Bernard Noël, Constellation : Anne-Lise Broyer (Photo-graphies 3/3)

Constellation, Abbadia, 2011 tirage argentique, 2016, format 80x120 cm. Extrait de la série « Regards de l'égaré ». © Anne-Lise Broyer, courtesy La Galerie Particulière Paris
Constellation, Abbadia, 2011 tirage argentique, 2016, format 80×120 cm. Extrait de la série « Regards de l’égaré ». © Anne-Lise Broyer, courtesy La Galerie Particulière Paris

Je suis là, au milieu du monde, et ma conscience ne me souffle que des mots. J’aimerais en faire des légendes et pas seulement des noms, car la terre use tous les noms dans lesquels on essaie d’enfermer ses nuances et ses détails. Cette dévoration est injuste puisqu’une étoile gagne tout au contraire en clarté quand nous sommes capables de l’appeler Orion, Ourse ou Vénus. Pourquoi le catalogue des étoiles est-il plus séduisant que celui des fruits ou des cailloux ? Sans doute parce qu’il nous permet d’isoler un scintillement et d’en jouir, et qu’importe si c’est par erreur ! J’ai souvent rêvé d’un observatoire souterrain dont la voûte serait percée de minuscules trous orientés, chacun, de façon à piéger la lumière d’une étoile.  Et chaque rayon ainsi capturé révèlerait la nature de sa source en s’enfonçant, devant mes yeux, dans l’épaisseur de la ténèbre.

Bernard Noël, extrait de Regards de l’égaré, éditions nonpareilles, 2013

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