« Horizon. funèbre » (Gérard Genette, Bardadrac)

Il est des hasards dont on récuserait bien l’objectivité, n’en déplaise à Breton. Comme d’être en train de parcourir l’entrée « Bienvenue » de Codicille, pour tout autre chose, et de lire ces lignes : Gérard Genette évoque sa consécration par la critique le considérant désormais comme « écrivain  » au moment de la parution de Bardadrac : « Au moins aurai-je rencontré d’avance des fragments de ma future nécrologie, et, comme disait un jour, à peu près, Paul Valéry, respiré quelques volutes de ma future fumée ». Et là d’apprendre la mort de Genette, cette après-midi, à 87 ans.

Entre l’intervention en Syrie, les mouvements des cheminots, des étudiants et des professions de justice, on ne s’étonnera pas du peu d’échos provoqué par une manifestation de professeurs de Sciences Économiques et Sociales. Les slogans scandés sous les fenêtres du Ministre de l’Éducation auront à peine été relayés par la presse, tout au mieux attentive à la volonté de « réécrire les programmes ».

Emmanuel Macron aime lire. On connaissait déjà son goût pour la mythologie grecque antique, voilà qu’il dégaine à présent son amour du romanesque, dans un entretien à la Nouvelle Revue Française (pas moins). Son amour, ou plutôt celui qu’éprouve le « peuple français », épris d’aventures hautes en couleurs, de drame, voire d’un certain sens du tragique qui met en valeur les contrastes et exacerbent les émotions.

Quand des militants d’extrême droite disent avoir « raccompagné » des migrants à la frontière franco-italienne et que le parquet de Gap doit classer l’enquête sans suite faute « d’infraction constatée », et ce en une petite semaine, on se frotte les yeux d’incrédulité. Pourtant, l’information est bien là, ce n’est pas même une « mauvaise blague ».

C’est important la gestion. Comme l’administration, d’ailleurs. C’est important. Il faut bien que le système tourne. Que les rouages engrènent. Et, finalement, nos élites gèrent plutôt bien. Ça marche. Tout fonctionne presque correctement. Ici et là, des erreurs et des imperfections mais il faut reconnaître que les routes sont praticables, les prises électriques fournissent du courant, les écoles donnent des cours, les hôpitaux soignent les malades, la police arrête les voleurs … Ça marche.

Emmanuel Macron mis en scène dans une classe de primaire déclarait en professeur dans une interview à Jean-Pierre Pernaut « Les étudiants doivent comprendre une chose : s’ils veulent avoir leurs examens en fin d’années ils doivent réviser. Car il n’y aura pas d’examens en chocolat dans cette République. » Infantilisation de son auditoire, mépris pour les étudiant.e.s qui savent parfaitement qu’il faut réviser. Encore faut-il en avoir les moyens matériels ; moyens sabrés par sa politique.