New York Esquisses nocturnes est le premier roman de Molly Prentiss, sorti en avril 2016 aux États-Unis, paru en août en France, dans une très belle traduction de Nathalie Bru.
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L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
Dans syn-t.ext, Mathias Richard pratique une écriture par laquelle le pluriel n’est pas transformé en une unité mais fonctionne comme une multiplicité, un agencement de différences hétérogènes. Le syntexte n’est pas une synthèse, au contraire : il agence des textes divers pour former une multiplicité langagière, le syntexte étant cet agencement. Dans syn-t.ext, cette logique est étendue au livre entier – livre variable et hétérogène, ouvert en son centre à un dehors qui le fait déborder de lui-même : livre nomade, donc éminemment poétique.
Ce jeudi 17 novembre aura lieu l’épisode 3 de l’histoire du vertige initiée par Camille de Toledo à la Maison de la Poésie de Paris en partenariat avec Diacritik et Remue.net. Dans cet épisode 3, nous lirons et explorerons Danube de Claudio Magris, indique Camille de Toledo. Après la « carte de l’empire », de J.L. Borges et le vertige de la duplication du monde, après le chapitre IX du Quichotte et le vertige des « habitations fictionnelles », et de « l’entre-des-langues », nous remonterons aux sources du Danube, entre Musil et Magris, pour trouver, en Europe même, les mythes pour habiter vertigineusement, à rebours de nos nostalgies…
Quand la douleur est là, comment lutter ? Fermer les yeux, s’absenter n’y suffit pas, l’exergue de Paul Eluard en instruit d’emblée le lecteur. « Ses yeux ont tout un ciel de larmes/ Ni ses paupières ni ses mains/Ne sont une nuit suffisante/Pour que sa douleur s’y cache . » Reste au contraire à ouvrir les yeux, apprendre à lire le monde pour en décoder les signes, bons ou hostiles, et compter sur les papillons pour emporter sur leurs ailes, telle Psyché, l’âme délivrée du mal.
Robinson de Laurent Demoulin est sorti après la course aux prix. C’est sa chance : nous allons lire, loin du brouhaha, ce qui est un grand roman et l’un des plus beaux de la rentrée. Une robinsonnade postmoderne en quelque sorte. C’est que Robinson, le héros, est un jeune autiste (10 ans) et que son île n’est autre que sa personne même, celle que raconte par petits tableaux son père en bon Vendredi qu’il est, protecteur et infatigable. Comme on voit, les rôles langagiers sont ici inversés : Robinson n’a pas la parole ou plus justement est sans parole (hormis ses rires, ses pleurs, ses colères) tandis que le père ne cesse guère de s’adresser à lui, veilleur attentif et toujours en alerte.
Certains livres vous invitent dans un univers totalement autre, dès leurs premières lignes : Double nationalité de Nina Yargekov (qui a reçu le prix de Flore la semaine dernière) est de ceux-là. Une jeune femme se retrouve dans un aéroport, elle ne sait plus qui elle est, où elle va, pourquoi elle est là, elle n’a d’abord que le contenu de son sac à main pour mener l’enquête. Mais cette altérité fascinante n’est pas seulement liée au sujet du roman ou à son personnage central : la fantaisie de Nina Yargekov, sa manière de décaper la langue, le récit et plus largement nos repères sont une invitation au voyage, au Nouveau.
Amy Grace Loyd est écrivain, elle fut éditrice pour Byliner, pour le département fiction du New Yorker, de Playboy magazine et la collection New York Review Book Classics.
Comme David Bowie, Leonard Cohen aura livré un dernier album testamentaire, avant de mourir, à 82 ans : You want it darker.
