de l’événement doit se modifier, négocier son passage avec des règles différentes au sein de strates autrement étalées. La multiplicité qui ventile le réel implique forcément une variation, une modification en fonction de l’étage où elle se réalise. Les repères, les mesures ne sont plus de même rythme, de même ordonnance, ouvrent des niveaux de monde hétérogènes.
« Les supérieurs hiérarchiques les plus élevés ne sont pas rapatriés par leurs camarades haut placés : Hanns Martin Schleyer n’est pas récupéré en 1977, le feld-maréchal Paulus n’est pas sauvé en 1942.
Je suis là, au milieu du monde, et ma conscience ne me souffle que des mots. J’aimerais en faire des légendes et pas seulement des noms, car la terre use tous les noms dans lesquels on essaie d’enfermer ses nuances et ses détails.
Il expliquait les choses avec ses mains. Comme si ses mains tenaient un discours parallèle à celui de la voix. Il me disait souvent — à moi mais pas qu’à moi, il le disait à beaucoup de personnes, de garçons et de filles — il disait donc : il faut travailler, jusqu’au bout, sans s’arrêter, jusqu’au bout.
Le titre original d’Une illusion passagère est sans doute plus explicite que sa version française : The Fall of […]
La problématique de l’accélération fait aujourd’hui plus que jamais irruption dans la pensée sous toutes ses formes. Le tonitruant philosophe Laurent de Sutter vient de diriger un très bel ouvrage collectif consacré à cette question (Accélération !, PUF, 2016). Des réflexions stimulantes et parfois enthousiasmantes y sont présentées autour du manifeste « accelerate » de Nick Srnicek et Alex Williams qui a fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps. Dans ce texte devenu fameux, les deux jeunes chercheurs britanniques déploraient l’obsession de la gauche pour la décroissance négative et prônaient un dépassement du capitalisme par une forme d’emballement.
Il est des titres qui sont, déjà, des romans. La seule fin heureuse pour une histoire d’amour, c’est un accident est de ceux-là, programme et creuset d’un récit sidérant, prolongé au chapitre II, sous forme de révélation onirique : « Un jour tu comprendras que la seule fin heureuse possible pour une histoire d’amour, c’est un accident sans survivants. Oui, Shunsuke, ma tête de pioche, mon petit fugu débile : un accident sans survivants ».
La fenêtre demeure ouverte, le soir, lorsqu’il fait nuit. Des insectes entrent par la fenêtre, attirés par la lumière. Ou ils entrent par hasard, au hasard de leur déplacement nocturne. Au plafond il y a un insecte vert, d’un vert sombre, aux ailes transparentes. Il est posé au plafond. Ce qui est pour moi le plafond est pour lui le sol. Dans un autre coin du plafond il y a un autre insecte, plus gros, noir. Comme une sorte de mite, mais plus gros et noir. Il est posé là, il ne bouge pas. Je ne sais pas si les insectes parlent, s’ils se disent quelque chose les uns aux autres. Ou s’ils me parlent. Disent ou essaient de me dire quelque chose. J’entends leur silence. Je ne connais pas leur nom.
