Un voilier parti sans bruit de nuit trace sans ciller une route droite depuis le port de Lisbonne ; il est poursuivi par des vedettes de policiers : personne sur le pont, l’arraisonnage échoue ; le Furtif fuit toujours, dépasse Madère, atteint les eaux internationales, maintient le cap au sud et l’on dépêche un hélicoptère pour observer ce que sur le bateau il peut se passer.
Category Archive: Livres
L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
Sale temps pour les lettres : après la disparition de Gérard Genette, le 11 mai dernier, on apprenait hier celle de Tom Wolfe. De ces morts qui n’en sont pas tant l’on sait, même depuis le présent, que les textes demeureront, eux, au firmament de la littérature.
Portrait.
Luke en rêvait, à la toute fin de La belle vie, « la ville pourrait servir de décor à une future rencontre avec Corrine ». Ce roman potentiel, déjà amorcé dans une nouvelle de Moi tout craché, Jay McInerney l’a enfin offert à ses lecteurs avec Les Jours enfuis, qui paraît aujourd’hui en poche, chez Points, dans une traduction de Marc Amfreville.
Dans son précédent roman, Bordeaux la mémoire des pierres, Jean-Michel Devésa se focalisait sur la métropole aquitaine, où se déroulaient et s’entrechoquaient deux épisodes survenus en 1962 et en 2013. Le lecteur pouvait observer l’incroyable différence qui grésille entre deux événements éloignés dans le temps et qui pourtant se répètent. Cette fois-ci, presque tout se passe à Alger, dans une durée ramassée entre le 8 février 1960 et le 3 juillet 1962.
Voici un excellent petit livre nous ramenant à un Genet décanté et venant bien après les grands ouvrages que donnèrent Jean-Paul Sartre, Albert Dichy et Edmund White à propos de l’écrivain. Ce « supplément » est le bienvenu tant il entretient avec une manière de légèreté scripturale le souvenir du paria de toujours et du héraut de la protestation violente. Tant également son écriture et sa composition sont accordées à une vie toute en fragments éclatés et en fuites soudaines.
Gérard Genette, c’était peut-être, d’un mot qu’il n’a jamais prononcé, bien plutôt l’écriture d’une aventure que l’aventure d’une écriture.
« Horizon. funèbre » (Gérard Genette, Bardadrac)
Il est des hasards dont on récuserait bien l’objectivité, n’en déplaise à Breton. Comme d’être en train de parcourir l’entrée « Bienvenue » de Codicille, pour tout autre chose, et de lire ces lignes : Gérard Genette évoque sa consécration par la critique le considérant désormais comme « écrivain » au moment de la parution de Bardadrac : « Au moins aurai-je rencontré d’avance des fragments de ma future nécrologie, et, comme disait un jour, à peu près, Paul Valéry, respiré quelques volutes de ma future fumée ». Et là d’apprendre la mort de Genette, cette après-midi, à 87 ans.
Chanson douce est le second roman de Leïla Slimani, après Dans le jardin de l’ogre (2014) et se veut la poursuite d’une exploration romanesque du complexe territoire du féminin. Le livre a reçu, entre autres distinctions, le prix Goncourt 2016. Il sort en poche, aux éditions Folio.
Le titre du livre de Robert Colonna d’Istria attire notre attention sur deux éléments paradoxaux : la datation, 1200 ans de solitude, allusion évidente au roman de García Márquez, Cent ans de solitude (1967) qui raconte sur plusieurs générations, au long d’un siècle, l’histoire de la famille Buendía depuis la fondation du village de Macondo et le lien avec l’histoire d’une famille corse, et pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agit de la famille Colonna d’Istria.
« J’aimerais que les générations à venir quand elles recherchent la Martinique authentique se replongent dans tout ce qu’il a écrit, car Zobel c’est une mine […] Je dis que Zobel, c’est notre Pagnol. Zobel, c’est le peintre du petit peuple de la Martinique […] C’est vraiment un personnage extrêmement important et une figure illustre de notre culture » (Euzhan Palcy)
En ce mois de mai 2018 où de nombreuses manifestations célèbrent Césaire, de plus en plus lu et connu dix ans après sa mort, il est bien aussi de revenir à celui qui fut dans l’ombre de son compatriote : Joseph Zobel.
Sans doute, parmi les jeunes revues qui, depuis quelques années, apparaissent de manière flamboyante dans le paysage contemporain, Possession immédiate s’impose-t-elle comme l’une des plus riches et des plus vives.
Dans Le Plus et le moins, Erri de Luca rassemble des récits et des histoires. Il nous avait expliqué, dans l’entretien qu’il nous avait accordé en 2016, avoir été contraint à cette forme par l’épisode judiciaire qu’il a traversé : son opposition au projet de TGV Lyon-Turin lui ayant valu une accusation d’« incitation au sabotage », avant sa relaxe en octobre 2015, il ne pouvait plus écrire que des textes courts, il ne pouvait se permettre l’ampleur du roman.
Comme dans ses livres précédents, Qui a tué mon père, d’Édouard Louis, a pour centre la violence : celle que l’on subit, celle que l’on inflige, violence physique et psychologique. Mais la violence dont il est question ici dépasse les limites de ce que l’on entend habituellement par « violence » puisqu’il s’agit aussi de violence symbolique, de violence systémique, de la violence de rapports de pouvoir qui ne se réduisent pas aux coups de matraque de la police.
Régis Jauffret vient de recevoir le prix Goncourt de la nouvelle pour Microfictions, paru en janvier dernier. Si l’on ne peut que se réjouir qu’un prix littéraire couronne une œuvre fondamentale, on notera cependant combien le jury a soigneusement contourné la mention « roman » portée sur la couverture et, ce faisant, décidé de considérer les Microfictions comme un recueil de 500 histoires et non un volume jouant avec maestria d’une tension entre fragment et flux, d’un (dis)continu et d’un (in)fini.
Mercredi 2 mai a eu lieu une grande soirée Coïncidences à la Maison de l’Amérique Latine, animée par Claude Mouchard, Martin Rueff et Tiphaine Samoyault, à l’occasion de la parution des numéros 160/161 et 162 de la revue Po&sie : Trans Europe Eclairs 1 et 2. Une soirée à retrouver en intégralité en vidéo.