Après 366 pages de lecture, on ne sait toujours pas pourquoi le personnage principal du Poison boit comme il boit, c’est-à-dire comme un trou, un gouffre, un abîme. Ce n’est ni pour la soif ni pour le goût, car soit il avale vite et ne profite pas de l’instant, soit il boit lentement pour seulement « savourer de dévaler ». Ni parce que son père est parti trop tôt et que sa mère, à l’inverse, était trop présente, ni parce qu’une association d’étudiants, la mal nommée Fraternité, l’a humilié en l’excluant de ses rangs. Ou peut-être un peu pour toutes ces raisons, qui sont évoquées sans être approfondies parce que le sujet du livre n’est pas là. Il est dans la lente et patiente et précieuse description du long, du pernicieux, du fatal effet de l’alcool sur un buveur.
Avec Janis Joplin – Voix noire sur fond blanc, Véronique Bergen poursuit son exploration d’une contre-culture que l’histoire n’a pas réellement enregistrée en tant que telle, dont elle ignore le potentiel subversif, contestataire et créateur. Après Marylin Monroe, Unica Zürn ou Edie Sedgwick, Véronique Bergen écrit ici un livre à propos, autour de, avec Janis Joplin, livre qui serait comme un écho vivant de la vie de Janis Joplin, de ce qu’il y a de vie, encore, pour nous, dans l’existence de « Pearl ».
La littérature du réel a le vent en poupe, en ce mois de novembre, comme l’a mis en lumière le double prix Medicis 2016 : or les éditions du Sous-Sol sont un passeur inlassable de la narrative non-fiction et viennent justement fait paraître le dernier livre de l’un des papes américains du genre, Gay Talese, Le Motel du voyeur. Gay Talese est considéré comme le fondateur du Nouveau Journalisme, avec des livres comme Sinatra a un rhume ou Ton père honoreras. Le Motel du voyeur (2016) est sans doute l’entreprise limite du genre, interrogeant l’éthique et la moralité journalistiques, au point de provoquer un scandale aux États-Unis, une forme de couronnement paradoxal pour l’auteur de 84 ans.
Depuis bientôt une quinzaine d’années, Stéphane Bouquet a su s’imposer, recueil après recueil, comme l’une des figures parmi les plus remarquables de la poésie française contemporaine. De Dans l’année de cet âge jusqu’à Nos Amériques en passant par Le Mot frère et Les Amours suivants, la poésie de Bouquet déploie la quête sans trêve d’une vie vivante qui voudrait faire surgir un peuple, œuvrer à habiter le monde et à recueillir les instants épars dont les hommes sont faits. C’est à l’occasion de la parution de Vie commune que Diacritik a rencontré le poète pour un grand entretien où il revient sur son œuvre et en particulier sur son nouveau recueil qui s’offre comme l’un des textes les plus importants de cette année.
Sortir le grand jeu – ce jeu de mot sur le titre du dernier roman de Céline Minard est facile, voire un peu vain au regard de la radicalité de son œuvre, pensée comme une exploration que l’on pourrait imaginer systématique des genres, ce qui serait méconnaître sa portée véritable :
Josyane Savigneau publie un recueil de rencontres et portraits, sous le signe de La Passion des écrivains, quand bien même tous les textes ici rassemblés ne concernent pas des auteurs stricto sensu : 29 articles donc, présentés comme des « exercices d’admiration », dessinant la cartographie d’« un paysage qui aujourd’hui commence à s’éloigner », une vue en coupe du champ littéraire de ces trois dernières décennies, Robbe-Grillet, Patricia Highsmith, Simone de Beauvoir, Toni Morrison, Dominique Rolin, Jérôme Lindon, Joyce Carol Oates, etc.
Atticus Lish vient de recevoir le Grand Prix de littérature américaine 2016 pour son exceptionnel premier roman, Parmi les loups et les bandits (Buchet-Chastel). Dans son communiqué, le jury salue non seulement le roman mais la traduction de Céline Leroy qui est en effet un tour de force. Diacritik republie à cette occasion sa critique et son entretien avec l’écrivain, réalisé en septembre à Paris.