Plébiscitée par les lecteurs et par les nombreux prix qu’elle a reçus depuis son premier roman Contours du jour qui vient (2005), Léonora Miano ne cesse de nous surprendre par la diversité de ses thématiques et par ses choix romanesques, prouvant encore que le roman est l’écrin d’un imaginaire et l’espace même où peuvent se déployer fables significatives, écriture maîtrisée dans la diversité de ses ancrages, plaidoyer intransigeant dans sa lucidité et ses exigences pour une Afrique du passé, du présent et de l’avenir.
Parfois, le ronronnement cesse. La machine à enquiller les films, de mercredi en mercredi, s’enraye, et un film est là qui s’impose, impose silence au bavardage distrayant du cinéma comme il va. Ne croyez surtout pas que je hurle est de cette teneur-là.
Selon Guattari, une des caractéristiques de l’époque contemporaine est que les situations écologiques, politiques, économiques, institutionnelles, psychiques, subjectives, technologiques, etc., sont connectées entre elles, chacune impliquant les autres et réagissant sur les autres. Ces situations incluent des conditions, des effets et problèmes ayant des implications qui résonnent immédiatement à l’échelle de la planète.
En partenariat avec Diacritik, aura lieu ce dimanche 15 septembre, à 19h, dans le cadre du Festival Extra! du Centre Pompidou, une nouvelle édition d’« Apostrophes dans ma cuisine ».
Evelyn McHale, ce nom ne vous dit certainement rien pourtant il suffit de naviguer sur Internet pour qu’il s’affiche rapidement et pour que vous puissiez la voir, elle, allongée sur le toit défoncé de la limousine d’un diplomate des Nations-Unies garée au pied de l’Empire State Building.
L’autre jour, dans le métro, un pickpocket malchanceux a dérobé dans mon sac à dos l’agenda très ordinaire où je consigne mes rendez-vous et autres obligations quotidiennes, ainsi qu’un carnet de notes. N’ayant aucune chance de les retrouver, je tente de reconstituer de mémoire ce qui s’y trouvait inscrit, ce qui me renvoie à ces heures d’été encore chaudes quand, assis face au Nord, à l’ombre des rochers en bord de mer, je lisais quelques nouveautés de la rentrée à venir, crayon et carnet en poche.
Indubitablement, avec Un Monde sans rivage qui paraît ces jours-ci chez Actes Sud, Hélène Gaudy signe un des grands romans de nos années 10. Dans ce récit épique de l’expédition polaire menée en 1897 par trois Suédois, Hélène Gaudy offre un puissant roman photosensible en engageant une des plus importantes réflexions de notre temps sur le rôle des images dans nos vies.
Menaces est le premier roman qu’Amelia Gray a publié – elle en a écrit d’autres depuis 2013 – et ce livre est tellement excellent qu’il faudrait en parler comme les blurbs américains, ces bandeaux fourmillant de phrases chocs d’auteurs reconnus venant confirmer le talent à l’œuvre.
Malgré cent-vingt films, malgré le travail de sauvegarde et de valorisation du Centre Simone de Beauvoir, malgré encore une rétrospective qui lui a été consacrée à la Cinémathèque en 2007 ou le focus du Cinéma du Réel en mars dernier, l’œuvre cinématographique et les combats féministes de Carole Roussopoulos restent méconnus du grand public. Sans doute l’est-ce davantage encore concernant les engagements de son amie et camarade Delphine Seyrig, plus connue pour ses rôles dans les films de Resnais, de Demy ou de Buñuel.
Robert Frank s’est éteint hier, à l’âge de 94 ans, révèle le New York Times aujourd’hui. Né en Suisse, mort au Canada, à jamais dans nos imaginaires pour The Americans : cela suffirait à dire un être du mouvement constant, construisant son œuvre sur le déplacement.
Il y a peu, Charles Coustille nous donnait sous le titre d’Antithèses (Gallimard) les résultats de l’enquête pour le moins originale qu’il avait conduite parmi les grands auteurs français. Il y croisait les mondes littéraire et universitaire, en prenant l’exemple de quatre auteurs majeurs du XXe siècle (j’omets ici Mallarmé) qui s’étaient engagés dans le projet d’une thèse sans jamais aboutir. Parmi les cas passés en revue, le plus remarquable était celui de Charles Péguy, un Péguy que Coustille plaçait haut dans ses admirations tout en sachant que l’écrivain était à demi oublié aujourd’hui.
La saison des essais n’a pas encore débuté que Charles Coustille et Léo Lepage viennent déjà, avec Parking Péguy, de signer en cette rentrée littéraire l’un des plus remarquables et plus neufs essais critiques de ces dernières années. Parking Péguy interroge ainsi l’œuvre de Charles Péguy, son legs et sa postérité, à la manière d’une exploration, notamment photographique, de la France par les lieux qui portent le nom de Péguy.
Nos sociétés se reconnaissent à une « accumulation de spectacles » ; nous vivons dans nos écrans comme des papillons dans l’hypnose des lampes ; et malgré cette inflation de productions imaginaires, malgré cette boulimie d’images et de fictions, « notre part de création personnelle est devenue moindre que celle d’une blanchisseuse du XIXe siècle » (Leroi-Gourhan, 1965).
Roman plastique, installation impermanente, œil en quête d’histoire : tels pourraient être les différents sous-titres qui viennent spontanément à l’esprit de celles et ceux qui viennent d’achever la lecture de Rétine de Théo Casciani, premier grand roman qui paraît ces jours-ci chez POL, et très belle découverte de cette rentrée littéraire.
Le premier long-métrage de Romain Laguna, Les Météorites, est social et poétique, habité par le très terrestre comme traversé par l’immensité du ciel, par l’au-delà du ciel. Si le réalisateur filme la montagne, la terre, le vent, des personnages dont le microcosme pourrait aussi valoir en tant qu’image de l’être humain ici-bas, il inclut surtout dans ce film une nature dont la présence à l’image se double d’une immensité qui ne peut être filmée, qui dépasse l’Homme, sa perception, sa pensée.