La cause animale a envahi nos vies. Les mots veganisme, flexitarisme, spécisme et antispécisme sont entrés dans le vocabulaire courant. Des magazines ont été créés (Slowly Veggie, Esprit Veggie, etc.). Les vidéos de PETA et L214 ouvrent nos yeux sur les conditions d’élevage et abattage.
Auteur : Christine Marcandier
We should all be feminist, proclamait la Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie dans un manifeste paru l’an dernier chez Gallimard sous le titre français très programmatique (ou optimiste) de Nous sommes tous féministes…
Barbara Kingsolver est de ces écrivains qui rêvent d’Un autre monde, ou du moins d’un monde moins imparfait, et qui fait de la fiction l’arme d’un engagement. Scientifique de formation, elle explore dans son dernier roman Dans la lumière — Flight Behavior — les conséquences du changement climatique, à travers la migration soudaine, sublime et anormale de papillons monarques dans une petite ville américaine.
Balzac l’écrivait dans Illusions perdues : « il y a deux Histoires ; l’Histoire officielle, menteuse qu’on enseigne, l’Histoire ad usum delphini ; puis l’Histoire secrète où sont les véritables causes des événements, une Histoire honteuse ».
C’est évidemment la seconde qui intéresse Clara et Julia Kuperberg dans un documentaire passionnant diffusé ce dimanche 12 mars à 23 h 05 sur Arte : Ronald Reagan, un président sur mesure, inspiré du livre du journaliste Dan E. Moldea, Dark History: Ronald Reagan, MCA and the Mob, qui, dès 1986, révélait le rapport étroit entre la mafia et l’ancien acteur devenu le 40° président des États-Unis.
Après Bas monde (2012) et Petite vie (2015), Patrick Varetz poursuit sa Règle du jeu : écrire « une époque trompeuse » à travers l’existence d’un double, Pascal Vattez, personnage et espace même de l’écriture tant il lui est impossible de « combler le vide qui s’ouvre » en lui.
Détective est une antonomase inversée, de ces noms communs devenus non seulement un nom propre mais une marque. C’est la spécificité des grands journaux, peut-être, que de faire sinon oublier du moins passer au second plan l’usage courant d’un mot, c’est la carrière onomastique de cet hebdomadaire à l’ambition démesurée — « à la fois journal et magazine », tout ensemble « savant », « historien » et « romancier », soit être « partout… pour tous » comme le proclame hautement l’édito de son premier numéro, le 1er novembre 1928 — auquel Marie-Eve Thérenty et Amélie Chabrier ont consacré des journées d’étude, une exposition puis un livre, Détective Fabrique de crimes ? (Joseph K), variation dans les approches d’un même support médiatique dont elles démontrent la pertinence et la richesse.
La terre sous les ongles (Rivages, 2015), premier roman d’Alexandre Civico, était un roman des frontières, spatiales et linguistiques, le récit d’une traversée comme d’un retour à soi, le long d’une autoroute vers le Sud épousant une faille intérieure, un roman des lieux aussi, de ceux qui vous construisent autant qu’ils vous détruisent. Une langue dense épousait l’asphalte et la remontée des souvenirs, quand les heures passent « avec une lenteur de mélasse. Une lenteur brune ». Après un tel premier roman, la curiosité est évidemment grande de découvrir de quelle manière un univers littéraire se poursuit et se construit en révélant ses lignes de force, ses obsessions. Alors que La Peau, l’écorce vient de paraître, toujours chez Rivages, rencontre et entretien avec un écrivain qui affirme décidément sa singularité.
Paula Fox est restée trop méconnue en France, malgré le travail de Joëlle Losfeld pour y diffuser ses livres. Peut-être sa mort, le 1er mars dernier, annoncée aujourd’hui, remettra-t-elle son œuvre fondamentale sur le devant de la scène littéraire. Née en 1923, elle était de celle dont les écrivains américains ne cessent de dire l’influence cruciale sur leur propre univers littéraire, à commencer par Jonathan Franzen, inlassable passeur de son travail.
