Martin Rueff écrit depuis longtemps entre les langues, ou plus exactement entre la langue française et la langue italienne, qu’il traduit, à la « jonction » des deux pour reprendre le titre de son précédent livre (La Jonction, Nous, 2019). Cette fois, il expérimente pleinement la langue italienne, non en la traduisant mais en l’écrivant.

Indispensable autant que stimulant : tels sont les deux mots qui viennent distinctement à l’esprit après la lecture du bref essai de Ludivine Bantigny, L’Ensauvagement du capital qui vient de paraître dans la déjà formidable nouvelle collection « Libelle » au Seuil. L’essayiste y revient sur les luttes sociales récentes et celles à venir en distinguant au cœur du capitalisme dans lequel nous vivons une logique de l’ensauvagement et une barbarie comme moteur qui assimile sa logique à celle d’un colonialisme qui n’ose pas dire son nom. La violence aveugle du capitalisme peut-elle être contrée ? Comment sortir de cette banalisation épuisante de la violence au quotidien ? Telles sont les questions que Diacritik est allé poser à l’historienne le temps d’un grand entretien.

Pour protester contre l’attaque et l’invasion de l’Ukraine par le dirigeant fasciste Vladimir Poutine, un rassemblement en solidarité avec le peuple ukrainien a eu lieu le 24 février à Paris, place de la République. Ce rassemblement était organisé par l’Union des Ukrainiens de France. Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.

Alors qu’il y a deux jours le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU s’est déclaré préoccupé par le manque de transparence de la procédure dans l’enquête au sujet de la mort, en 2016, d’Adama Traoré, le « Comité Justice pour Adama » organisait aujourd’hui, à Paris, un rassemblement et une marche contre le racisme, les discriminations, l’injustice sociale qui réduisent les individus et divisent le peuple. Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.

Peut-on tomber physiquement amoureuse d’une forme architecturale et entretenir avec elle une relation jusqu’à la séparation ? C’est exactement le genre d’expérience que Sophie Poirier a vécue avec un immeuble installé à même la plage sur la côte Atlantique. Son roman Le Signal – du nom de ce lieu étonnant – est passionnant.

« J’aimerais bien savoir en quoi je suis un homme et même si j’en suis un » : telle est la question centrale d’Un garçon comme vous et moi d’Ivan Jablonka qui paraît en poche chez Points, soit l’interrogation polyphonique d’un Âge d’homme ou le versant masculin du fameux « on ne naît pas femme, on le devient » de Simone de Beauvoir. Par quels mécanismes devient-on garçon puis homme, quels rôles et fonctions société et culture nous assignent-elles ? Pour répondre à cette question à multiples fonds, Ivan Jablonka entreprend un renouvellement de l’entreprise autobiographique, sous le signe d’un « parcours de genre ».

Gaëtan Brulotte se présente comme « écriveur ». Rien à voir avec « l’écrivant » de Roland Barthes (lequel dirigea sa thèse de doctorat, Aspects du texte érotique, à l‘EHESS). C’est plutôt une manière à la fois modeste et orgueilleuse, voire québécoise, d’exprimer sa passion pour l’écriture et la lecture.
Passion qu’on perçoit avec netteté dans Nulle part qu’en haut désir.

Parmi les nombreux ouvrages que Jean-Pierre Martin a publiés, il n’en est guère qui ne se distingue pas par quelque idée insolite ou encore par tel ou tel paradoxe de départ. La dernière fois, le narrateur faisait collection, dans Mes fous, de personnages dérangés du cerveau. Mais, cette fois, il rompt vraiment les amarres. C’est qu’il prétend donner une idée des si nombreux Martin (lui compris) qui peuplent la France et le monde, fût-ce en traduction et tradition locales.

L’un est né au Congo, du temps de la colonisation belge, en 1955 à Bukavu et vit toujours en République démocratique du Congo ; l’autre est né en République centrafricaine en 1941 et à vécu au Congo Brazzaville, sous colonisation française jusqu’en 1960, puis jusqu’à son départ, en 1997, aux USA. Les deux hommes écrivent sur et « avec » des femmes sans paternalisme ni condescendance. Tous deux dédient leur livre à leur mère : ce n’est pas une formule conventionnelle — on le comprend  à la lecture.