Comment ne pas convoquer Flaubert et son Éducation sentimentale pour évoquer La Tannerie, le quatrième et formidable roman de Celia Levi ? Non pour l’écraser du poids d’un chef d’œuvre mais pour montrer combien, dans ce livre comme dans nombre de grands récits contemporains, la structure de l’histoire, la chronique comme les interrogations portées par le romanesque puisent dans les grands romans du XIXe siècle, qu’ils en sont volontairement indissociables.

Comment vit-on sa double appartenance ? Quel héritage conserve-t-on d’un passé mémorable, néanmoins enfoui dans le silence d’une défaite ? La chanteuse Olivia Ruiz entre en fiction avec son premier roman, La commode aux tiroirs de couleurs, rejoignant, d’une certaine façon, des aînées héritières de l’Espagne républicaine qu’elles ont immortalisée dans des récits attachants et souvent maîtrisés littérairement, offrant à la littérature française une mémoire qui remet en cause l’uniformité du récit national.

La peinture me regarde, copieux et passionnant montage d’Écrits sur l’art (1974-2019) de Christian Prigent, s’ouvre par une section de six textes, pour la plupart assez récents, intitulée Vive le désarroi ! C’est ce qui s’appelle bien commencer.

Dans La Deuxième Disparition de Majorana qui est une réponse au célèbre opuscule de Leonardo Sciascia, Jordi Bonells raconte comment, sous le prétexte d’une recherche pour le CNRS sur ce qu’il appelait alors « la mise en dictature du roman » et sur les trajectoires personnelles des écrivains argentins pendant la dictature militaire, il se rend à Buenos Aires pour retrouver les traces d’Ettore Majorana qui aurait vécu sous un faux nom en Amérique du Sud entre 1939 et 1976.

Depuis sa récente mort Claude Ollier n’a cessé de s’imposer comme l’un des écrivains clefs du 20e siècle. S’il a pu être l’un des initiateurs du « Nouveau Roman » avant de le quitter, il s’est aussi imposé comme un remarquable critique cinématographique, ayant essentiellement œuvré aux Cahiers du Cinéma, et depuis apprécié des cinéphiles pour ses chroniques rassemblées dans dans Souvenirs écran. C’est afin d’éclairer cette part critique que Christian Rosset a choisi de réunir dans Ce soir à Marienbad ses chroniques cinématographiques non encore rassemblées en volume, et l’ensemble est, sans surprise, remarquable, vif, brillant : un événement dans la critique cinématographique. Diacritik ne pouvait manquer de rencontrer Christian Rosset, auteur du remarquable Le Dissident secret : un portrait de Claude Ollier au sujet de Claude Ollier, critique de cinéma.

Au deuxième semestre 2020, les éditions algériennes Frantz Fanon ont publié un ouvrage sur Jean El Mouhoub Amrouche, Je suis un champ de bataille. Jean Amrouche est né le 7 février 1906 à Ighil Ali (Algérie) et mort juste avant l’indépendance algérienne, à Paris, le 16 avril 1962. Cette heureuse initiative vient à point nommé pour donner une suite complémentaire à un ensemble d’ouvrages conçus par Réjane Le Baut, en collaboration avec Pierre Le Baut, publiés aux Éditions du Tell (Blida) d’alors, entre 2009 et 2012. Les titres montrent l’étendue du domaine exploré autour de cet écrivain algérien majeur — Jean El-Mouhoub Amrouche, Mythe et réalité Jean El-Mouhoub Amrouche, Déchiré et comblé – Lumière sur l’âme berbère par un homme de la parole, Jean El-Mouhoub Amrouche.

Depuis le 1er janvier 2020, 31 familles sans logis occupaient l’ancien commissariat du 18 rue du Croissant (75002). Le 2 juillet, leur expulsion a été prononcée par la justice, sans proposition d’aucun logement. A la suite d’actions et de luttes, les familles ont finalement été logées mais dans des conditions indignes : en hôtel où plusieurs personnes doivent cohabiter dans une même pièce ; en foyer social sans possibilité de cuisiner ou même, parfois, avec interdiction… d’utiliser l’ascenseur ; dans des zones industrielles isolées ; aucune prise en compte du lieu de scolarisation des enfants ; etc. La possibilité d’obtenir des papiers n’est pas évoquée (la plupart des adultes qui composent ces familles travaillent…). Un rassemblement solidaire a eu lieu le 27 août devant le 18 rue du Croissant. Aucun parti de gauche n’était présent (et aucun parti de droite…). Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.