Sur les réseaux sociaux, au milieu des ronds-points ou à la télévision, l’indignation semble régner sans partage. Pas une journée sans un scandale ni un bad buzz. Dans Indignation totale. Ce que l’addiction au scandale dit de nous (Éditions de l’Observatoire), le philosophe Laurent de Sutter analyse les ressorts de ce mécanisme. Il propose de changer notre rapport à la raison héritée des Lumières pour dessiner de nouvelles perspectives. Entretien.

Il y a des lectures qui touchent plus que d’autres sans que l’on puisse réellement en expliquer les raisons. Il y a des mots qui s’engouffrent dans ce qu’il y a de plus profond en nous, dans cet intérieur dont il faut ouvrir la porte pour retrouver ce monde connu qui nous échappe tant nous l’avons oublié pour mieux nous en défendre ou nous en cacher.

Un terrain vague, au centre d’un ensemble de maisons réservées à des militaires algériens : des enfants en ont fait leur terrain de foot et l’espace de leurs rêves de grandeur. On les nommera bientôt Les petits de Décembre, dès lors qu’ils organisent une résistance au projet de construction de deux villas sur leur espace de jeux. Alors que l’Algérie se lève contre les vieilles oligarchies militaires, il est bon de relire le dernier roman de Kaouther Adimi, allégorie d’une jeunesse qui refuse ce dont elle devrait mais ne veut plus hériter.

« Le temps ne fait rien à l’affaire. Ce m’est toujours une surprise que mes contemporains, qui croient avoir conquis et transformé l’espace, ignorent qu’on peut rétrécir à son gré la distance des siècles. », Marguerite Yourcenar, Carnets de notes de Mémoires d’Hadrien

Saint Syméon stylite a existé. Chacun a, au moins une fois, rencontré son nom. Théodoret, évêque de Cyr, a existé lui aussi, même si on le sait moins. Ils ont tous deux vécu en Syrie au Ve siècle après J.C. Le second, surtout, a été le biographe du premier.

Toutes mes tentatives d’écriture, sans exception, se sont concentrées sur cette hypothèse et sur la question suivante : qu’y a-t-il de valeur, dans la culture noire, que l’on peut perdre, et comment peut-on le préserver et le rendre utile ? (…)
Je veux dire : la civilisation noire qui fonctionne à l’intérieur de la blanche. (p. 282).

Traduit de son ouvrage original, The Source of Self-Regard, par Christine Laferrière, La Source de l’amour-propre paraît chez Christian Bougois éditeur en octobre 2019, à titre posthume puisque l’écrivaine est décédée le 7 août 2019.