Vous vous appelez Emmanuel Macron. Vous êtes le Président de la République française. En 2017, vous avez été élu avec 66% des voix. Ce pourcentage n’a jamais signifié une adhésion à vos idées, à votre programme. Vous avez été élu avec un tel pourcentage car vous vous présentiez contre Le Pen et que la majorité des français.e.s rejette Le Pen. Dans ces conditions, le vote important en votre faveur, les raisons de ce vote vous obligeaient à un devoir moral. La politique que vous menez depuis bientôt cinq ans crache quotidiennement sur ce devoir moral.
C’est avec une grande et profonde tristesse que nous avons appris la disparition de la flamboyante poétesse et plasticienne Delphine Bretesché. Enthousiasmante, vivante et généreuse : tels sont les trois termes qui viennent spontanément pour qualifier à la fois la personnalité de Bretesché aussi bien que son approche si singulière de la poésie. C’est une poésie de l’accueil que déployait la jeune femme, aussi bien de l’ailleurs le plus résolu que de la forme la plus mobile. Une poésie qui habite le monde qui, sans cesse, serait une promesse de venir l’habiter. Marseille, Festin !, texte important et si enlevé que signait l’an passé Delphine Bretesché avait été l’occasion pour Diacritik de lui consacrer un grand entretien ainsi qu’une émission radiophonique de Paul de Brancion : ce sont ces deux moments d’écoute et de parole de Delphine Bretesché que nous vous proposons de nouveau aujourd’hui pour lui rendre hommage.
Joan Didion, autrice, scénariste, essayiste, journaliste (et phare du « new journalism », s’est éteinte hier à New York. Elle avait 87 ans. Son œuvre est une fresque de l’Amérique comme de sa propre vie, deux sujets en miroir, collectif et intime, intérieur et extérieur. Le 2 février prochain, les éditions Grasset publieront Pour tout vous dire (Let me tell you what I mean), dans une traduction de Pierre Demarty, un livre qui rassemble des chroniques publiées entre 1968 et 2000 comme les thèmes de prédilection de l’autrice (presse, politique, Californie, femmes) et s’offre comme un « pourquoi écrire ». Retour sur une œuvre majeure depuis le prisme du documentaire que lui consacra Griffin Dunne, en 2017 et d’une phrase en ouverture du White Album, cette phrase qui vaut ethos comme art poétique, « Nous nous racontons des histoires afin de vivre » (« we tell ourselves stories in order to live »).
Chères lectrices, chers lecteurs,
Diacritik fait sa pause hivernale et s’active en coulisses pour préparer la rentrée. On se retrouve le 3 janvier 2022 et d’ici là prenez soin de vous.
Très belle fin d’année à tou.te.s !
Ce 18 décembre 2021, journée internationale des migrant.e.s, est aussi une journée pour dire l’indignation face aux drames auxquels mènent les politiques anti-migratoires et racistes. Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.
Devant l’aggravation de la situation climatique, devant la marche forcée de la sixième extinction, devant l’impuissance et la dispersion de l’écologie politique se pose la question pressante d’une « écologie littéraire ». Débrouiller cette question exige un état des lieux : pendant que le monde brûle, que fait la littérature ? Que font les études littéraires ? Que devient l’écopoétique ? Ces questions sont au centre des revues LHT et Acta qui viennent de paraître sur Fabula.
Ceux qui tentaient de s’échapper, qu’on rattrapait, qu’on pendait par les pieds, qu’on fouettait et qu’on achevait par balles.
Avec Mon plan, Maël Guesdon trace ou construit un plan dont la définition n’est pas claire ni explicite, mais cette obscurité appartient justement à ce qu’est ce plan qui est celui de l’enfance.
Une Saison en enfer plutôt qu’en paradis : Arthur Dreyfus (Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui)
« Sollicitauit inguina mea mille iam mortibus frigida. » (Pétrone, Le Satiricon, XX)
« matando muerte : en vida la has trocado. » (Saint Jean de la Croix)
Il faut le dire sans détour : Arthur Dreyfus n’écrit pas des livres pour les détenteurs du bon goût ni pour les puritains – puisque « dans puritain il y a pur et putain » (p. 203), ce qui prête à confusion… ; il n’écrit pas non plus pour faire plaisir à Maman, il écrirait plutôt contre elle, ce qui revient certes à dire qu’elle se niche partout en creux, comme entre les mots, comme entre les draps ? Mais Maman ne lira pas ça. Ou en diagonale (cet incommensurable).
Diacritik a toujours eu à cœur de défendre la littérature étrangère et ceux sans lesquels elle demeurerait inaccessible à une grande partie du lectorat français : les traducteurs. Carine Chichereau, traductrice de très nombreux auteurs anglo-saxons, a accepté de tenir une rubrique régulière dans nos colonnes, pour évoquer, en vidéo, un texte dont nous lui devons la version française. Aujourd’hui, Les Aventures de l’intrépide Stroïka dans Paris de Jane Smiley paru aux éditions Rivages.
« Ce détour par une tradition exotique est indispensable pour briser la relation de familiarité trompeuse qui nous unit à notre propre tradition ».
Pierre Bourdieu, La domination masculine
Pourquoi déterrer ces vieilleries, dira-t-on ? Parce que, comme le montre Edward Saïd, ces récits et romans ont été un lieu privilégié d’observation : « dans la constitution des attitudes, des références et des expériences impériales. Non que seul le roman ait compté, mais (il est) l’objet esthétique dont le lien aux sociétés expansionnistes britannique et française est particulièrement intéressant à étudier ». On peut alors comprendre l’intérêt de revenir sur ces « choses » anciennes, non rééditées pour certaines, plus du tout lues et prises dans une idéologie coloniale dépassée.
Stimulant, novateur et indispensable pour qui veut penser l’écologie : autant de qualificatifs qui affirment ici l’enthousiasme de lecture qu’offre L’Ange de l’Histoire : Cosmos et technique de l’Afrofuturisme que Frédéric Neyrat vient de signer aux décidément passionnantes éditions MF. De manière profondément originale, Neyrat jette ici les fondements d’une pensée écologique qui, au-delà de Bruno Latour, se saisit de l’Afrofuturisme, de son imaginaire et de sa puissance politique pour repenser l’écologie. Et si l’écologie était le signe du refus d’une révolution copernicienne ? L’écologie pense-t-elle notre rapport au cosmos ? Accepte-t-elle l’étranger ou reconduit-elle l’anthropocène qui se fonde sur l’esclavage et le meurtre des femmes et des hommes noirs ? L’écologie, pour s’affirmer, doit-elle prendre en charge la question de la race comme l’y invite l’Ange Noir de l’Histoire ? Autant de questions brûlantes que Diacritik est allé poser à Frédéric Neyrat le temps d’un grand entretien.
Comme le rappelle l’éditeur Jean-Jacques Colonna d’Istria dans un avant-propos, ce collectif fait suite à une série d’ouvrages regroupant des écrits multiples se rapportant à la Corse. Entre le premier, Une enfance corse, publié en 2010, et ce dernier paru cette année aux éditions Scudo, quatre autres (Mémoire(s) de Corse, Les Utopies insulaires : la Corse, Portraits de Corses, Corses de la diaspora) ont en effet balisé l’exploration multifocale de cette île méditerranéenne. Jean-Pierre Castellani, qui a toujours été à la manœuvre pour les précédentes publications, seul ou accompagné, s’est adjoint cette fois la collaboration de Dominique Pietri pour composer cet ensemble particulièrement intéressant de portraits de femmes corses.