Otto Dix (1891-1969) a peint mendiants et prostituées, soldats massacrés et paysages torturés, le sexe et des corps crus, les perversions et désastres de son temps. Il a brisé tabous et convenances dans la représentation pour mettre à jour les failles d’une société allemande profondément bouleversée par la Première Guerre mondiale, les blessures à vif et ces inégalités criantes — criardes sur ses toiles — qui ont été le germe et le terreau du nazisme.
Arte diffuse le dimanche 5 mars un documentaire de Nicola Graef, Otto Dix ou le regard impitoyable, soit un double portrait, celui d’un artiste, celui du monde dans lequel il évolue et qu’il peint sans aucune concession.
Sélection de sorties de la semaine : Diacritik les a aimés en grand format, les voici en version poche.
Au générique, Christopher Bollen et Manhattan People (Points) ; Don Carpenter et Un dernier verre au bar son nom (10/18) ; Qui je suis de Charlotte Rampling et Christophe Bataille (J’ai Lu) et Le Principe de Jérôme Ferrari (Babel).
« Tant que la tête n’est pas coupée, elle a espoir de porter le chapeau » (« Toutan tèt poko koupe, li espere pote chapo ») : c’est sur ce proverbe haïtien que s’ouvre le livre de photographies de Corentin Fohlen, publié le mois dernier aux éditions Light Motiv et sobrement intitulé : Haïti, nom immédiatement évocateur, pourtant opaque tant la réalité du lieu est masquée par une multitude de discours et informations, par la date du 12 janvier 2010 et un certain nombre de récits qui aplatissent la complexité d’un lieu, d’une culture. Raison pour laquelle le photoreporter Corentin Fohlen a voulu exposer autrement « cet étrange pays étranger », « mon pays », comme l’écrit James Noël en préface.
Mais quelle mouche a donc piqué Diacritik de publier dans la nuit de samedi à dimanche (à minuit trente, pour être précis), un article signé Johan Faerber, révélant que Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon s’étaient longuement vus, la veille, au Moai Bleu, restaurant chilien en plein Paris ? Retour sur le premier scoop d’un jeune journal culturel, fondé en septembre 2015, et explications sous forme de notes à la volée, pour répondre à quelques commentaires.
Il est des livres dont on sort profondément changé(e), des textes dont on sait, immédiatement qu’ils seront l’aventure d’un sens en nous, que chaque (re)lecture viendra amplifier, affiner, transformer. Suicide est de ceux-là. Une rencontre, avec un ami : « Si tu vivais encore, tu serais peut-être devenu un étranger. Mort, tu es aussi vivant que vif ». Dans ce roman, publié en 2008 chez P.O.L, disponible en Folio, un « je » s’adresse à un « tu », un ami qui s’est suicidé. Il avait 25 ans. C’était il y a beaucoup plus longtemps maintenant.
Naoya Hatakeyama est un photographe japonais dont les travaux sont publiés par les éditions Light Motiv, de Terrils (2011), ces « montagnes tombées du ciel » des bassins miniers du Nord de la France, à Rikuzentakata (2016), en passant par Kensengawa (2013), ces deux derniers livres centrés sur sa région natale, dévastée par un tsunami le 11 mars 2011. Naoya Hateyama est un photographe de paysages en tant qu’archives d’histoires humaines, palimpsestes de vies, des « natural stories », pour reprendre le titre donné à la rétrospective de son œuvre en 2012, passée par Tokyo, Marseille, Amsterdam et San Francisco.
Il est toujours étonnant de voir un artiste ou un écrivain publier très tôt ses Mémoires, quand il ne s’agit pas de l’entreprise d’une vie comme pour Michel Leiris. Pensons à Gary Shteyngart avec ses Mémoires d’un bon à rien ou plus récemment Moby avec Porcelain, qui vient de sortir en poche chez Points, reprenant le titre de son tube de 1999. Pourquoi écrire dès le mitan de la vie, sinon pour tenter de cerner l’aventure d’un nom et d’une œuvre, un devenir autre en quelque sorte, une altérité en laquelle il s’agit peut-être de lire une vérité de soi ?