« Un livre rigolo sur les tampons fantaisie » : c’est ainsi que le tampographe Sardon présente Chroniques de la rue du Repos (Flammarion), livre « bordélique » comme l’est son atelier et le coin de ville qu’il évoque dans les textes qui rythment les pages. Les tampons ici ne sont pas seulement des objets mais bien « des lubies » qui « prennent la forme de tampons encreurs », et plus encore que des lubies, une manière d’être au monde qui se donne à lire dans les chroniques des moments de vie et scènes décapantes.

À l’envers la mer dans le roman de Marie Darrieussecq, à l’envers ceux qui tentent d’y (sur)vivre, à l’envers nos espoirs et nos repères. Qui serait un héros aujourd’hui ? « We can be heroes, just for one day », chantait David Bowie, en exergue du livre, une chanson qui revient au cœur du roman, Bowie qu’on écoutait sans savoir « ce que ça voulait dire ». On avait beau « traduire mot à mot, non », on ne savait pas alors. « Le plafond tournait », comme la planète. Mais rond, vraiment ?

Il y a dans le rapport à l’archive une « façon passionnée de construire un récit, d’établir une relation au document et aux personnes qu’il révèle », écrivait Arlette Farge dans Le Goût de l’archive (1989). Ainsi de deux valises fermées, en couverture et 4e de couverture du livre d’Albert Dichy : le livre déploie les archives de Jean Genet comme si nous ouvrions nous-mêmes ces valises, à défaut de voir ces documents exposés à l’Abbaye d’Ardenne en ces mois où la culture semble interdite — au moins au sens de stupéfaite d’être ainsi dérobée au public dans tout ce qui fait d’elle un espace de rencontres, de dialogues, du vivant.

À l’envers la mer dans le dernier roman de Marie Darrieussecq, à l’envers ceux qui tentent d’y (sur)vivre, à l’envers nos espoirs et nos repères. Qui serait un héros aujourd’hui ? « We can be heroes, just for one day », chantait David Bowie, en exergue du livre, une chanson qui revient au cœur du roman, Bowie qu’on écoutait sans savoir « ce que ça voulait dire ». On avait beau « traduire mot à mot, non », on ne savait pas alors. « Le plafond tournait », comme la planète. Mais rond, vraiment ?

« Gods always behave like the people who make them. Les dieux se comportent toujours comme ceux qui les font » (Zora Neale Hutston, exergue de la quatrième partie de Notre part de la nuit, « Cercles de craie. 1960-1976 »).

Comment parler de Notre part de nuit de Mariana Enriquez, comment ne pas réduire sa virtuose ampleur romanesque à une intrigue linéaire qui manquerait son inventivité littéraire folle et sa manière de saisir l’essence de la culture comme de l’histoire argentines ? Sans doute faut-il partir de cette aporie même : Notre part de nuit dépasse tout ce que l’on peut en écrire, c’est une expérience de lecture qui s’empare de vous dès les premières pages et vous habite intimement, jusqu’au bout, pour longtemps vous hanter.

On voudrait bouder son plaisir mais on n’y parvient pas : Utopia Avenue de David Mitchell, qui vient de paraître dans une splendide traduction de Nicolas Richard, s’impose comme l’un des romans parmi les plus importants de cet été – déjà par sa taille et ses massives 750 pages très serrées. Car c’est un roman d’été, c’est un roman de plage, c’est un roman qui part à la conquête du divertissement sur l’industrie du divertissement qu’est la musique pop. Car, ce roman de plage, c’est avant tout ce que les Anglo-Saxons nommeraient à propos de ce roman anglo-saxon : un page turner. Un roman dont on tourne les pages, un roman même dont on oublie les pages, qui se dévore – un roman qui oublie d’être un livre. Une question alors se pose à nous, avec insistance, à la faveur de la lecture enthousiaste et frénétique de ce livre qui se lit d’une traite : et si Utopia Avenue était le modèle même du page turner ? Comment peut-il être tenu, ne serait-ce que par curiosité herméneutique, comme le paradigme même de cette écriture qui fait fuir un grand nombre et accourir un plus grand nombre encore ?

Comme Jacques Dubois l’a souverainement défini dans un article paru sur Diacritik, le volume La Pléiade/Gallimard consacré aux romans et à la poésie de Jean Genet est une pépite éditoriale. D’une part, parce que Genet est Genet est Genet, un des astres les plus sidérants des Lettres françaises. D’autre part, parce que l’édition de ce volume établie, annotée, commentée par Emmanuelle Lambert et Gilles Philippe, avec l’aide d’Albert Dichy, nous donne à lire les originaux, les textes non expurgés.

Le 17 avril dernier, en écoutant la radio, j’ai appris la mort du chanteur Christophe. Le vendredi 17 avril, j’ai ainsi appris la mort d’un personnage de mon roman, Nous étions beaux la nuit. Ce n’est pas un drame que vivent fréquemment les écrivains. D’ordinaire, nos personnages ne sont pas de chair et une fois le roman imprimé, nous les oublions, ils appartiennent à une autre époque, celle dans laquelle nous nous projetions au moment de l’écrire, celle que nous habitions ces longs mois, ces années d’un processus d’écriture.

Une nouvelle collection d’essais a vu le jour aux Impressions Nouvelles (Bruxelles). Elle a pour vocation de mieux faire connaître les héros des littératures populaires et donne à lire 4 à 6 titres par an, chacun consacré à un personnage plus ou moins mythique et désormais célèbre. Huit volumes existent déjà, chacun confié à une signature et comptant 128 pages.