Je lis avidement, ce matin, la chronique de Joffrey Speno. J’ai vu Le fils de Saul sur un écran de télévision, dans mon appartement bruxellois, il y a un peu plus d’un an.
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C’est avec un gros plan sur l’anus de Marcello que s’ouvre A Rosa Azul de Novalis, et c’est sur une vue de son rectum écarté que se clôt le film, comme une invitation à pénétrer le mystère de son protagoniste par cet endroit certainement inhabituel, subversif pour certain.e.s.
Quatre ans après Le fils de Saul, László Nemes revient avec son deuxième long métrage, Sunset. La photographie est de même signature, le cadrage aussi, et on notera par-dessus tout le goût que nourrit le cinéaste pour la prétendue immersion dans l’Histoire via un personnage qui nous y fait voyager.
C’est la nuit. Sous les néons au loin, une plage. Un homme chante, M chante. Et sa complainte yiddish nous déchire, s’accroche au ressac, à la nuit de Tel Aviv, indifférente.
Bien sûr, il y a le casting et la performance d’acteur(s), Christian Bale, Amy Adams, Steve Carrell, Sam Rockwell… mais derrière les ressemblances physiques censées donner corps (au sens propre) et vie au biopic signé Adam McKay consacré au sulfureux (et quasi oublié) DIck Cheney, il y a surtout un film gigogne inventif et drôlement cynique : Vice, ou comment un péquenaud du Midwest est devenu Vice-Président des États-Unis et a façonné le monde à l’aune de son conservatisme et de son goût du secret.
« Quand les choses vont mal dans mon pays, cela va encore plus mal pour les Noirs » (James Baldwin)
Ces dernières années, James Baldwin a été redécouvert, via la réédition de ses livres ou des adaptations cinématographiques, comme A la place du cœur de Robert Guédiguian (1988), assez librement adapté au contexte marseillais, ou plus récemment le film de Barry Jenkins, If Beale Street Could Talk. Avec Baldwin et désormais Jenkins, Beale Street devient le lieu urbain symbolique de toutes les discriminations et injustices à l’encontre des Noirs américains.
Un bus bondé, des hommes y parlent, fort, rient et fument au visage d’enfants qui dorment : une autre époque. Le bus se dirige vers Datang, une ville de province dans ce pays continent, loin de Pékin, de Canton… Une autre Chine.
Pour revigorer le paysage absolument sinistré de la comédie française, on connaissait déjà les excellents films de Sebastien Betbeder (2 automnes 3 hivers, Marie et les naufragés, Le voyage au Groenland, Ulysse et Mona) ou d’Antonin Peretjatko (La fille du 14 juillet, La loi de la jungle). Si cela fonctionne admirablement, c’est que ce rire n’est sans doute pas le but premier, il n’est jamais une fin en soi, il ne s’étouffe pas dans sa bêtise crasse, il n’endort pas, il n’est pas prétendument évidé de sa substance politique, mais s’enchevêtre avec d’autres ressorts dramaturgiques si bien qu’on ne l’attend pas lorsqu’il surgit. Et c’est à n’en point douter à cette famille de cinéma contemporain, néanmoins avec ses singularités, qu’appartient Bêtes blondes.
Injustement boudé aux César 2019, Le Grand bain a été nominé 10 fois et n’a récolté que l’aumône du César du meilleur second rôle. Ce qui est plutôt ironique tant le premier film en solo de Gilles Lellouche en tant que réalisateur a pour personnage principal une équipe de seconds couteaux de l’existence, somme d’individualités meurtries que seule la vie sait produire. La sortie en DVD et sur les plateformes de téléchargement du Grand bain, trop vite enfermé dans la catégorie « feel good movie » par une bonne partie de la presse hexagonale, permettra de remettre quelques pendules à l’heure : Le Grand bain est un grand film.
France-Inter reçoit Xavier Dolan. C’est vendredi matin, il pleut sur Bruxelles après une semaine à croire que l’été s’est installé sur l’Europe, précoce, déréglé — mais non : l’hiver est revenu. Le cinéaste est interviewé à la veille de la sortie de son nouveau film, Ma vie avec John F. Donovan (au cinéma le 13 mars 2019).
Il y en a déjà eu, des films de sous-marins – où toute l’intrigue est centrée sur ces merveilles de technologie, fascinantes et mal connues pour les non-initiés, de la marine militaire. Mais celui-là, sous ses airs de « fleuron du cinéma national » (casting prestigieux, gros budget, post-production hollywoodienne dans les studios de George Lucas), ne ressemble à aucun autre.
Et si l’Académie des César, en préférant le propos à l’œuvre, était justement passée à côté de son sujet et avait raté une belle occasion de remettre le cinéma au centre de la 44è édition des César ?
A l’occasion de la sortie de son film Sophia Antipolis et en écho avec celui-ci, le cinéma l’Archipel donne carte blanche à Virgil Vernier pour une programmation de cinq films rares, cycle mystérieusement appelé « Société secrète », et dont Diacritik est partenaire.
“Après Out, je n’avais plus envie de faire des films qui soient directement (ou indirectement) en prise avec la réalité sociologique – avec la réalité de la France de ces années-là. Donc : faire des films qui flirtent avec l’idée de fiction ; aller dans des directions décollant du réalisme, vers éventuellement le fantastique.”
Julien Faraut : « McEnroe est un metteur en scène hypersensible » (L’empire de la perfection en DVD)
« Le cinéma ment, pas le sport ». C’est avec cet aphorisme de Jean-Luc Godard que s’ouvre d’emblée le documentaire de Julien Faraut, L’Empire de la perfection, composé d’archives focalisées sur le célèbre joueur de tennis John McEnroe, qui sort aujourd’hui en DVD.